Visite du CROSS Jobourg (01.07.2006)
Françoise Massard


Les CROSS, en général

Les CROSS ou Centres Régionaux Opérationnels de Surveillance et de Sauvetage (MRCC en anglais, pour Maritime Rescue Coordination Centres) sont au nombre de cinq en France métropolitaine : Corsen , Etel, Gris-Nez, Jobourg (pour la Manche et le Golfe de Gascogne), La Garde et sous-CROSS Corse (pour la Méditerranée). A ceux-ci s'ajoutent celui de La Réunion (pour l'Océan Indien) et celui Antilles/Guyane (pour l'Atlantique tropical). La création des CROSS remonte à la fin des années soixante - début des années soixante-dix, avec une montée en puissance après le naufrage de l'Amoco Cadiz (1978).

En plus des missions spécifiques qui leur sont allouées, tous les CROSS ont en commun cinq missions.

Première mission : coordination de la recherche et du sauvetage en mer
(fonction de MRCC en anglais, pour Maritime Rescue Coordination Centres)
Par une veille radio et téléphonique permanente, et grâce à leurs dispositifs d'écoute des signaux émis par les balises de détresse et les communications satellitaires, les CROSS reçoivent les alertes (environ 10 000 par an pour l'ensemble des CROSS), puis dirigent les opérations de recherche et de sauvetage (en anglais SAR, pour Search And Rescue).
Ils assurent cette mission sous l'autorité du Préfet maritime (autorité civile exercée par un officier général de la Marine Nationale), le sauvetage étant délégué aux Directeurs des CROSS, lesquels nomment les Officiers coordonateurs de mission de sauvetage (CMS). Souplesse et efficacité opérationnelle totales : pas de lien hiérarchique entre les instances civiles et militaires, mais délégation totale pour l'emploi des moyens nécessaires à la réalisation d'un sauvetage.

Les CROSS ne disposent pas de moyens en propre (la SNSM participe à plus de... la moitié des opérations déclenchées). Il n'y a donc pas non plus de liens hiérarchiques avec les "moyens" et pas... d'aléas budgétaires possibles. Selon les besoins et les moyens les plus appropriés, ils font appel aux vedettes et canots de la SNSM, aux bâtiments des Affaires maritimes, des Douanes, de la Gendarmerie, de la Sécurité civile. Pompiers, SAMU, CCMM (Centre de consultations médicales maritimes de Toulouse) peuvent également être appelés en renfort par les CROSS.

En terme de radiocommunications, les CROSS disposent d'un puissant réseau couvrant les espaces maritimes placés sous leurs responsabilités et comprenant :
• quarante-sept stations radios côtières réparties sur tout le littoral
• deux stations radios pour le large
• quatre radars en Manche et un radar en Méditerranée (pour le contrôle de la navigation)
• trois réseaux satellitaires, l'un pour la surveillance des pêches (ARGOS / CLS), un autre pour la réception des alertes dans le cadre du programme international SARSAT-COSPAS (sauvetage), le dernier (INMARSAT) pour les communications dans le cadre SMDSM (Système mondial de détresse et de sécurité en mer — En anglais, GMDSS pour Global Maritime Distress and Safety System).

Le CETMEF (Centre d'études techniques maritimes et fluviales) conçoit, réalise et entretient les systèmes de transmission et de surveillance utilisés par les CROSS.


