Croisière en Seine à bord du paquebot fluvial BOTTICELLI (13-18.04.2015)
Françoise Massard
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C'est dans la Côte d'Or, près de Saint-Germain-Source-Seine, que la Sequana, autrement dit la Seine, prend sa source à 471 m d'altitude. Sur les presque 800 km qui la mènent jusqu'à la Manche (elle s'y jette entre Le Havre et Honfleur), la Seine traverse de nombreux départements (17 exactement) dont ceux de l'Ile de France, y compris celui de Paris. Ses principaux affluents sont : l'Oise, la Marne, l'Aube (en rive droite) et l'Yonne, le Loing, l'Essonne, l'Eure (en rive gauche). Ses principaux ports sont : Paris (Paris-Tolbiac, Gennevilliers, Bonneuil-sur-Marne, Limay, Montereau, etc.), RouenLe Havre (d'autres photos ici). Le bassin de la Seine comprend 1 584 km de voies navigables dont 581 km de voies à grand gabarit (pour des automoteurs de 800 à 1 000 t et jusqu'à à des convois poussés de deux barges de 4 400 t de charge totale, soit l'équivalent de 175 camions), 854 km de voies au gabarit Freycinet (écluses de 39 m de long et 5,20 m de large), 87 km de voies à vocations multiples et 62 km de voies touristiques. La Seine proprement dite est classée "navigable" sur 517 km, à partir de Marcilly-sur-Seine (à sa confluence avec l'Aube). La dénivellation de 67 m entre Marcilly et la mer est franchie grâce à 25 écluses, dont seulement 6 entre Paris et la mer (26 m de dénivelé pour une longueur totale de 355 km). La Seine navigable est fluviale entre Marcilly et le Pont Jeanne d'Arc à Rouen (PK 242), puis maritime au-delà (les bateaux de commerce ont obligation de prendre un pilote de la Station de Pilotage de la Seine). La vitesse maximale autorisée varie selon les sections : 28 km/h de la mer à La Bouille (PK 260) - 14 km/h de La Bouille au pont Jeanne d'Arc à Rouen (PK 242) - 12 km/h du PK 242 au PK 233 - 18 km/h du PK 233 au PK 8,7 (pont du périphérique aval à l'entrée de Paris) - 12 km/h dans Paris. La navigation commerciale bénéficie d'une priorité absolue sur les bateaux de plaisance, même si ceux-ci naviguent à la voile ou à la rame. Le bief de Paris est compris entre les écluses de Suresnes (à l'aval), de Port-à-l'Anglais (à l'amont) et de Saint-Maurice (sur la Marne).
PK = point kilométrique, le PK 0 étant à Paris (sur le parvis de Notre-Dame). A noter que les vitesses en navigation fluviale s'expriment en kilomètres par heure ( km/h) et non en nœuds (nd).
Le "gabarit Freycinet" vient du nom du ministre français des travaux publics qui, en 1890, a normalisé le réseau national autour des automoteurs de type "péniche flamande" de 38,50 m de long et 5,05 m de large, avec 1,80 à 2,20 m d’enfoncement pour un chargement voisin de 350 à 400 t (l'équivalent de 13 à 14 camions).


C'est à bord du paquebot fluvial BOTTICELLI de l'armement strasbourgeois CroisiEurope que j'embarque à Paris (75015) au quai de Grenelle (entre le pont de Grenelle et le pont de Bir-Hakeim), le 13.04.2015 pour une croisière de six jours sur la Seine, entre Paris et Honfleur (aller-retour).



D'autres photos du BOTTICELLI, mais là vu lors de son escale à Honfleur. En plus de ses ancres de proue, on notera que le paquebot a une ancre de poupe (cf. tableau arrière) dite "ancre de croupiat" (ou "ancre de détroit"), typique des navires fréquentant les eaux resserrées, au premier rang desquels les bateaux fluviaux.



