Au fil de la Loire
Photos Danièle Porry
& Françoise Massard / Textes Françoise Massard
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Lumières de Loire (10.08.2012)

Ces sept photos poétiques signées Danièle Porry me donnent l'occasion de revenir un peu au "fluvial" qui, bien que présent sur ce site, n'en est pas le cœur de cible. Par sa longueur (un peu plus de 1 000 km) et sa situation géographique, la Loire ("Liger") a longtemps servi de trait d'union entre les ports de l'Atlantique, la région Centre, le Bassin parisien, le Massif Central et le Midi via l'axe Rhodanien, navigations parfois entrecoupées de transbordements par terre. Des villes comme Nantes, Angers, Tours, Orléans, ou encore Roanne ou Châteauneuf-sur-Loire, pour n'en citer que quelques-unes, doivent leur essor aux XVII-XVIIIe siècles en partie au commerce florissant sur la Loire à cette époque. De la voile à la vapeur (type de navigation apparu dans les années 1820), la Loire (à laquelle furent adjoints plus tard des canaux, comme celui de Briare à partir de 1642, ou celui d'Orléans ouvert en 1692, ou encore ceux du Loing et du Centre ouverts respectivement en 1724 et 1793) fut un important axe commercial du Moyen Age jusqu'au milieu du XIXe siècle. D'autres canaux furent d'ailleurs construits à cette époque : le Canal latéral à la Loire (1838), le Canal du Nivernais (1842), ou encore le Canal du Berry (1841), mais la construction des premières lignes de chemin de fer, à partir de 1850, sonnèrent le glas de cette navigation ligérienne. De nos jours, la "Loire maritime", de la façade Atlantique jusqu'à Nantes, est accessible aux cargos. Au-delà de Nantes, c'est le domaine fluvial. Ce sont désormais les bateaux de plaisance qui profitent du magnifique Val de Loire (dont une partie — environ 250 km, en gros d'Angers aval à Orléans amont — est inscrite au Patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2000).

Saint-Benoît / Loire (08-08-2012)
Bou (08-07-2012)
Ile aux oiseaux - Beaugency (01-05-2012)

La Loire présente l'avantage d'avoir son cours dans l'axe des vents dominants, les vents d'Ouest qui soufflent quasiment à l'année. Aussi, du temps de la navigation à la voile, les bateaux remontaient de la mer assez aisément par des allures portantes, jusqu'à Orléans, et ce d'autant que ce fleuve présente de grands tronçons rectilignes (contrairement à la Seine et ses méandres réputés). Ainsi, malgré ses crues notoires et ses redoutables étiages, malgré son ensablement, ce "chemin d'eau" fut longtemps "la plus grande rivière du Royaume, celle qui fait la meilleure partie du commerce de la France" comme le disait Vauban. Bien sûr, les bateliers de Loire avaient adapté leurs bateaux aux caprices du fleuve : chalands, gabarres, futeaux, toues, chênières, sapines (ces dernières étaient souvent "déchirées" après un seul voyage et transformées en bois de chauffe), etc., tous les bateaux de Loire étaient à fond plat, sans quille, avec la fameuse "piautre", imposant gouvernail à axe oblique et à grande surface directionnelle. "A la baisse", autrement dit à la descente ou "à la decize", on utilisait la force du courant et les "bâtons de marine" (on "bournayait"). Ces bâtons, longs de plusieurs mètres, que les "conducteurs" plantaient dans le fond de la rivière, permettaient de modifier la trajectoire du bateau. Dans certains cas, il fallait recourir au halage "à la bricole" (du nom du harnais que portaient les haleurs). Pour passer sous "l'arche batelière" (la plus grande) des ponts, il fallait bien sûr abaisser le mât à l'aide du "guindas" (treuil à axe horizontal). On l'a compris, les "voyages" (c'est ainsi que les bateliers appelaient leurs déplacements) sur la Loire n'étaient pas de tout repos.

Embâcles (08-02-2012)
Saint-Benoît / Loire (18-12-2011)
L'entretien et le balisage du chenal de navigation, mais aussi le maintien en état des "duits", ces levées de pierres qui canalisaient partiellement le fleuve, et des "hausserées", ces passages maintenus libres de tous obstacles le long du fleuve pour permettre le déplacement des haleurs, étaient indispensables pour permettre la navigation commerciale de ces "voituriers d'eau". L'essentiel du trafic ligérien concernait, jusqu'au XIXe siècle, les bois du Morvan (dont certains étaient flottés), charbon de Saint-Etienne, tuffeau de Touraine, ardoises de Trélazé, faïences de Gien ou de Nevers, papier produit par les moulins d'Ambert, coutellerie de Thiers et de nombreux produits agricoles (vins, huiles, sel, poissons séchés, céréales, tabac, savon, etc.). A noter que des "péages", régulièrement répartis le long du cours, s'ils ne grevaient que peu le coût du transport car les droits étaient assez modiques semble t-il, n'en allongeaient pas moins les temps de transit… et provoquaient de fréquentes révoltes chez les mariniers.

La Loire, on le sait depuis l'école primaire, prend sa source à 1 408 m d'altitude, au pied du mont Gerbier-de-Jonc (Ardèche). Elle parcourt 1 013 km avant de se jeter dans l'océan Atlantique en aval de Saint-Nazaire. En voici trois photos que j'ai faites en mai 2010 aux environs de Saumur.



