Quais de Seine à Paris (août-septembre 2012)
Françoise Massard

Page précédente
Cliquez sur les photos pour les agrandir

Du pont National (côté amont) au pont de Garigliano (côté aval), la Seine est enjambée par 32 ponts, y compris viaducs et passerelles (Paris compte 37 ponts en tout reliant les deux moitiés de la capitale). La ville de Paris s'est développée à partir de l'Ile de la Cité habitée, dès 250 av. JC, par des Parisii (tribu de la Gaule celtique). A partir de 52 av. JC, après la "Bataille de Lutèce" remportée par les Romains sur les Gaulois (relire De Bello Gallico de Jules Cesar… cela rappellera des souvenirs aux "Latinistes"), les Romains développent la ville sur la rive gauche, au pied de la Montagne Sainte-Genev!ève. Dès le Ier siècle, la puissante Confrérie des Nautes tire pleinement profit de la navigation sur la Seine, d'autant que ces "négociants par eau" jouissaient de nombreux privilèges les exemptant de charges coûteuses. Le blason de Paris n'arbore t-il pas toujours un bateau et sa devise n'est-elle pas encore "Fluctuat nec mergitur" ("Il vogue mais ne sombre pas") ? Il semblerait que c'est vers l'an 360 de notre ère que le nom de Paris remplaça celui de Lutèce.

Véritable avenue centrale de la capitale, la Seine a ordonné progressivement, au cours de ces deux millénaires, l'architecture de Paris, lui imposant une sorte d'unité. Les rives de la Seine sont ainsi jalonnées d'une succession de chefs-d'œuvre (l'ancienne Parisienne que je suis est peut-être un peu "chauvine", que le lecteur me pardonne !) qui ont contribué à la diffusion de l'architecture gothique à travers l'Europe. La tour Eiffel et le palais de Chaillot — pour ne citer qu'eux — sont des témoignages concrets des expositions universelles dont l'importance a été si déterminante aux XIXe et XXe siècles. Cette voie de circulation qu'est la Sequana a bien sûr été intimement liée au développement industriel de la capitale durant tout le XIXe siècle. La construction du canal de l'Ourcq (108 km / 1830 / N-E de Paris), du canal Saint-Denis (de l'ordre de 7 km / 1821 / Nord de Paris) et du canal Saint-Martin (environ 5 km / 1825 / reliant la Seine S-E via l'écluse de l'Arsenal au bassin de la Villette au Nord de Paris), ainsi que la canalisation généralisée de la Seine intra-muros, ouvrirent définitivement cette voie d'eau au transport commercial lourd au tournant des XIXe et XXe siècles.



La "plus belle avenue de Paris", la Seine, est longue d'environ 13 km. Elle baigne les plus importants et les plus beaux monuments de la ville (comme le Danube à Budapest, cf. photos 1 et 2 - 08.2001). Ses quais sont classés au patrimoine mondial de l'Unesco entre Notre-Dame et les Invalides. Avec les photos suivantes, je vous invite à effectuer une croisière-promenade entre le pont d'Iéna et le pont de Sully (aller/retour).


Navigation sur la Seine entre le pont d'Iéna et le pont de Sully

Tout d'abord quelques photos faites à mon point d'embarquement. Amarré au BAILLY DE SUFFREN (espace flottant fixe des "Vedettes de Paris" amarré au Port de Suffren, quasi au pied de la tour Eiffel), le PARIS MONTMARTRE (bateau VP de 1999, cap. max. 247 passagers). Puis le PARIS TROCADERO (247 passagers en promenade, 70 en cocktail et 40 en dîner), un autre bateau des VP. A droite, le CERCLE DE LA MER, bateau-bureau de l'association "Cercle de la Mer" créée en 1971 et qui regroupe des membres de la marine nationale, de la marine marchande, de la pêche, de la plaisance et de la marine fluviale.


