Trois sites de la côte charentaise de l'Estuaire de la Gironde (mai 2010)
Françoise Massard

Navires cités dans cette page ( cliquez sur leurs noms ) : - City of Hamburg - Ciudad de Cadiz - Regulus - Ville de Bordeaux - -
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Meschers-sur-Gironde
 La commune de Meschers-sur-Gironde est située à une dizaine de kilomètres à l'Est de Royan, également sur la rive droite de l'estuaire. Ses célèbres "falaises blanches" se seraient formées à la fin de l'ère secondaire, et plus précisément à la jonction du Crétacé inférieur et du Crétacé supérieur, soit il y a une centaine de millions d'années. A cette période géologique, de très importants mouvements tectoniques, dont la création de chaînes de montagnes sous-marines le long des lignes de fractures, associés à un climat particulièrement chaud, ont entraîné une élévation générale du niveau des mers partout dans le monde. Meschers était donc sous la mer, et pendant des millions d'années se déposèrent des sédiments calcaires provenant des squelettes d'animaux marins et des tests calcaires de micro-organismes planctoniques (ce phénomène spécifique à cette période a évidemment donné son nom géologique au "crétacé", du latin creta pour craie). La dureté de ces dépôts crayeux décroît des strates les plus basses (les plus dures, localement appelées les "plataines", que l'on peut voir à marée basse, l'érosion ayant fait reculer la falaise) vers les strates les plus élevées, formées de calcaires tendres façon tuffeau.

Sur la première photo, on aperçoit un carrelet typique du littoral de la Gironde et de Charente-Maritime, même si l'on en voit aussi maintenant en Vendée et Pays de Loire. Ces "carrelets", qui sont des cabanes de pêcheurs (au moins à l'origine), construites sur pilotis et reliées à la terre ferme par un ponton en bois, tirent leur nom du grand filet à mailles carrées (le "carrelet") dont elles sont équipées. Ce filet, installé au bout d'un mât à l'aide de deux cerceaux en croix, est monté et descendu à l'aide d'un treuil. Ces carrelets, connus depuis le dix-huitième siècle, font quasiment partie de notre patrimoine charentais. De réels outils de pêche qu'ils étaient à l'origine, ils sont maintenant des actvités de loisir ("venez prendre un pot à la cabane" !). Ces structures sont évidemment assez fragiles et 90 % d'entres elles furent détruites durant la tempête de 1999. Elles furent reconstruites selon des normes plus strictes et ont beaucoup mieux résisté à celle de février 2010 où, il est vrai, le vent fut moins violent.

La commune de Meschers, du haut de ses falaises, domine donc l'estuaire de la Gironde, comme on le voit ci-dessous. Au premier plan, la vedette BOHEME II, un bateau-promenade. Sur les deux photos de droite, et bien qu'à la limite optique de mon zoom, une silhouette qui ne trompe pas : celle d'un des trois cargos "A380 on the board" ! Ce doit être l'un des deux sisterships CIUDAD DE CADIZ ou CITY OF HAMBURG, le VILLE DE BORDEAUX étant actuellement en arrêt à Saint-Nazaire.


La partie haute des falaises abrite des cavités naturelles habitées dès la Préhistoire. Elles furent progressivement aménagées par l'Homme, jusqu'à en faire de véritables habitations troglodytiques... aux parois inscrustées de coquillages. Deux sites se visitent : les grottes de Matata et les grottes de Régulus. Les quelques photos ci-dessous ont été faites dans les grottes de Regulus (site ouvert au public en 1986). Mais d'où vient ce nom ?

Le Regulus, dont on voit une maquette ci-contre, était un navire de guerre de la marine napoléonienne, entré en service en 1805. Equipé de 82 canons, il fut positionné en 1813, avec les trois bricks Java, Malais et Sans-Souci, à l'entrée de la Gironde pour protéger l'estuaire de toute incursion ennemie, et en particulier anglaise. Mais, en avril 1814, les quatre navires sont bloqués par une escadre anglaise et contraints de mouiller devant Meschers. Puisqu'ils ne pouvaient plus forcer le blocus, et afin qu'ils ne tombent pas aux mains des Anglais, le capitaine de vaisseau Regnauld donna l’ordre de les saborder en y mettant le feu. Ils vont donc brûler et couler devant les falaises, et c'est en souvenir de cet acte courageux que l'une des grottes prendra le nom de Regulus.

D'après le site www.pays-royannais-patrimoine.com.

Ces habitats aménagés dans les falaises dominant la Gironde hébergèrent, selon les époques, pirates, amours cachés ou encore miséreux. Elles abritèrent aussi des offices religieux de protestants traqués après la révocation (par Louis XIV le 16 octobre 1685) de l'Edit de Nantes (signé en 1598 par Henri IV). Voici quelques photos de la "maison" de Marie Guichard, dite "la Guicharde", qui l'aurait habitée jusqu'à son décès en 1923.


La vie dans ces troglodytes n'était, paraît-il, pas si inconfortable que cela puisse paraître à première vue car la luminosité y était bonne, la température constante (rien de très étonnant vu l'épaisseur des parois), les sources d'eau douce ne manquaient pas dans les environs, et bien sûr la vue sur l'estuaire était imprenable ! Elle l'est bien sûr encore aujourd'hui, et nos contemporains l'ont compris, la majorité des grottes étant devenues des résidences privées, aménagées avec tout le confort moderne. Seules les grottes de Matata et de Régulus sont ouvertes au public.



Pour la petite histoire, c'est dans les grottes voisines de Matata que, selon la légende, Charlotte de La Trémoille, épouse de Henri de Bourbon, Prince de Condé, venait y cacher ses amours illicites avec son jeune page, Permilhac de Belcastel... Le duc de Condé étant mort en 1588, a priori empoisonné, son épouse fut immédiatement soupçonnée et emprisonnée pendant plusieurs années, puis finalement relaxée. Son page, également soupçonné, se cacha dans les grottes de Meschers où il fut un jour débusqué par les habitants des lieux qui, le prenant pour un sorcier, le lapidèrent et le jetèrent du haut de la falaise. Le nom de Matata viendrait justement d'un propos tenu par Belcastel en latin (pour déjouer l'attention de celui qui l'avait découvert) : Matuta, matutina". Subterfuge inutile vu la suite des évènements, mais qui laissera son nom à la grotte !



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Dernière mise à jour : 03.06.2010

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