Le BOTTICELLI a les dimensions classiques des bateaux fluviaux : 110 m de long pour 11,40 m de large. Son tirant d'eau est également très classique pour la navigation sur fleuves, rivières et canaux : 1,40 m (à noter que l'on parle de "bateau" en fluvial, là où l'on parle de "navire" en maritime). Il a été mis en service en 2004 et rénové en 2010. Il a été construit par le chantier naval belge Meuse et Sambre, très connu dans le milieu fluvial et auquel CroisiEurope est fidèle depuis longtemps. Ce chantier dispose de quatre sites de construction : Namur, Liège, Seilles et Charleroi. Le bateau est propulsé par trois moteurs Cummins Marine de 500 kW chacun (modèle KT 19), entraînant trois pods. Sa vitesse de croisière est de 15 km/h (en fluvial, on ne parle jamais de nœuds). L'embarquement se fait au pont principal. Au-dessus, le pont-soleil (avec transats) qui donne accès à la timonerie : c'est de là que le commandant et son second pilotent le bateau. Cette "timonerie" (équivalent de la "passerelle" en maritime) télescopique est montée sur vérins hydrauliques de façon à pouvoir être abaissée lors du passage de certains ponts. Sur la photo de droite, soutage du BOTTICELLI : en navigation, le bateau consomme environ 100 L/h (consommation totale des trois moteurs) de gazole rouge (dit "gazole non routier"), à faible teneur en soufre (10 mg/kg), compatible avec la directive 2009/30/CE ; le bateau fait le plein (50 000 L) une fois par mois.



Pupitre de commande dans la timonerie. Sur sa droite, carte électronique, en l'occurrence le Periskal Inland Ecdis Viewer, logiciel de navigation en eaux intérieures. Connecté à un système GPS, il affiche en continu la position du bateau sur l'écran. Il donne un certain nombre de paramètres, comme le COG (Course Over Ground) c'est-à-dire le cap suivi sur le fond, ou le SOG (Speed Over Ground) et donc la vitesse fond. L'écran montre bien sûr la carte locale et les noms des lieux géographiques environnants, avec la position des points kilométriques, des écluses et des barrages, les zones de danger, etc. Un transpondeur AIS permet de "voir" les autres navires présents sur zone, avec leurs noms, leurs dimensions et leurs vitesses. A la droite du commandant (et cachées par lui sur la première photo), les commandes moteurs. Sur la gauche du pupitre, la barre ("Alphapilot" d'Alphatron) et non un "macaron" ou roue pour commander le gouvernail, le panneau de commandes électriques et hydrauliques (multiples boutons), la commande du propulseur transversal, etc. Nombreux appareils de suivi de navigation avec leurs cadrans : GPS, sondeur, VHF, indicateur de vitesse de giration, radiotéléphone, etc. Sur la photo de droite, écran radar. Deux génératrices fournissent l'électricité du bord. "Faire de l'eau", c'est-à-dire le plein d'eau douce, revient à embarquer 160 m3. L'équipage (de navigation) comprend normalement cinq personnes : le commandant, le second capitaine, le chef mécanicien et deux matelots (plus éventuellement des stagiaires, comme lors de cet embarquement un capitaine et une timonière en formation). Le rythme de travail des navigants est quinze jours à bord, une semaine en congés ou bien deux mois de navigation, un mois en congé. Ces rythmes peuvent changer en fonction des périodes de l'année (haute ou basse saison).



Pont-promenade tribord avant et bâbord arrière, vu de part et d'autre de la plage avant du BOTTICELLI. Ce chemin étroit qui fait le tour du paquebot correspond à ce qu'on appelle le "plat-bord" sur un bateau de commerce et un "passavant" sur une péniche de plaisance.



Sur la plage avant, amarres, lignes de mouillage et guindeau servant à virer les ancres. Gros plans sur les radars et la traditionnelle cloche.



Hall d'accueil du BOTTICELLI et comptoir passagers.



