Quelques bateaux-promenades au "Vieux Port" de Montréal (août-sept. 2009)
Françoise Massard

Navires cités dans cette page ( cliquez sur leurs noms ) : - Clelia II - DUKW - GMC DUK-W353 - Grande Caribe - Grande Mariner - Le Bateau Mouche - Niagara Prince -
De nombreux "bateaux" (on ne parle de "navires" qu'en mer) proposent des navigations-promenades sur le fleuve Saint-Laurent au départ de Montréal. Nous en verrons quelques-uns plus bas, mais l'un d'entre eux mérite un développement car il a une longue et noble histoire. Le KAMADA ci-dessous résulte en effet de la transformation à usage touristique d'un vénérable et authentique camion amphibie américain du type de ceux utilisés au cours de la Seconde Guerre mondiale : il appartient à la série des fameux véhicules amphibies dits "DUKW" qui ont participé aux débarquements de 1944 et 1945 (bravo à Jean-Yves Brouard qui l'a instantanément reconnu). Pour l'heure, ce "vilain petit canard" amphibie utilise ses roues pour un sympathique parcours dans le "Vieux Montréal" et son hélice pour une courte navigation dans le "Vieux Port". Merci aux quelques passionnés de marine marchande (cités ci-dessous) qui m'ont apporté des compléments d'information.


Ce DUKW, vernaculairement appelé un "duck" (autrement dit un "canard"), a été construit par la Général Motors Corporation (GMC), comme tous ceux de la série (plusieurs milliers furent construits). Les premiers le furent dès 1942 et beaucoup participèrent activement au débarquement de juin 1944 en Normandie. En revanche, celui-ci n'est sorti qu'en 1945 et n'a donc pas été engagé dans cette grande manœuvre. Comme me l'a expliqué son "Captain", un certain nombre de ces "amphibian trucks" sont passés par le fond car pas assez stables lors des chargements/déchargements en mer, même si des navires de guerre les entouraient généralement pendant ces opérations de façon à les protéger des vagues du large. Longs d'un peu moins de 10 m pour environ 2,5 m de large et autant de haut, ces engins pesaient aux alentours de 8 t. Leur vitesse était de 10 km/h en mer et au maximum de 80 km/h sur terre.

Si j'ai bien compris ce qui m'a été expliqué, DUK W est un sigle codé utilisé par l'armée américaine : D pour construit en 1942 (ou en tout cas conçu à cette date) ; U pour "utility" (application amphibie) ; K signifiait que toutes les roues étaient motrices ; enfin, W voulait dire deux essieux arrières.

Après la guerre, certains ont été récupérés par les pompiers maritimes, d'autres par les coast guards. D'autres ont été utlisés à des fins civiles : des pêcheurs par ex. qui pouvaient ainsi aller de certains lieux de pêche directement à la criée !!! Quelques-uns, comme celui-ci, ont été transformés en amphibus (en Amérique du Nord, mais aussi à Londres, à Singapour, en Australie, etc.).


Ci-contre deux vues de l'intérieur de l'Amphibus-DUKW au cours de sa navigation sur le Saint-Laurent. Sur la deuxième photo, il s'apprête à emprunter la rampe qui lui permet de passer du milieu aquatique à la terre ferme et réciproquement.
A droite, déversoir du Canal de Lachine dans le Saint-Laurent.

Yvon Perchoc mentionne un autre ré-emploi d'un DUKW : comme embarcation de sondage hydrographique dans la fin des années 50.

Ces engins amphibies (photos ci-contre) étaient particulièrement pratiques pour le levé des littoraux sableux, puisque l'on pouvait venir sans appréhension "tutoyer" le "zéro des cartes" (ou "zéro hydrographique") sans risque d'échouement, et même prolonger le profil à terre pour la topographie. Dans les cailloux, c'était sans doute moins évident !


André Le Nay — J'en ai, pour ma part, fréquenté un d'assez près en 1978, proche de son état d'origine je pense, lors du chantier de la pose de pipe (gazoduc) au travers de la partie argentine du détroit de Magellan. Ce "Duk" était quotidiennement utilisé pour les liaisons entre les navires du chantier, barge 1601 et supplies vessels associés et les deux plages d'atterrage du pipe à terre Patagonie et Terre de feu. Il transportait ardemment personnel et matériel, navigant sur les eaux puis roulant, assez vite d'ailleurs, sur la plage. Je n'en ai malheureusement aucune photo.
PS. Un "Duck" célèbre, et fréquemment montré sur les ondes, fut celui d'où descendit le général de Gaulle lors de son arrivée sur la plage de Courseule sur mer en 1944.

Encore quelques précisions apportées, cette fois-ci, par Jacques Draoulec
Ces camions amphibies américains, officiellement appelés "GMC DUK-W353", furent utilisés comme transport de troupes (de 25 à 50 hommes par voyage, selon leur équipement) ou de matériels (jusqu'à 2,5 t) au cours de la WW II (liaisons navires - rivages). Ces camions CCKW353 G.M.C. flottants (avec coque acier et hélice) étaient dotés d'un moteur 6 cylindres en ligne GMC 270 de 102 ch. Le protoptype, né de la collaboration entre G.M.C. Truck Engineering et le Bureau d'Etudes Sparkman et Stevens, fut livré en 1942 (un mois et demi de construction) à l'armée américaine, laquelle en commanda ensuite 2 000.
Pas de préparation spéciale avant d'entrer dans l'eau. Quelques aménagements furent faits en 1943, comme l'ajout d'une commande au tableau de bord pour permettre au conducteur-pilote de réduire la pression des pneus afin d'avoir une meilleure traction sur le sable ou les sols mous.
A noter que le DUKW eut un successeur : le « Camanf » de chez Detroit Diesel Allison, véhicule amphibie brésilien mis en service en 1975. Châssis Ford, coque assez semblable à celle du Dukw, cet engin est doté d'un moteur Détroit Diesel modèle 40-50N (puissance 190 hp) et peut atteindre sur route une vitesse de 70 km/h. Il est de plus armé d'une mitrailleuse anti-aérienne.

