Port du Havre - Antifer : hier et aujourd'hui (18.03.2007)
Françoise Massard
Navires cités dans cette page : - Batillus - Jahre Viking - Maria A. Angelicoussis - Nanny - Pierre Guillaumat - Ulsan Master -


J'ai eu le plaisir de visiter le site d'Antifer, en compagnie de deux autres membres de l'A.P.M.M., alors qu'un pétrolier de près de 310 000 t (le tanker MARIA A. ANGELICOUSSIS) était à quai. Je remercie M. Rioult qui non seulement nous a permis cet accès, mais nous a en plus véhiculés jusqu'au bout de la grande digue, facilitant ainsi la prise de photos, et nous a présenté avec beaucoup d'enthousiasme la construction du port... que je n'avais vu jusqu'ici que de la terrasse du Belvédère.


Petit retour sur la construction du port d'Antifer il y a plus de 30 ans

C'est en effet le 25 juin 1976 qu'était inauguré le nouveau Terminal pétrolier du Havre, situé à Antifer (cf. doc. PAH infra). Ce même jour, était d'ailleurs également baptisé le supertanker BATILLUS (il escala vingt fois à Antifer, avant d'être retiré de la flotte en 1983).

La construction d'Antifer a nécessité une dizaine d'années (investigations et travaux, les premières études remontant à 1966) et un investissement de l'ordre du milliard de francs.


Terminal implanté au pied des falaises - Coupe de la digue

Un banc de sable, au large, a quelque peu facilité le dragage du chenal d'accès - A droite et ci-dessous à gauche, détail des "blocs rainurés"
différents des "acropodes" utilisées plus tard pour la digue François Le Chevalier de Port 2000 (cf. infra)

Terre-plein et capacités de stockage en construction. Cette capacité de stockage du pétrole brut et des produits d'avitaillement est de 644 000 m3.
Stockage "tampon" puisque le pétrole débarqué au Port du Havre-Antifer est refoulé par oléoducs vers les réservoirs de stockage du Port Pétrolier du Havre, pour être expédié ensuite vers les raffineries.

Digue de 3,5 km de long


Pour comparaison des techniques, détail des acropodes® de la grande digue de Port 2000
® Marque déposée de Sogreah - Photos Fabien Montreuil


Visite le 18 mars 2007

Exploité par la C.I.M.(Compagnie Industrielle Maritime), comme les terminaux pétroliers du Port du Havre, le Terminal du Havre-Antifer est composé de deux appontements construits à l'abri d'une digue : poste Est accessible aux navires de plus de 270  m de long et poste Ouest pour les navires de plus de 310 m de long.

Le matériel de déchargement a une capacité de 25 000 m3/h. Un navire de 300 000 tpl peut donc être déchargé en une douzaine d'heures. En dehors de la grande digue, le port comprend deux appontements pour supertankers et quatre bacs de stockage, chacun ayant une capacité de l'ordre de 150 000 m3. Ils sont reliés aux installations pétrolières havraises de la C.I.M. par un pipeline de 26 km de long (cf. carte en haut de page), d'un débit de 6 000 à 9 000 m3/h de pétrole brut. Le port compte, en plus, 35 ha de terre-pleins.


A quai aujourd'hui, le MARIA A. ANGELICOUSSIS (Nassau)

Ce pétrolier est un navire de série (au moins une trentaine de sisterships) de facture coréenne.
MARIA A. ANGELICOUSSIS
MARIA A. ANGELICOUSSIS
MARIA A. ANGELICOUSSIS
MARIA A. ANGELICOUSSIS (Nassau) - IMO 9216705 - MMSI 309337000 -  Indicatif d'appel C6FP2 - Pétrolier - 332,00x58,00x31,00 m - TE 22,49 m - JB 156 408  - JN 108 374  -  PL 306 283 t - P 29 840 kW (mot. 6 cyl. MAN-B&W-HHI 6S90MC-C) -  V 15,3 nds (max. 16,4 nds) - Cap. 346 351 m3 (16 cuves) - Constr. 2000 (Daewoo Shipbuilding & Marine Engineering, Geoje, Corée du Sud) - Propr./Gérant/Opérat. Chevron Shipping (San Ramon, Californie, USA) - Pav. BHS.


