Ville "libre et hanséatique" de Lübeck (Allemagne) — Juin 2011
Françoise Massard
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On ne peut évidemment parler des routes maritimes en Mer du Nord et en Baltique sans évoquer les ports de la Ligue hanséatique (déjà mentionnée à propos de Bergen), et en particulier la ville portuaire de Lübeck, connue au Moyen Age comme la "Reine de la Hanse". Entourée d'eau, Lübeck est située à une vingtaine de kilomètres de la mer Baltique. Cette ville du Land de Schleswig-Holstein (capitale Kiel) est bordée, sur sa façade Ouest, par la rivière navigable Trave qui débouche dans la mer Baltique au niveau de Travemünde. L'île est longée, à l'Est, par la Wakenitz et l'Obertrave (ou Trave supérieure). Enfin, vers le Sud-Est, un canal la relie à l'Elbe (rivière d'Hambourg).



Une première ville fut fondée en 1143 par le comte Adolf II de Schauenburg, mais fut totalement anéantie par un incendie en 1157 (les maisons étaient alors en bois). Elle fut rebâtie deux ans plus tard par Henri Le Lion. Des commerçants et des artisans s'y établirent et la bourgade se développa rapidement, sa position géographique facilitant le commerce avec les pays voisins : fourrures, bois, cire, miel, etc. venaient de Russie, la morue séchée de Norvège, les tissus des Flandres, le sel de la ville allemande de Lüneburg, etc. Côté Trave, la ville était gardée par la Porte Holstentor (ci-dessous), achevée en 1417. Composée de deux tours, l'épaisseur des murs est de 1 m côté ville et de 3 m vers l'extérieur. L'inscription "SPQL 1871" au-dessus du porche signifie "Senatus Populusque Lubicensis 1871", rappelant que le Sénat mais aussi les habitants de Lubeck ont restauré la porte en 1871. Les fortes murailles qui entouraient la ville au Moyen Age était percées de deux autres portes dont une seule subsiste, la Porte Burgtor (au Nord de la ville).



Les navires commerçant avec les ports de la Baltique accostaient sur les rives de la Trave (côté Ouest de la ville). C'est donc là que s'élevaient les grands greniers, dont les fameux "greniers à sel" ci-dessous, "l'or blanc" étant alors le surnom du sel de Lünenburg (qui arrivait à Lübeck par voie fluviale, avant de repartir vers toute l'Europe du Nord via la Baltique et la Mer du Nord). Sur le pourtour Est de la ville, donnant sur la Wakenitz et l'Obertrave, étaient installées les échoppes des artisans dont les métiers généraient des nuisances sonores ou olfactives, comme les fondeurs de cloches, les tanneurs ou encore les bouchers.



De la porte Holstentor part une rue Ouest-Est débouchant sur la Place du Marché et de l'Hôtel de Ville. Le "Rathaus" est en fait constitué de trois bâtiments édifiés à des époques différentes. Le bâtiment de gauche, surmonté de trois tours ("les géants") et percé de deux trous (pour faciliter le passage du vent) fut construit au XIIIesiècle mais seulement achevé en 1435. Derrière ce mur, deux bâtiments encadrant une cour constituent l'Hôtel de ville proprement dit. Devant lui, fut érigé en 1570 un bâtiment Renaissance (cf. détails ci-dessous), orné des armes de la ville et des conseillers municipaux.



A droite de ce premier bâtiment, construit à angle droit, le "Danzelhus", ou "Salle de danse", bâti entre 1298 et 1308. Ses arcades abritaient des boutiques d'orfèvres. La partie droite fut, quant à elle, achevée en 1442. façade ornée de soleils et d'écus, le tout doré à l'or fin.



Sur le côté gauche de l'Hôtel de ville, l'Eglise Sainte Marie ("Marienkirchof"). Impressionnante architecture gothique... en briques. C'était en effet le seul matériau dont disposaient les bâtisseurs de cathédrales au Moyen Age dans cette région, car il n'y avait pas de carrières de pierres.



Bâtie sur les fondations d'une église romane remontant à la fin du XIIesiècle, sa construction s'étala de la moitié du XIIIesiècle à la moitié du XIVesiècle. Ses deux tours montent à plus de 60 m (murs de 3 m d'épaisseur) et le haut des clochers culmine à une centaine de mètres.