Sur la photo de gauche, le pont d'Iena dominé par le Palais de Chaillot - Trocadéro. Sur les deux photos suivantes, le ISABELLE ADJANI (1999, 580 passagers) des "Bateaux-Parisiens". A droite, le PARIS ETOILE (250 passagers répartis sur deux niveaux en promenade, 110 en cocktail et 50 en dîner) des "Vedettes de Paris" précédemment citées.


Automoteur OLIEN, puis l'ODEON de la compagnie des "Batobus" évitant devant le port de Suffren. Avec ses huit stations dans la capitale, et ses six bateaux pouvant accueillir 198 passagers, cette société créée en 1989 (pour la commémoration du Bicentenaire de la Révolution) avait pour but initial — comme son nom l'indique — de servir de "bus fluvial". Mais la navigation fluviale, pas plus que la maritime, n'est vraiment dans le cœur des Français et la taille sans doute trop importante des navires (donc longs à emplir) font que ces bateaux sont maintenant essentiellement des bateaux touristiques. Des bateaux plus petits (comme les Seabus du port de Vancouver par exemple), permettant des rotations beaucoup plus fréquentes auraient été plus utiles aux Parisiens pour se rendre à leur travail (25 min entre deux batobus contre 3 à 5 min entre deux métros). Pour l'anecdote, quand j'étais moi-même élève-pilote sur la Seine, j'ai plusieurs fois croisé une vedette rapide qui amène les députés de Bercy à la Chambre… beaucoup moins d'embouteillages que sur les voies longeant les quais sans aucun doute !


La vedette à passagers PARISIS (37,50x7,50 m, entrée en service 1994, capacité 550 passagers) de la compagnie "Vedettes du Pont Neuf". Puis un bateau-logement. A droite, LE MONTEBELLO de la société Paris Seine, navire amarré face à la tour Eiffel et pouvant accueillir de 20 à 80 personnes pour des évènements familiaux ou professionnels.


Ci-dessous à gauche, un autre navire de Paris Seine, LE PARIS (2001) pouvant lui accueillir de 80 à 230 personnes. Au milieu, le yacht JOSEPHINE (30x5 m, 10 à 45 passagers, naviguant) à quai au port Debilly. A droite, la passerelle Debilly qui relie le quai Branly (rive gauche) à l'avenue de New York (rive droite). Longue de 120 m pour une largeur de 8 m, cette passerelle fut construite en 1900 (sur les plans des architectes Jean Résal et Amédée Alby) par l'entreprise Daydé et Pillé déjà citée à propos du pont Mirabeau. Cette passerelle qui, comme la tour Eiffel, devait être démontée après l'Exposition universelle de 1900…, tire son nom de celui du Général Debilly (1763-1806) qui trouva la mort à la bataille d'Iéna.


Diverses péniches à usage d'habitations, dont la STADT AALST et la SCHELDEZOON.


Pousseur MARSOUIN (15,50x5,86x1,80 m, deux moteurs 6cyl Caterpillar de 235 kW chacun, construit en 1965 au Chantier du Trait, exploité par la Compagnie des Sablières de la Seine / Groupe Lafarge) et barge TAF-301. Ils passent sous le pont de l'Alma. Construit par l'ingénieur Gariel entre 1854 et 1856, le pont d'origine (153 m de long et 20 m de large) avait été inauguré par Napoléon III le 2 avril 1856. Il a été reconstruit dans les années 1970 en acier et sa largeur a été doublée. Des quatre soldats qui ornaient les piles du pont initial, seul le fameux "Zouave du pont de l'Alma" (ci-dessous à droite) du sculpteur Georges Diébolt a été réinstallé (côté amont, en rive droite) en 1973 à la fin de la reconstruction. Les Parisiens mesurent les crues de la Seine à la hauteur d'eau qui le recouvre ! Le nom de ce pont rappelle bien sûr la victoire de l'Alma (septembre 1854) au début de la guerre de Crimée.


