Opération "feu de navire" à bord du cargo OMG GATCHINA (23.04.2010)
Françoise Massard
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A la Rochelle, nous connaissons bien le cargo russe OMG GATCHINA puisqu'il y est à quai, dans le bassin à flot, depuis treize mois. Il a été en effet bloqué à quai suite à une mutinerie de l'équipage — non payé depuis plusieurs mois — lorsque le navire, arrivant d'Egypte, a accosté au môle d'escale en mars 2009 pour y décharger 5 000 t d'engrais. Après négociation, les membres d'équipage ont finalement reçu leurs arriérés et pu regagner leurs pays d'origine, mais le navire a été saisi à la demande des créanciers de l'armement Vyborg Shipping dont le siège est à Saint-Pétersbourg. Le "general cargo" va être vendu aux enchères le 18 mai prochain au tribunal de grande instance de La Rochelle (mise à prix, selon Sud-Ouest : 1,2 M€) (1). En attendant, ce navire, plutôt bien entretenu, a été le théâtre d'un exercice effectué par l'équipe "Feux de navires" du SDIS 17 (Service Départemental d'Incendie et de Secours) de Charente Maritime, C'est une toute nouvelle unité de 32 sapeurs-pompiers hautement spécialisés (leur nombre devrait passer prochainement à 40) qui ont été formés par les marins-pompiers de Marseille. J'ai pu assister à l'ensemble de cette démonstration officielle et j'en remercie tout particulièrement le Commandant Frédéric Venail, "patron" de cette équipe et organisateur de cette journée, ainsi que Philippe Reydant, Commandant du port, et Pascal Courtheoux, Commandant de port adjoint.
(1) L'OMG GATCHINA a bien été vendu comme prévu et renommé H.E.F. EXPRESS. Il a repris la mer mi-septembre 2010.



L'exercice va non seulement mobiliser les trente-deux sapeurs-pompiers de l'équipe "Feux de navires", mais également deux hélicoptères : le Dragon 17 de la Sécurité Civile et le Guépard-Yankee de la Marine Nationale. On voit ci-dessous le Dragon 17 se posant sur le quai de Chef de Baie. Mais, à peine posé, il doit redécoller (photo de droite) car appelé pour une mission de sauvetage d'urgence. Finalement, il ne participera donc pas à l'exercice d'aujourd'hui sur l'OMG GATCHINA.


La cérémonie commence, dans la "salle de la maquette" du port, par l'accueil des participants par Nicolas Gauthier, Président du Directoire du GPMLR. Puis le Colonel Peuch, directeur du service départemental d'incendie et de secours (SDIS 17), présente la genèse et les objectifs de cette nouvelle unité du SDIS 17. Ce sont précisément divers feux à bord de navires ces dernières années (cf. photos ci-dessous) qui ont entraîné une réflexion concertée des divers pôles de secours de la région.

Allocution du Président Gauthier
Allocution du Colonel Peuch
Feu à bord du RIO SUL (1996)
Feu à bord du NADINE (2002)
Feu à bord du ROKIA DELMAS (2007)

En 1996, le cargo portugais RIO SUL (IMO 6809630 - JB 2 563 - PL 4 296 t), navire à quai et désaffecté, avait ses superstructures en feu. Faute de moyens spécifiques adaptés, les secours n'ont pu lutter efficacement et l'ensemble des superstructures fut détruit (1). En 2002, un feu se déclare dans la cale remplie de pâte à papier du NADINE (IMO 7900091 - JB 2 862 - PL 3 279 t) alors qu'il navigue. Des moyens de secours furent hélitreuillés en mer, puis le cargo fut ramené au port et amarré au mole d'escale. Là encore, manque de moyens et quelques problèmes de coordination n'ont pas permis de venir rapidement à bout du sinistre (le feu a duré huit jours) (2). En 2007, c'est bien sûr le porte-conteneurs ROKIA DELMAS (IMO 8315190 - JB 32 924 - PL 27 601 t) qui attira l'attention générale : alors qu'il était en cours de démantèlement après s'être échoué, plusieurs mois auparavant, au large de l'Ile de Ré, un poste de soudure mit le feu à un stock de bois situé dans une cale. Le SDIS dut héliporter sur le PC moyens humains et matériels.

(1) Le RIO SUL fut donc déclaré "perte totale" en 1996 et démoli en 1997 à Bilbao (Dina - Desguaces Industriales). Construit en 1968 sous le nom de CIMADEVILLA SECUNDO, il devint le CIMADEVILLA tout court l'année suivante, puis prit successivement les noms de REY AURELIO (en 1976) et AURELIO C (en 1988), avant de prendre son nom de fin de vie en 1992.
(2) Le feu à bord du NADINE a duré longtemps, mais il semble que le cargo n'ait pas été déclaré "total loss" puisqu'il naviguerait encore sous le nom d'OPUS.