Dans les environs de l'Hôtel de ville, et derrière l'Eglise Sainte Marie, donnant sur la "Mengenstrasse", la Maison des Buddenbrook (photo de droite ci-dessous), rendue célèbre par le roman de Thomas Mann paru en 1900. C'est une "copie" de la maison qu'habitèrent entre 1842 et 1890 les grands-parents des frères Mann, Heinrich (1871-1950) et Thomas (1875-1955). Le bâtiment d'origine fut détruit en 1942. Façade blanche en baroque tardif. C'est actuellement un musée à la mémoire des deux écrivains (Thomas Mann reçut le prix Nobel de littérature en 1929).



Architecture typique des villes de la Hanse : maisons en briques (pour éviter les incendies), étroites en façade (c'était en fait le pignon "à créneaux" des maisons qui donnait sur la rue de façon à payer moins d'impôts, les impôts fonciers étant calculés sur la "largeur" sur rue de la maison) et hautes car les étages supérieurs servaient d'entrepôts (d'où les poulies en haut des pignons que l'on voit encore très souvent).



Ci-dessous, à gauche, la "rue" la plus étroite de Lübeck ! Donnant sur les rues principales, on trouve souvent de superbes "passages" calmes et fleuris.


Ci-après, la maison à pignons est la Maison de la Corporation des Marins ("Schiffergesellschaft"), construite sur le Koberg en 1535. A l'entrée, deux peintures montrent l'une un bateau vent arrière, l'autre un bateau évoluant contre le vent, avec une inscription que l'on peut traduire par "On ne peut jamais plaire à tout le monde"... humour hanséatique ! Cette corporation de capitaines existe toujours, de même que le restaurant que l'immeuble abritait déjà au Moyen Age ! En face de ce bâtiment, l'Eglise Saint Jacques (consacrée en 1334) et son maître-autel baroque de 1717 (ci-dessous à droite) attribué à Hieronymus Jakob Hassenberg (1685-1743). L'église possède deux orgues du XVIIesiècle (d'excellente facture, d'où les nombreux concerts qui ont lieu chaque année dans cette église).


La Chaire (à gauche) date de la fin du XVIIesiècle. Sur les piliers, des fresques montrant les apôtres. A droite, l'orgue de Stellwagen (1636).


L'église Saint Jacques est l'église des Marins. C'est aussi le témoin de la tragédie du PAMIR

A côté de l'Eglise Saint Jacques, l'Hôpital du Saint-Esprit ("Heiligen-Geist-Hospital"). Comme le montre la maquette ci-dessous à gauche, cet immense bâtiment comporte, en façade, trois frontons gothiques entourés de quatre tours façon "minarets". L'entrée donne directement sur une courte église à trois nefs dont les voûtes sont séparées par d'imposants piliers. Sur le jubé (qui sépare la longue nef de la courte), est racontée (en vingt-trois scènes du XVesiècle) l'histoire de la noble Elisabeth de Thuringe, bienfaitrice des pauvres. Sur l'avant-dernière photo, on voit la porte qui conduit au hall de l'hôpital qui accueillait malades et vieillards indigents. Ouvert au début du XIVesiècle, ce fut le premier hôpital laïque en Europe. Il a fonctionné comme asile de vieillards jusqu'en 1970 (cf. photo de droite).


Le Hall de l'Hôpital à 87 m de long et 14 m de large. Jolie charpente de bois en coque de bateau renversée. Jusqu'en 1820, ce hall comportait quatre travées de lits, puis il a été divisé en cent-soixante-dix "chambres", on pourrait dire "cellules" vu leur taille (6 m2), et ce d'autant que la vie y était quasi monastique, en tout cas austère. Place pour un lit, une petite armoire et une tablette. Eclairage et aération par une petite fenêtre en plafond. De nos jours, la première nef abrite, chaque fin d'année, un immense et renommé "marché de Noël".


Ci-dessous à gauche le Musée Willy Brandt retraçant la vie de l'ex-Chancelier allemand (né à Lübeck en 1913, mort en 1992). Sur la photo suivante, une petite partie du mur de Berlin dans la cour située derrière la maison de l'ancien dirigeant SPD de l'Allemagne, père de l'unification allemande, souvent appelé le "Chancelier de la Paix" après l'obtention (en 1971) du prix Nobel de la Paix. A droite, photos moins sérieuses : celles du fort réputé lycée de Lübeck... avec les très nombreuses bicyclettes des élèves (on voit beaucoup de "vélos" en ville, presqu'autant qu'aux Pays-Bas !)..


La ville de Lübeck est classée au Patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1987. Ironie de l'Histoire, elle est jumelée avec... La Rochelle depuis 1988.

Françoise Massard - 02.06.2014

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