Sur la photo de gauche ci-dessous, le ponton d'embarquement de la Compagnie des Bateaux-Mouches, fondée en 1949 par Jean Bruel (qui en déposa la marque). Cet armement compte actuellement 6 bateaux-restaurants et 9 bateaux-promenades dont LE MULET COURREAU en route sur les deux photos suivantes (60,0x10,4x1,6 m, deux moteurs de 295 kW chacun, deux propulseurs Voith, capacité max. 1 400 passagers, construit par les Chantiers de la Haute Seine). Sur la quatrième photo ci-dessous, le Bateaubus TROCADERO (sistership de l'ODEON). A droite, le pont des Invalides. Reliant les 7e et 8e arrondissements, l'actuel pont (le quatrième construit au même endroit) date de 1880 car celui de 1856 dut être entièrement rebâti après avoir été en grande partie détruit par la débâcle de la Seine le 3 janvier 1880. Les architectes Paul-Martin Gallocher de La Galisserie, Jules Savarin et Jean Darcel ont conservé les piles et culées du pont de 1856, mais y ont ajouté une nouvelle pile au milieu de la Seine (au cours des travaux fut trouvée, à quelques mètres sous le sol, une barque monoxyle qui remonterait aux incursions des Normands à la fin du IXe siècle). Dominant le pont des Invalides, on aperçoit l'imposante toiture du Grand Palais.


Les "Bateaux-Mouche" doivent leur nom au quartier de la Mouche à Lyon où furent construits les premiers bateaux à hélice de la "Compagnie des bateaux à vapeur Omnibus" implantée à Lyon en 1864. Ces bateaux étaient destinés au transport urbain des Lyonnais sur la Saône. Ils firent leur entrée à Paris à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1867, date à laquelle le barrage éclusé de Suresnes venait juste d'entrer en service. Ces bateaux étaient déjà propulsés grâce à une hélice qu'avait mise au point, au début des années 1840, le Havrais Augustin Normand (collaboration éphémère avec Frédéric Sauvage). L'armement fluvial fut autorisé à développer le premier service public dans la capitale. En 1886, la compagnie couvre 39 km de lignes (en ville et en banlieue) et compte 47 pontons-stations. Sa flotte de 107 bateaux propose 27 200 places. Elle a transporté 16 millions de passagers lors de l'Exposition universelle de 1885 (chiffres fournis par François Beaudoin dans son opuscule "Paris et la Batellerie du XVIIe au XXe siècles"). La Première Guerre Mondiale et l'avènement du métro portent un coup fatal à ce premier armement fluvial. Mais une nouvelle compagnie de transport fluvial, à but touristique cette fois-ci, allait faire perdurer ce nom de "Bateaux-Mouches".


Ici, le bateau-promenade PARIS MONTPARNASSE sur fond de pont Alexandre III. Ce bateau (1999, 247 passagers max.) fait partie de la flotte des Vedettes de Paris déjà mentionnées. On a déjà vu supra son sistership : le PARIS MONTMARTRE. Situé entre le quai d'Orsay (rive gauche) et le Cours-la-Reine (rive droite), le pont Alexandre III fut ouvert à la circulation en 1900 après quatre années de construction (le tsar Nicolas II et le président Félix Faure en avaient posé la première pierre le 7 octobre 1896). Les architectes en furent les mêmes que le pont Mirabeau et la passerelle Debilly : Jean Résal et Amédée Alby. Il a été dessiné pour que son axe coïncide avec celui de l'Esplanade des Invalides, aussi n'enjambe t-il pas la Seine à angle droit. Long de 160 m (avec une seule arche de 107 m d'ouverture) et 40 m de large, c'est l'un des ponts les plus larges de Paris. C'est aussi le pont le plus richement décoré de Paris. Chacun des quatre pylones porte en son sommet une "Renommée" (divinité gréco-romaine ailée et soufflant dans une trompe). Il est classé aux Monuments historiques depuis 1975.