Sur le pont principal (celui d'embarquement), à l'arrière, la salle à manger (photo de gauche ci-dessous) peut accueillir tous les passagers (de l'ordre de 150) en un seul service. A l'opposé du bateau, à l'avant, un grand salon avec piste de danse et bar (trois photos suivantes). A bord, également une petite boutique. L'ensemble du bateau est bien sûr climatisé, la climatisation étant réglable individuellement dans chaque cabine. Il y a théoriquement le Wifi à bord (pas dans les cabines, mais dans le salon), mais le débit est tellement faible qu'il est préférable d'utiliser sa clé 3G ou 4G disponible sur sa tablette ou son mobile. L'ensemble du personnel chargé de l'accueil des passagers, de l'animation et du secteur hôtelier (bar, restaurant, cabines) comprend une vingtaine de personnes, dont un chef cuisinier et son assistant.



Sur le pont supérieur, un groupe de 24 cabines (dont 22 cabines doubles, 1 cabine grand lit et 1 cabine pour personne handicapée) est situé au centre du bateau, entre le restaurant et le salon-bar (sur la première photo, la coursive les desservant). Ces cabines, comme celle ci-dessous (la mienne), disposent d'un grand sabord ouvrant. A l'étage inférieur, sur le pont principal, se trouvent 51 cabines (dont 46 cabines doubles, 4 cabines grand lit et 1 suite), avec des sabords un peu plus petits et fixes. Toutes les cabines disposent de douche, lavabo, toilettes, armoire-penderie, table-bureau, fauteuil, TV, coffre-fort et sèche-cheveux.



BOTTICELLI (Strasbourg) - Paquebot fluvial - 110,00x11,40 m - TE 1,40 m - Ptot 1 500 kW (trois moteurs Cummins KT-19 M / trois pods) - V 15 km/h - Propulseur d'étrave (en tunnel) - Cap. 151 passagers (75 cabines dont 24 au pont supérieur et 51 au pont principal, toutes équipées de douche et WC, TV, sèche-cheveux, coffre-fort, radio) - Salle à manger - Salon avec piste de danse - Bar - Boutique - Grand pont soleil avec transats, tables et fauteuils - Wifi à bord (débit faible) - Constr. 2004 (Chantier naval Meuse et Sambre, Namur, Belgique) - Rénové en 2010 - Propr./Gérant/Opérat. CroisiEurope (Strasbourg, France) - Pav. FRA.


Ci-dessous, navicarte de la Seine navigable : 517 km de Marcilly à la mer, avec 25 écluses. La Seine-amont s'étend de Marcilly à Paris (pont du périphérique amont). Elle compte 19 écluses réparties sur ses 165 km de long. Elle n'est accessible qu'aux bateaux de gabarit Freycinet (38,50x5,05 m) de Marcilly à Nogent. Au-delà, elle est accessible aux unités de 180 m de long pour 11,40 m de large (écluses au gabarit international). Les 13 km de la traversée de Paris se font sans écluses. Le tirant d'eau est de 3 m, le tirant d'air de 6 m. Celle que nous parcourons lors de cette croisière est la Seine-aval, entre Paris et la mer. Elle se compose elle-même de deux tronçons : la Seine fluviale, de Paris à Poses (à l'amont de Rouen / 193 km de long, 6 écluses, TE 3,5 m, TA 6,9 m de Paris à Gennevilliers puis 8,75 m de Gennevilliers à Poses) et la Seine maritime, de Poses à la mer (145 km, pas d'écluse, TE 3,5 m). Le canal de Tancarville (TE 3,5 m / TA 7 m), entre Tancarville et le Havre (25 km), est accessible aux navires de 185 m de long pour 23 m de large, via une écluse. Pour notre part, nous naviguerons entre Paris-Ouest et Honfleur, puis retour sur Paris.


L'embarquement se fait ce 13.04.2015 aux alentours de 17h30 - 18h au quai de Grenelle, situé entre les ponts de Grenelle et de Bir-Hakeim. Le paquebot est tribord à quai. Ma cabine étant à bâbord, elle donne sur la Seine, face à la Maison de la Radio et à la digue de Grenelle (plus poétiquement appelée Ile aux Cygnes), comportant une longue allée ombragée où il fait bon flaner. L'installation des passagers dans leurs cabines respectives est suivie de la présentation de l'équipage (autour de 25 personnes, navigation et hôtellerie). Un membre d'équipage nous explique comment mettre et utiliser la brassière de sauvetage (il y en a deux par cabine, plus celles qui sont sur les ponts), exercice obligatoire lors de chaque embarquement tant en rivière qu'en mer, puis le Commandant nous offre un cocktail de bienvenue. Nous rejoignons ensuite la salle à manger pour notre premier dîner à bord. Le BOTTICELLI appareille durant notre dîner. Il commence par remonter la Seine, pour une traversée de Paris de jour, qui sera suivie d'une traversée-retour de nuit, avec les principaux monuments parisiens illuminés. Je n'en photographie que quelques-uns car la nuit tombe quand nous sortons de table et je ne suis pas équipée pour des photos nocturnes.

