Navigation à bord du CIUDAD DE CADIZ (29 & 30.06.2010)
Françoise Massard
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Comme on le sait, la fabrication des avions gros porteurs Airbus A 380 est répartie entre quatre pays européens (cf. ici). L'Allemagne dispose de six sites de production spécialisés : Nordenham et Varel pour les tronçons avant et arrière du fuselage — Stade pour l'empennage vertical, les ailerons et cloisons pressurisées — Buxtehude pour l'éclairage et l'électronique de bord — Brême pour divers équipements pour les ailes (dont les ailerons d'atterrissage) — Hambourg également pour des sections du fuselage et l'usinage de précision de pièces pour ses cinq autres sites (il assure également la peinture des appareils). L'Angleterre produit les ailes (site de Broughton) et les nervures (site de Filton). L'Espagne fabrique aussi des sections de fuselage et les trappes du train d'atterrissage à Getafe, produit des matériaux composites de pointe sur son site d'Illescas et assemble des éléments du gouvernail ainsi que de l'empennage horizontal. Enfin, le pays "bout de chaîne", la France, produit sur quatre sites différents : cockpit, une partie du fuselage avant et du train d'atterrissage avant sortent de l'usine de Meaulte, le tronçon central est fabirqué à Nantes, le site de Saint-Nazaire assemble, équipe et vérifie les sections avant et centrale de l'avion ; enfin, l'assemblage complet de l'Airbus A 380 est effectué sur le site de montage de Toulouse. Trois rouliers de l'armement français Louis Dreyfus Armateurs, les  VILLE DE BORDEAUX - CITY OF HAMBURG - CIUDAD DE CADIZ transportent les tronçons d'Airbus A380 des différents sites de production jusqu'au port girondin de Pauillac (situé sur la rive gauche de la Gironde, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Bordeaux) où ils sont ensuite transférés à bord des barges motorisées BRION et BREUIL (cf.page suivante) qui les amènent (en 9 h environ) jusqu'à Langon (à noter que le passage sous le célèbre Pont de pierre de Bordeaux — cf. ici — ne peut se faire qu'à marée basse). De Langon, ils sont acheminés par route (en convoi exceptionnel de nuit) jusqu'au site d'assemblage de Toulouse distant d'environ 220 km. J'ai eu la chance de pouvoir naviguer deux jours à bord du CIUDAD DE CADIZ (29 & 30.06.2010) et je remercie LDA qui m'a permis cet embarquement. Voici quelques photos prises entre Saint-Nazaire et Pauillac.

IMO 9383560
Indicatif d'appel / MMSI FNQE / 635017300
Type de navire Cargo / Roll on - Roll off
Port d'enregistrement / Pav. Marseille / FRA
Longueur hors tout / LPP 126,50 m / 117,00 m
Largeur hors tout 20,60 m
Tirant d'eau d'été 5,50 m
Jauge brute / Jauge nette 15 643 / 4 692
Port en lourd 3 500 t
Linéaire garage 3 650 m
Puissance totale / Deux moteurs 8 000 kW / 4T-8cyl MAN-B&W 8L32/40
Système de propulsion / Vitesse Deux hélices à pas variable / 15 nd
Générateurs de propulsion électr. 2 x 1 000 kW
Générat. aux. 2 x 1 140 kW / 1 x 215 kW
Année / Chantier de construction 2009 / Singapore Technologies Marine (SGP)
Propr./Gérant/Opérat. Louis Dreyfus Armateurs (France)
Société de classification Bureau de Veritas

Embarquant à Saint-Nazaire le 29.06.2010 en fin de matinée, je rejoins le Terminal roulier du GPMNSN (Grand Port Maritime de Nantes - Saint-Nazaire), situé en amont du pont de Saint-Nazaire. Le CIUDAD DE CADIZ est à quai depuis le début de la matinée. Les photos suivantes montrent les accès au quai roulier. Après installation dans ma cabine et un sympathique déjeuner avec le Commandant et ses officiers, je profite de mon temps libre avant l'appareillage en fin d'après-midi pour photographier quelques navires à quai (cf. ici). L'entrée du navire est impressionnante et la porte qui la ferme ne mesure pas moins de 14 m de large et 22 m de haut !



Etant en voiture, ma première visite du navire est pour le pont garage. Ma voiture apparaîtra bien petite par rapport aux sections de fuselage à bord !



Je poursuis ma visite (accompagnée d'un membre d'équipage) par une longue promenade sur le vaste pont supérieur (celui de la passerelle). On notera, à droite de l'accès à la passerelle, le VDR (Voyage Data Recorder), la "boîte noire" (rouge en l'occurrence ici) du navire.



De ce pont supérieur, j'ai une vue plongeante sur la barge autopropulsée BRION, l'un des deux bateaux fluviaux dédiés au transport des "pièces" d'A 380 entre Pauillac et Langon. Les deux pales d'hélice de rechange ont un certain effet décoratif ! Les deux photos de droite montrent la plage arrière.