Ci-dessous à gauche, bord de Loire à Decize. Au confluent de la Loire et de l'Aron, et à la jonction du Canal du Nivernais et du Canal latéral à la Loire, cette ville de la Nièvre (située à une trentaine de kilomètres de Nevers) est un véritable carrefour de voies navigables (de "voies intérieures" comme disent les professionnels du domaine fluvial). J'ai fait les six photos suivantes à Digoin en juillet 2004.


Ci-après quelques vues du Pont-Canal de Digoin (juillet 2004). Ce magnifique ouvrage construit entre 1834 et 1838, sous la direction de l'Ingénieur en Chef Pierre-Alexandre Julien (également le concepteur du Pont-Canal du Guétin), permet au Canal latéral à la Loire de franchir la Loire justement. Ce pont-canal de 243 m de long comporte onze arches dont l'intrados est à une douzaine de mètres au-dessus du niveau moyen de la Loire. A noter que celui du Guétin précédemment cité (343 m de long - 18 arches) permet au même Canal latéral à la Loire de franchir l'Allier cette fois-ci, non loin du Bec d'Allier.


Cette Loire redoutable par ses "caprices", mais attachante par la variété de ses paysages, a inspiré de nombreux poètes. Je n'en citerai que deux, avec ces extraits :

(…)
La Loire est une reine, et les rois l'ont aimée :
Sur ses cheveux d'azur ils ont posé, jaloux,
Des châteaux ciselés ainsi que des bijoux ;
Et de ces grands joyaux, sa couronne est formée.


Vous passez votre vie, ô peupliers tremblants,
A la voir s'égarer en détours nonchalants,

Muette, énigmatique, et souple, et lente, et bleue
(…)

Jules Lemaître (1880)

(…)
La Loire est donc une rivière
Arrosant un pays favorisé des cieux,
Douce quand il lui plaît, quand il lui plaît si fière
Qu'à peine arrête-t-on son cours impérieux.
Elle ravageroit mille moissons fertiles,
Engloutiroit des bourgs, feroit flotter des villes,
Détruiroit tout en une nuit
(…)
Coteaux riants y sont des deux côtés…
Ce n'est pas un ruisseau qui serpente en un pré,
C'est la fille d'Amphitrite
(…)

Jean de la Fontaine (1663)


Et, puisque ce sont les vacances, voici quelques idées de lectures fluviales…

  • Une histoire de la marine de Loire, par Patrick Villiers et Annick Senotier. Editions Grandvaux, 1997.
  • Le chemin qui marche. Chronique de la Loire et de ses canaux, par Yves Fougerat. Editions Cheminement, 2000.
  • Bateliers sur la Loire, par Françoise de Person. Editions CLD, 2001.
  • La Loire rebelle. La crue de 1846, par Jean Rivier. Editions Grandvaux, 1998.
  • Le roman de la Loire, par Bernard Pierre. Editions Plon, 1997.
  • Voyage en Loire Nivernaise, par Alain Haye et Stéphane Jean-Baptiste. Ed. La Fabrique, 2003.
  • Les bateliers, seigneurs du fleuve ou galériens ?, par Guillemette de Véricourt, Bernard Le Sueur et Danielle Gerritsen. Editions Syros, 1995.
  • Le matelot des fleuves, par Raymonde Maillet et Colette Piat. Editions Payot, 1995.
  • Profession ? Marinier, par Annie Lorenzo. Editions Ch. Massin.
  • Chemin d'eau, par Jean Rollin. Editions Payot, 2004.
  • La grande batellerie. 150 ans d'histoire de la Compagnie Générale de Navigation (XIXe-XXe siècles), par Bernard Le Sueur. Ed. La Mirandole, 1995.
  • Le seigneur du fleuve, par Bernard Clavel. Editions Robert Laffont, 1972.
  • Ton Rhône est un mirage, par Henri Vagnon (l'auteur des "guides" du même nom). Les Editions du Plaisancier, 1993.
  • Cinq siècles de transport fluvial en France du XVIIe au XXIe sitcle, par Laurent Roblin. Editions Ouest-France, 2003.
  • La péniche, ma vie. Batelier de père en fils, par Martial Chantre. Les Cahiers du Musée de la Batellerie N° 48, novembre 2002.
  • L'aménagement fluvial et la mémoire. Parcours d'un anthropologue sur le fleuve Rhône, par Gérard Chabenat. Editions L'Harmattan, 1996.
  • Histoire des ports de Paris et de l'Ile de France, par Alexandre Lalandre et Laurent Roblin. Editions Ouest-France, 2004.
  • La voie d'eau. Histoire et technique, par François Beaudoin. Les Cahiers du Musée de la Batellerie N° 43, juin 2000.
  • Croyances et coutumes des gens de rivières et de canaux, par Annette Pinchedez. Editions Tallandier, 1992.
  • Etc.
Sans oublier de nombreux musées fluviaux qui méritent le détour, comme ceux de Conflans-Ste-Honorine, Châteauneuf-sur-Loire, Rouen, Briare, Cosne-sur-Loire, Longueil-Annel, Saint-Jean-de-Losne, Pouilly-en-Auxois, Digoin, Saint-Ferreol, pour n'en citer que quelques-uns… ceux que je connais !
Françoise Massard - 11.08.2012

© Françoise Massard
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