Jean-Yves Brouard — Ces "canards" DUKW étaient tout simplement des camions GMC dotés d'une coque et d'une hélice pour en faire des engins amphibies. On a vu ces camions GMC longtemps après la guerre, réutilisés pour diverses applications dans le civil, tant dans les administrations (Eaux et Forêts, Ponts et Chaussées, etc.), que pour toutes sortes de chantiers d'entreprises privées, et même comme camions-grues pour les cirques (montage des mâts du chapiteau, grâce au treuil puissant et aux flèches dont certains étaient équipés). Les surplus américains ont bien ainsi servi un peu partout.

Frédéric Bogaert — Corroborant hélas le manque de stabilité de ces camions amphibies, la perte du "Duk" présent à Dunkerque - Malo-les-Bains jusque dans les années 1960. Les enfants que nous étions étaient impressionnés de croiser ce "monstre" d'acier qui roulait sur le sable dur avec son haut-parleur invitant les amateurs à le rejoindre pour une petite balade en mer. J'ai été le témoin involontaire de sa sinistre fin. Cela se passait un dimanche de printemps (Pentecôte ?) en 1966/7/8 (?), le temps était gris, la mer formée et il y avait pas mal de vent. Le drapeau devait être orange. En ce jour d'affluence, l'amphibie a néanmoins chargé ses passagers et s'est retourné un peu à l'ouest du casino de Dunkerque. Nous avions un repas de famille (une communion) dans la salle Dufloer, un restaurant situé sur la digue juste en face du lieu du naufrage et ce fût cet après-midi-là un spectacle affreux : les hommes-grenouilles des pompiers partaient en zodiac et revenaient avec des corps inanimés ; cortège d'ambulances ; deux remorqueurs locaux s'étaient positionnés un peu au large, ainsi que la pilotine, et scrutaient les flots, à la recherche de corps.

Yvan Letellier — La brève de Sète publiée dans le Journal de la Marine Marchande du 07.07.1955 (JMM N° 1885) — cf. documents ci-contre et ci-dessous (cliquez dessus pour les agrandir) — mentionne un engin amphibie utilisé à des fins touristiques sur la plage de Sète et qui semble bien être un DUKW. L'article mentionne hélas un autre accident concernant un engin de même type, mais je n'en ai pas trouvé trace dans un JMM.

Avec les mots-clés "DUKW" et "touristique", on trouve différents sites les décrivant.


Guy Justafre — Certains de ces DUKW naviguent encore alors qu'à l'origine ces véhicules devaient avoir une durée de vie assez courte, de l'ordre de 15 000 km d'après ma documentation. En fait, bien après la guerre, l'Unité de transbordement de La Rochelle en était équipée et j'ai vu ces véhicules participer à des exercices de débarquement sur les plages de l'ile de Ré. Une revue de modèlisme vend un plan de cet engin, et il y en eu une réplique chez Dinky Toys.

Autres navettes et bateaux-promenades

A son poste d'amarrage (quai Jacques-Cartier, Vieux-Port de Montréal), puis en évitage, le bateau de croisières LE BATEAU MOUCHE. J'y ai fait à bord une excursion d'environ une heure et demie sur le Saint-Laurent : visite du Vieux port, puis navigation entre les nombreuses iles qui jalonnent la rive droite du Saint-Laurent (Ile Ste Hélène, Ile verte, Iles Ste Marguerite, etc.) et la rive gauche du fleuve, le long de laquelle se déploient la ville et son port de commerce. Une agréable façon d'avoir une vue globale de l'architecture de Montréal. Ce bateau, dont la capacité est de 140 passagers sur le pont principal et 44 passagers sur le pont supérieur, propose également des soupers-croisières (navigation d'environ trois heures). A droite, gros plan sur ses water-jets.


LE BATEAU MOUCHE
LE BATEAU MOUCHE
LE BATEAU MOUCHE
LE BATEAU MOUCHE
LE BATEAU MOUCHE

Ici, le bateau de croisières GRANDE CARIBE de la sociét Blount Small Ship Adventuresé. Il fait souvent la route Québec - Montreal - Lac Ontario - Ccanal Erié - Océan Atlantique. Un autre navire de la même société parcourt les Grands Lacs : le CLELIA II navigue en effet de Toronto à Duluth, via les Lacs Erié, Huron et Supérieur (... une navigation qui me tente beaucoup !). Les GRANDE MARINER (IMO 8978643) et NIAGARA PRINCE, (IMO 8978629) du même groupe, proposent d'autres croisières, dont un cabotage entre les multiples îles de la Nouvelle Angleterre.


GRANDE CARIBE
GRANDE CARIBE
GRANDE CARIBE
GRANDE CARIBE

GRANDE CARIBE (Warren) - IMO 8978631 - Indicatif d'appel WCX4495 - MMSI 369023000 - Navire à passagers - 55,65x11,91x3,00 m - TE 1,98 m - JB 761 - JN 228 - PL 384 t - Ptot 1 302 kW (deux moteurs Caterpillar 3412D / deux hélices) - V 10 nds - Cap. 100 passagers (50 cabines) - Equipage 18 - Constr. 1997 (Blount Industries, Warren, USA) - Propr./Gérant Blount Small Ship Adventures (Warren, Etats-Unis) - Pav. USA.
D'autres navires au port de Montréal : cliquez ICI

Dernière mise à jour : 15.10.2014

© Françoise Massard
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