BRION (Bordeaux) - IMO  9319478 - Indicatif d'appel FMBD - MMSI 228194800 - Ro-Ro fluvial - 75,00x14,22x3,55 m - TE 2,60 m - JB 1 281 - JN 305 - PL 1 300 t - Ptot 2 400 kW (trois moteurs Caterpillar couplés à trois générateurs alimentant deux moteurs électriques (de 736 kW chacun) qui entraînent deux hélices directionnelles - V 11 nd - Propulseur d'étrave (400 kW) - Constr. 2004 (De Hoop Lobith BV, Lobith, Pays-Bas) - Propr./Gérant/Opérat. Socatra (Bordeaux, France) - Pav. FRA.

Poste d'embarquement et rampe de lancement de l'embarcation de sauvetage "free fall". Vu l'angle de chute et par conséquent la vitesse de chute, les personnes montant à bord doivent être assises le dos vers le vide et être fortement sanglées. Des essais conduits par le constructeur norvégien Norsafe sur l'un de ses canots ont montré qu'une telle embarcation lancée d'une hauteur (certes extrême) de 50 m s'enfonçait à 12 m sous le niveau de la mer avant de remonter à la surface à pleine vitesse, mieux vaut donc être bien attaché ! On notera, sur la photo de droite, que les sièges sont assignés à chacun des membres d'équipage. De tels canots peuvent embarquer, pour les plus gros, jusqu'à 100 ou 120 personnes (celui du CIUDAD DE CADIZ, de marque Norsafe justement, peut embarquer 26 personnes). Autoredressable et adapté à des conditions de mer difficiles, ce type de canot de sauvetage est de plus en plus répandu sur les navires, mais aussi sur les plateformes offshore.



Je visite ensuite la superbe passerelle panoramique dont les postes de manœuvre se déploient en deux demi-cercles se faisant face.



Un vaste pupitre regroupe toutes les commandes, les instruments de navigation les plus modernes et tous les panneaux de contrôle. Ci-dessous, quelques vues rapprochées sur le pupitre central (commandes de barre, des moteurs, des propulseurs) et sur le poste du timonier. Sur la photo de droite, écran de contrôle et pupitre de commandes de tous les paramètres machines.



Ecrans radar, GPS, écran du VDR, etc. Table à carte. Sur les photos de droite, les pupitres d'ailerons de passerelle.



Ci-dessous, en-demi-cercle faisant face à celui du pupitre de manoeuvres, le pupitre de radiocommunications. Une station SMDSM (Système Mondial de Détresse et de Sécurité en Mer) ou, en anglais, GMDSS (Global Maritime Distress and Safety System) très complète. Elle permet la transmission automatique, via des satellites, de toutes les communications maritimes. Egalement nombreux instruments de contrôle (GPS, sondeurs à ultrasons, etc.).



A gauche de la station SMDSM, le pupitre sécurité (deux photos de droite ci-dessus et photos ci-dessous) : alarmes incendie - surveillance des équipements Ro-Ro (contrôle des portes de soute, panneaux de cales, rampes, etc.) - contrôle des portes étanches - poste d'émission des appels d'urgence.



Visite des emménagements. Sur les deux premières photos, le carré et la salle à manger des officiers. Le self-service (troisième photo) sépare cette salle à manger de celle de l'équipage (photo de droite).



Cuisine (le chef se prête au jeu de la photo), coin "pause" et salle de réunion.



Hall desservant la salle de réunion, "Office" (poste internet, bibliothèque) et une coursive desservant les cabines.



Rapide visite de la salle machines avant l'appareillage. Vue générale sur les deux moteurs principaux : des moteurs diesel 4T-8cyl semi-rapides (750 tr/min) MAN-B&W 8L32/40 (de 4 000 kW chacun) et qui entraînent deux hélices à pas variable propulsant le navire à une vitesse de service de 15 nd.


Ci-dessous, générateurs (deux premières photos) et local des séparateurs (photo de droite). Ceux-ci permettent de séparer par centrifugation — après réchauffage — le combustible (FO / fuel lourd) de ses impuretés (boues, eau) avant injection dans les moteurs de propulsion et dans ceux des groupes électrogènes ; ce local comporte donc, hormis les séparateurs proprement dits, des pompes à combustible, des filtres, les caisses de fuel, celles d'huile, des armoires électriques, il doit donc être maintenu dans un état de parfaite propreté pour éviter les risques d'incendie.



Ci-dessous, le PC machines. Très classique, avec ses multiples écrans de contrôle pour la gestion de tous les paramètres des moteurs. Derrière le pupitre de commande, les habituelles armoires électriques. A droite, deux vues de l'atelier.



Mais c'est bientôt l'heure de l'appareillage… je monte donc à la passerelle (à suivre)


Françoise Massard - 21.08.2014

© Françoise Massard 
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