LA BRIGANTINE est un bateau flamand de 28 m de long et 5 m de large construit en 1904. Après une carrière commerciale sur les canaux, il est maintenant amarré au port des Champs-Elysées. Réaménagé, il est proposé à la location pour les touristes. Sur la photo milieu, le pont de la Concorde. Ce pont, édifié par Perronet en 1790, relie le Palais Bourbon, siège de l'Assemblée Nationale, à la Place de la Concorde (et son obélisque de Louxor) et, dans l'alignement, à l'église de la Madeleine. Long d'un peu plus de 150 m pour près de 15 m de large, il fut partiellement construit avec des pierres de ré-emploi provenant de l'ancienne prison de la Bastille. A noter qu'il porta plusieurs noms… en fonction des aléas de l'Histoire : pont Louis XVI (à deux époques), pont de la Révolution (1792-1795), pont de la Concorde (à deux reprises, dont de 1830 à nos jours). Sur la photo suivante, des bateaux-logements le long du quai des Tuileries. A droite, la passerelle Solférino qui franchit la Seine entre le musée d'Orsay et le jardin des Tuileries. Uniquement piétonnière, elle date de 1999, remplaçant celle de 1859 qui dut être démolie en 1961, de grands pans de fonte étant fissurés (une passerelle provisoire avait été installée entre temps).


Ci-dessous, d'autres bateaux-logements le long du quai des Tuileries qui est en contrebas du Jardin des Tuileries. Créé en 1564 par Catherine de Médicis, ce jardin fut le premier grand jardin en bord de Seine. Sa conceptrice y introduira la mode florentine de promenade en carrosse. Sur la deuxième photo, le Musée du Louvre (aile "Pavillon de Flore") dominant le pont Royal (que l'on voit presqu'en entier sur la troisième photo). Situé entre le quai des Tuileries (en rive droite) et les quais Voltaire et Anatole France (en rive gauche), c'est l'un des plus vieux ponts de Paris, puisque construit en 1689 (sur les plans de Jules Hardouin-Mansart). Il fut entièrement financé par Louis XIV, ce qui lui vaut son nom de "Pont Royal". Il remplaça un pont de bois de 1632 qui avait lui-même remplacé un bac en service à cet endroit depuis 1550 (ce bac est d'ailleurs à l'origine de la "rue du Bac" dans le 7e arrondissement). Sur les deux photos de droite, le pont du Carroussel (trois arches). Ce pont de 168 m de long et 33 m de large, en béton armé, a été ouvert en 1939, en remplacement d'un pont de fer de 1834. L'actuel pont porte quatre statues assises (deux à chaque extrémité) du sculpteur Louis Petitot (1794-1862), reprises de l'ancien pont, et symbolisant la "Seine", la "Ville de Paris", "l'Abondance" et "l'Industrie". Particularité de ce pont : ses quatre candélabres "télescopiques" (deux à chaque extrémité) sont hauts de 12 m le jour mais s'élèvent à 22 m la nuit (élévation assurée par moteurs électriques commandés à distance). Ils sont l'œuvre de Raymond Subes, celui-là même qui réalisa les rampes d'escalier de divers grands paquebots de la première moitié du XXe siècle comme l'ILE DE FRANCE, le NORMANDIE, etc.


Ci-dessous, un pont mythique pour les Parisiens qui aiment bien y flâner, voire y pique-niquer, le Pont des Arts. Cette passerelle métallique, exclusivement destinée aux piétons et construite en 1804 à la demande de Napoléon 1er, était alors la première du genre en Europe. Elle relie le Palais des Quatre Nations (quai Conti) au Musée du Louvre (au niveau de la Cour Carrée). Elle est inscrite aux Monuments historiques depuis 1975. Déjà fragilisée par les bombardements lors des deux conflits mondiaux, elle fut fortement ébranlée lors de collisions par des péniches, dont une particulièrement sévère en 1979 qui la fit partiellement s'écrouler. Ce pont des Arts a dû être reconstruit — quasi à l'identique — et fut inauguré en 1984 par Jacques Chirac alors maire de Paris. Ce pont présente régulièrement des expositions de peintures ou de photographies.


A suivre…

Page précédente
Dernière mise à jour : 09.10.2012

© Françoise Massard
  www.cargos-paquebots.net