Quelques chiffres

Depuis sa mise en service, en mars 1976, c'est environ 2 500 navires qui y ont accosté, et plus de 500 millions de tonnes qui y ont transité (majoritairement à l'import). L'activité fut variable selon les époques et, actuellement, une soixantaine de navires y escalent chaque année. Aujourd'hui, 20 % du pétrole brut importé en France passe par Antifer. Et 40 % du pétrole transitant par le Havre est déchargé à Antifer, le reste arrivant directement au Terminal pétrolier (huit postes à quai, capacité de stockage de 3,7 millions de m3) du port du Havre, également géré par la C.I.M.

Sources : informations données par M. Rioult et documents PAH


Plaquette éditée lors de la construction d'Antifer
Document transmis par Fabrice Lacroix



Communiqué du PAH Antifer et les géants... (Extraits) - Juillet 2006
30 ans et plus de 500 millions de tonnes traitées par le terminal pétrolier d'Antifer
Trente ans... Le 25 juin 1976, un nouveau terminal pétrolier havrais était en effet inauguré à Antifer avec, le même jour, le baptême du BATILLUS, supertanker de 554 000 t de port en lourd qui escalera vingt fois à Antifer avant d'être retiré de la flotte en 1983. Depuis cette date, ce port – dont les équipements sont exploités par la Compagnie Industrielle Maritime (CIM) – a accueilli les plus gros tankers du monde. Avec 28,85 m de tirant d'eau et 548 248 t déchargées le 4 juillet 1978, le PIERRE GUILLAUMAT conserve la palme de la plus grosse escale réalisée. Un an après, le 28 juillet 1979, le pétrolier NANNY, avec ses 79 m de large, devient le plus impressionnant. Enfin, deux records tombent le 13 janvier 1995 lors de l'escale du JAHRE VIKING qui, avec ses 458 m de long et un port en lourd de 564 650 t, reste le plus gros tanker accueilli à Antifer. Dix années pour la réalisation d'un port dédié à l'accueil des plus grands pétroliers.

Le PIERRE GUILLAUMAT (414,23x63,05 m - JB 274 838 - JN 224931 - PL 555 051 t - Propulsé par quatre turbines à vapeur Stal-Laval de 47 840 kW / deux hélices) - V 16,8 nds), fut construit à Saint-Nazaire en 1977 pour la Cie Nationale de Navigation.Il fut ferraillé en 1983 à Ulsan (Corée du Sud)... sous le nom de ULSAN MASTER. Le NANNY, supertanker construit en Suède, de 498 995 tpl, fut quant à lui mis en service en 1978 (NDLR).
 
Les premières études concernant la réalisation d'un port pour l'accueil des grands pétroliers au Havre remontent à novembre 1966, la décision du Ministère pour une implantation en Baie de Seine intervenant en 1967. Près de trois ans sont ensuite nécessaires pour réaliser les études et leur prise en compte par l'Etat. Ce seront ensuite la procédure d'appel d'offres, les premières reconnaissances géotechniques, la réalisation d'un ouvrage expérimental et enfin le choix d'un port protégé par une digue infranchissable : le site d'Antifer qui présente l'avantage d'offrir la profondeur d'eau nécessaire (environ 30 m) à proximité de la côte.
En juin 1975, une première phase de travaux s'achève avec la construction de la digue. Fin 1975, sont achevés les approfondissements nécessaires à l'accueil des plus gros pétroliers alors en service (les ULCC – Ultra Large Crude Carrier – d'une capacité de 550 000 tpl), qui permettent des économies substantielles de transport par la route du Cap de Bonne Espérance (Afrique du Sud). L'année 1976 est marquée par l'achèvement des ouvrages de protection (en février), l'ensemble des infrastructures étant réceptionné début juillet.
Photo Jean-Yves Brouard : le BATILLUS à Antifer (juillet 1976)

© Françoise Massard
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