Deuxième mission : surveillance de la circulation maritime
Cette mission s'exerce principalement en Manche où transite 25 % du trafic mondial (de l'ordre de 380 000 mouvements de navire par an). Nous y reviendrons plus en détail à propos du CROSS Jobourg car sa position centrale sur le littoral de la Manche l'a plus spécialement désigné pour ce suivi de trafic.
Cette mission relève du ministère des Transports, de l'Equipement, du Tourisme et de la Mer, mais comme il s'agit de faire appliquer un règlement international, les CROSS travaillent en relation avec l'Organisation Maritime Internationale (OMI, ou IMO en anglais).
A noter que lorsqu'un navire est en avarie, il ne s'agit pas d'une mission de sauvetage, mais d'une mission d'assistance (à ce titre, les CROSS sont déclarés Maritime Assistance Services, ou MASs, à l'OMI). Ce type d'avarie peut rapidement rejoindre une mission antipollution (cf. infra), laquelle est typiquement une mission de la Marine nationale.
CROSS Jobourg - Héliport
Troisième mission : police des pêches
Cette mission est déléguée par le ministère de l'Agriculture et de la Pêche aux Affaires maritimes. Elle s'étend du contrôle des bateaux sur les lieux de pêche (coordination opérationnelle des différents moyens aériens et maritimes mis à la disposition des CROSS) jusqu'au retour à quai des navires de pêche et au débarquement du poisson, c'est-à-dire jusqu'avant la criée.
Remarque : c'est le CROSS Etel qui est plus particulièrement chargé, au niveau national mais en étroite collaboration avec les différents membres de l'UE; du suivi satellitaire des bateaux de pêche (FMC, pour Fisheries Monitoring Center).
CROSS Etel
CROSS Etel (Doc DAMGM)
Quatrième mission : recueil des informations sur la pollution
Cette surveillance des risques de pollution se fait avec l'aide non seulement des moyens des Administrations ((Marine nationale, Douanes françaises, Affaires maritimes, Gendarmerie maritiems), mais aussi des avions et navires des lignes régulières. Les navigants préviennent les CROSS qui préviennent à leur tour les Procureurs de la République (autorités judiciaires) qui vont, par exemple, ordonner un déroutement. Placés sous l'autorité du Préfet maritime, les CROSS concourent activement, dans le cadre de cette mission, à la mise en oeuvre du plan POLMAR Mer.
CROSS La Garde
CROSS Corse
CROSS La Garde (Doc DAMGM)
CROSS Corse (Doc DAMGM)
Cinquième et dernière mission : diffusion de renseignements de sécurité maritime
Les CROSS transmettent tels (sans modification) les bulletins de Météo France (et, en cas de situation critique, des bulletins météo spéciaux, les BMS), les AVURNAV / avis urgents aux navigateurs (NAVTEX émis sur la fréquence 490 kHz diffusés par le CROSS Corsen pour Manche et Atlantique.et le CROSS La Garde pour Méditerranée). Le CROSS Corsen a une mission spécifique de contrôle de la navigation dans le DST (dispositif de séparation de trafic) d'Ouessant. Il est également chargé de la formation pratique et de l'entraînement des personnels des CROSS (coordonnateurs de missions de sauvetage, chefs de quart et opérateurs).
CROSS Corsen
CROSS Gris-Nez
CROSS Corsen (Doc DAMGM)
CROSS Gris-Nez (Doc DAMGM)
En fait, il existe une nouvelle et sixième mission : celle de la sûreté, code ISPS oblige. C'est le CROSS Gris-Nez qui en est chargé, étant ainsi le correspondant international de l'OMI. Il coopère par ailleurs avec les MRCC (Maritime Rescue Coordination Center), dans le cadre du GMDSS (Global Maritime Distress and Safety System) — en français : SMDSM pour Système Mondial de Détresse et de Sécurité en Mer. A ce titre, il est chargé de traiter les messages de détresse provenant des zones extérieures à celles placées sous la responsabilité française (à l'exception de la Méditerranée, le CROSS La Garde prenant le relais).
CROSS Réunion
CROSS Antilles/Guyanne

CROSS Réunion (Doc DAMGM)

CROSS Antilles/Guyane (Doc DAMGM)

Pour les coordonnées des différents CROSS, cliquez ici.

Les CROSS relèvent du ministère des Transports, de l'Equipement, du Tourisme et de la Mer. Les cadres des Centres appartiennent à la Direction des Affaires maritimes et des Gens de Mer (DAMGM, l'une des Directions de ce ministère), sous-direction de la Sécurité maritime. Ce sont environ 400 militaires qui n'exercent que des fonctions... civiles. Ils se répartissent en plusieurs catégories :
• Administrateurs des Affaires Maritimes (Directeurs des CROSS, Directions départementales des Affaires maritimes, Centre de Sécurité des Navires, etc.). Ils sortent généralement du GE-CFDAM, Centres de formation post-universitaires de Bordeaux et Nantes (différentes spécialités), après un début de carrière aussi bien dans la Marine marchande que dans la Marine nationale.
• Officiers du Corps technique des Affaires maritimes. Ce sont d'anciens sous-officiers de la Marine nationale, ou d'anciens fonctionnaires catégorie B ou d'anciens officiers de la Marine marchande.
• 
Contrôleurs des Phares et Balises pour la maintenance des matériels (radars, informatique, etc.).
• 
Professeurs dans les Ecoles nationales supérieures de la marine marchande (les "Hydros").

Les "opérationnels" sont toujours des personnels Marine nationale.

Les CROSS appartiennent au réseau international des Centres de coordination de sauvetage maritime institué en 1979 par la Convention de Hambourg.

Le CROSS Jobourg, en particulier
  Cf. page précédente

Quelques sigles en annexe

Ce document n'a qu'une valeur informative et ne peut en aucun cas être utilisé à la place des textes réglementaires

© Françoise Massard
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