En 2008, une vedette de 15 m (coque en bois), le SOPHIA, a entièrement brûlé puis coulé alors qu'elle était amarrée dans le bassin des chalutiers du Vieux port. Le feu avait hélas pris naissance dans le compartiment moteur difficile d'accès. L'an dernier, le MANOLIE, chalutier de 12 m de long, avait un feu à bord (également dans le local moteur) alors qu'il était dans l'estuaire de la Gironde. Les pompiers, héliportés en mer, se rendirent maîtres du sinistre et le navire put être ramené à Royan, sous escorte de la SNSM. Et, bien sûr, il n'y a qu'à surfer sur le Web pour découvrir les nombreux feux de navires de par le monde.

Feu à bord du SOPHIA (2008)
Feu à bord du LE MANOLIE (2009)
Divers feux dans le monde

Face à ces feux de navires, réels ou potentiels, avec le retour d'expériences de ces dernières années, et compte tenu du nombre de navires (tous types confondus) présents sur les côtes de Charente-Maritime et dans les ports (le Grand Port Maritime de La Rochelle, port de Rochefort Tonnay-Charente, trois ports de pêche et de nombreux ports de plaisance, dont celui des Minimes avec... 3 500 anneaux), il est assez vite apparu nécessaire de créer une équipe de spécialistes, idée validée dès 2007 par le SDACR (Schéma Départemental d'Analyse et de Couverture des Risques).




Ci-dessous, le cargo OMG GATCHINA qui va servir de "terrain d'exercice". Puis arrivée et atterrissage de l'hélicoptère Guépard-Yankee de la Marine Nationale. C'est lui qui va effectuer les opérations d'héliportage, le Dragon 17 de la Sécurité Civile ayant été rappelé pour une mission d'urgence avant même le début de "notre" exercice.


OMG GATCHINA (Majuro) - IMO 8918796 - Indicatif d'appel V7PA6 - MMSI 538002375 - Cargo de divers - 109,70x17,80x9,00 m - TE 7,217 m - JB 5 624 - JN 2 363 - PL 6 985 t - P 3 360 kW (mot. B&W-Bryansk Engine Works 6L35MC / hélice à pas fixe) - V 12 nds - Prop. d'étrave (400 kW) - Consomm. 15 t/j (cap. combust. 322 t de FO et 64 t de DO) - Générat. 3x320 kW - Cap. GRN 7 760 m3 <:SUP>  / 342 evp - Equipage 17 - Constr. 1995 (Severnaya Verf OAO, Saint-Petersbourg, Russie) - Gérant/Opérat. Vyborg Shipping (Saint-Petersbourg, Russie) - Pav. MHL - Lancé comme WALSERTAL(1995). Sister ship : PITZTAL (IMO 8918708).

En attendant les représentants des différentes instances gouvernementales, nous avons le temps de faire le tour du Guépard-Yankee


Gros plans sur le rotor principal et sur le rotor de queue, puis vues intérieures de l'hélicoptère





Les participants et invités à cette démonstration du savoir-faire de la nouvelle équipe "feux de navires" sont arrivés et accueillis par les lances et canons à eau du remorqueur de haute mer et de sauvetage ABEILLE LANGUEDOC qui a rejoint La Rochelle en octobre 2005 (il était auparavant à Cherbourg). Son quai de service est au môle d'escale, mais il s'était prépositionné dans le bassin à flot dès le matin (cf. ici).


Le remorqueur dispose de trois électropompes incendie (60 / 40 / 30 m3/h - 8,5 bar max)





Les 32 sapeurs-pompiers spécialisés de l'unité "feux de navires" sont prêts pour l'exercice. En temps normal, ils sont répartis entre les centres de secours de La Rochelle et de Rochefort. Ils portent leur équipement d'intervention, dont une combinaison spécialement mise au point pour cette unité vu les contraintes particulières auxquelles ses hommes sont susceptibles d'être confrontés (1). Leurs appareils respiratoires ont également une plus grande autonomie (4 h). A terre, leurs sacs d'équipiers (un sac par sapeur-pompier).

(1) Le SDIS a, en effet, listé un certain nombre de caractéristiques propres aux feux de navires : reconnaissances longues et difficiles par des cheminements étroits et sinueux, environnement hostile lié à une surchauffe importante des structures et à des systèmes de ventilation complexes, communications anormalement difficiles (transmissions radios délicates avec un matériel classique, discussions difficiles avec le multilinguisme des équipages), risques de pollution du plan d'eau, sans oublier une certaine complexité de l'organisation institutionnelle de l'intervention selon la localisation du navire.