Parfois appelée la "plus belle avenue de Paris", la Seine intra-muros, entièrement canalisée, est longue d'environ 13 km et est enjambée par 32 ponts. Elle a progressivement ordonnancé le développement de Paris au cours des deux premiers millénaires, autour de l'Ile de la Cité habitée, dès 250 av. JC, par des Parisii (tribu de la Gaule celtique). Dès le Ier siècle, la puissante Confrérie des Nautes tire pleinement profit de la navigation sur la Seine (les "négociants par eau" jouissaient de nombreux privilèges les exemptant de charges coûteuses). Le blason de Paris n'arbore t-il pas toujours un bateau et sa devise n'est-elle pas encore "Fluctuat nec mergitur" ("Il vogue mais ne sombre pas") ? Les historiens n'en sont pas complètement sûrs, mais il semblerait que c'est vers l'an 360 que le nom de Paris remplaça celui de Lutèce. La Seine a bien sûr été intimement liée au développement industriel de la capitale durant tout le XIXe siècle.


Sur la première photo, le Pont Notre-Dame (106 x 20 m). La construction actuelle date de 1853, mais au moins trois autres ponts le précédèrent, dont celui de 1512 (le premier en pierre de ce nom) qui était considéré à l'époque comme le plus élégant d'Europe. Il portait 68 maisons qui furent démolies en 1787 et continua d'être utilisé jusqu'à sa reconstruction en 1853. Il dut subir d'importants travaux de restauration en 1959 car il avait été endommagé par une péniche lourdement chargée. Sur la deuxième photo, le Pont d'Arcole, construit en 1855, sur les plans de l'ingénieur Alphonse Oudry. Il remplaça le Pont de Grève, pont en bois construit en 1828. Le pont actuel est un pont métallique ne comportant qu'une seule arche (de 80 m de portée). Il relie la rue d'Arcole (sur l'île de la Cité) à la place de l'Hôtel de Ville. Sur les deux photos de droite, l'Hôtel de Ville justement. Ce beau bâtiment, vu sur deux faces, est l'actuelle Mairie de Paris. Il fut construit entre 1873 et 1883 (architectes Ballu et Deperthes) sur la place de l'Hôtel de Ville, autrefois Place de Grève, en remplacement d'un autre bâtiment construit au milieu du XVIe siècle, parachevé durant le premier quart du XVIIe siècle, et volontairement incendié le 24 mai 1871 (on était alors sous la Commune). La façade principale du bâtiment actuel (côté place) mesure 143 m de long et les façades latérales 80 m.

La place de Grève, aujourd'hui place de l'Hôtel de Ville, héberge l'administration municipale depuis 1357 (sur décision d'Etienne Marcel, dernier grand Prévôt des marchands de Paris, de 1354 à 1358).