Sur la première photo ci-dessous, on distingue (de gauche à droite) : M. Henri Masse (Préfet de Charente-Maritime), Mme Dominique Morvant (Conseillère Générale), M. Nicolas Gauthier (Président du Directoire du GPMLR), M. Dominique Bussereau (Secrétaire d'Etat aux Transports et Président du Conseil Général de la Charente-Maritime) et le Colonel Peuch (Directeur du SDIS 17). Sur la quatrième photo, à droite du Préfet, le Commandant Frédéric Venail (Chef du Centre de secours principal de Rochefort et Conseiller technique "Feux de navires", en charge de la nouvelle unité). Etaient également présents des représentants des SDIS 11, 33, 44, 66, de la Gendarmerie maritime, de la SNSM, des Douanes, du Centre de sécurité des navires de La Rochelle et, bien sûr, des marins-pompiers de Marseille qui ont largement contribué à la formation des 32 sapeurs-pompiers spécialisés "feux de navires" de Charente-Maritime.

Sur la photo centrale ci-dessus, on voit un appareil respiratoire propre à cette unité spéciale d'intervention : le Biopack 240 Revolution qui a 4 h d'autonomie

Après la présentation des hommes et de leurs matériels personnels, l'exercice proprement dit peut commencer. Les pompiers montent à bord de l'OMG GATCHINA et les invités les suivent. Nous nous retrouvons tous à la passerelle, et c'est de là que nous pourrons assister aux manœuvres d'héliportage. En attendant, je fais le tour de la timoneire... mais il y a beaucoup de monde et elle n'est pas très grande.


Un peu plus calme le local à l'arrière de la timonerie, et abritant table à carte et station radio. La cheminée porte un logo amusant (dont je ne connais pas le contexte)





Le Guepard-Yankee a commencé son compte à rebours d'envol, puis, une fois décollé, fait son tour complet de reconnaissance (obligatoire) et vient se positionner en stationnaire au-dessus du cargo.


Il restera ainsi aux alentours d'une demi-heure, héliportant tour à tour hommes et matériels


Les matériels héliportables comprennent les sacs d'équipier (vus supra), des "sacs d'attaque", des "lots ARI" (appareils respiratoires), des lots de matériels divers (dont des caméras thermiques, des matériels d'éclairage, etc.). Ils sont placés dans des petits conteneurs métalliques équipés pour l'hélitreuillage (cf. photos ci-dessous).


Le câble de treuillage est immédiatement libéré de façon à continuer les héliportages


Un dernier pompier est déposé sur le pont, le câble d'hélitreuillage est remonté à bord de l'hélicoptère qui quitte sa position "stationnaire", reprenant vitesse et altitude.





Nous allons maintenant assister à une simulation de découverte d'un sinistre dans le local machine de l'OMG GATCHINA. Comme nous passons pas loin (sans y entrer toutefois) du PC machine, j'en profite pour en faire une photo. Le moteur, d'une puissance limitée (3 360 kW) est un diesel deux temps - six cylindres construit par BMZ sous licence B&W. Il n'est pas très gros, comparé à celui du CMA CGM NABUCCO par exemple, mais le local machine n'a pas non plus la même dimension. !


Les lumières sont en grande partie éteintes pour mieux représenter les situations réelles : l'équipe de reconnaissance est toujours constituée d'un "binôme" qui va progresser, dans l'obscurité, dans un quasi-labyrinthe dont il ne connaît pas... les pièges. Une caméra thermique leur permet de détecter les zones plus ou moins chaudes. Ils assurent leur retour en déroulant une "ligne de vie". Ils communiquent avec l'extérieur au fur et à mesure de leur progression et de la découverte de la situation, de façon à guider les collègues "en surface" sur les besoins supplémentaires nécessaires en hommes et en matériel.

Les deux photos plus claires ci-dessus ont été faites au flash (exceptionnellement) afin de mieux rendre compte des difficiles conditons de travail pour ces pompiers

L'exercice est presque terminé, les lumières furent rallumées, ce qui nous permit de mieux nous rendre compte de la difficulté de mouvements et de progression dans des espaces réduits, vu le volume et l'importance de leur équipement. Ils progressaient d'ailleurs la plupart du temps à genoux (leurs combinaisons sont heureusement fortement renforcées de mousse à ce niveau). Cette équipe doit décidément avoir une santé physique et mentale à toute épreuve. Bravo et merci à eux.


Cette démonstration "grandeur nature" d'intervention sur un feu de navire est terminée. Les pompiers rangent le tuyau avec lequel l'équipe de repérage était descendue, puis nous quittons le navire, et les voitures officielles quittent le port.



Françoise Massard - 22.07.2011

© Françoise Massard
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