Sur la photo de gauche ci-dessous, le dernier pont construit à Paris intra muros : le pont Charles de Gaulle, situé à environ 150 m en amont du viaduc d'Austerlitz. Ce pont-poutre de près de 210 m de long (deux piles - trois travées) et d'environ 35 m de large a été ouvert en 1996. Très élancé, dessiné en "aile d'avion", il fut conçu par les architectes Louis Arretche et Ronan Karasinski et réalisé par l'entreprise Bouygues (coût total : autour de 35 M€). Il relie les nouveaux "quartiers de Bercy" (de part et d'autre de la Seine) : Palais Omnisports de Bercy, Ministère des Finances, parc de Bercy, Bibliothèque de France, etc. Sur la deuxième photo, le ministère de l'Économie et des Finances, le fameux "Bercy", juste en aval du pont du même nom. Ce bâtiment a été construit en 1988, date à laquelle les derniers employés de ce prestigieux ministère ont définitivement quitté leurs locaux du Louvre, ceux-ci ayant été en totalité réaffectés au Musée, à la demande de François Mitterrand. Ce bâtiment de près de 220 000 m2 (surface totale des planchers) se termine par un "pont" de 70 m de portée. Il est l'œuvre des architectes Paul Chemetov (français) et Borja Huidobro (chilien). Quelque 4 000 agents de l'état y travaillent. Ironie de l'Histoire, ce bâtiment est pratiquement situé à l'emplacement où l'enceinte des Fermiers Généraux qui franchissait la Seine de ce côté de la capitale jusqu'en 1860. On voit sur la troisième photos l'une des deux vedettes des Douanes qui transportent régulièrement les ministres jusqu'à la Chambre des Députés (je les rencontrais souvent quand je naviguais (de jour) dans ces eaux lors de ma formation pour le permis "Péniche de plaisance - 24 m"). Sur la photo de droite, l'immense complexe architectural Chinagora, construit dans les années 1995 (sur les plans de l'architecte chinois Liang Kunhao) au confluent de la Marne et de la Seine. Cinq bâtiments, partiellement en forme de pagodes, répartis autour d'un jardin central, abritent un hôtel de luxe (géré par le Groupe Huatian), un grand restaurant, des bars, des salles de conférences, etc. Le propriétaire propose également à ses clients des croisières sur la Seine. C'est au pied de Chinagora que le BOTTICELLI a suffisamment de place pour éviter et retourner vers l'ouest de Paris.


Sur la première photo ci-après, la Bibliothèque François-Mitterrand, dite encore la Très grande bibliothèque. Achevé en 1997, cet ensemble de quatre tours de 79 m de haut est l'œuvre de l'architecte Dominique Perrault. Sa superficie totale est de 250 000 m2. Cette bibliothèque, qui est le site principal de la BnF (Bibliothèque nationale de France), peut héberger 13 millions de livres. Elle comporte une grande salle (2 000 places) en libre-accès, équipée de 500 000 livres, ouverte à tous, et une salle un peu plus petite (1 600 places) réservée aux chercheurs. Une vaste esplanade (60 000 m2), partiellement arborée, sépare ces quatre tours "de verre" symbolisant des livres ouverts. Celles-ci abritent sept étages de bureaux protégés par des volets de bois mobiles et onze étages de magasins (représentant en tout 395 km linéaires de rayonnages !). Au centre, en contrebas, un jardin de 12 000 m2. Sur les deux photos du milieu, l'IFM (Institut Français de la Mode), qui n'est autre que l'ancien bâtiment des Magasins Généraux d'Austerlitz construit en 1907 par l'architecte Georges Morin-Goustiaux (bâtiment en béton armé — novateur pour l'époque — de 36 000 m2, longeant un quai de 480 m de long) et reconverti en 2008, sous le nom de "Docks en Seine", pour y accueillir cet établissement d'enseignement supérieur dédié aux industries de la mode et du design. Curieuses de jour, ses superstructures le sont encore plus de nuit ! Sur la photo de droite, dominant la Seine comme un bateau arrimé à l'ïle de la Cité, la cathédrale Notre-Dame vue côté chevet au pied duquel on trouve le square Jean-XXIII. Décidée en 1162 par Maurice de Sully, évêque de Paris, elle fut bâtie — sous la direction de Jean de Chelles et surtout Pierre de Montreuil (architecte de la superbe Sainte Chapelle) — pour l'essentiel entre 1200 et 1250, sous le règne de Philippe Auguste, qui lança pratiquement en même temps le chantier du Louvre (en 1204). La construction de Notre-Dame se poursuivra toutefois jusqu'au début du XIVe siècle. Cette cathédrale (130 m de long - 48 m de large - 35 m de haut sous les voûtes - plus de 5 000 m2 de surface au sol) est réputée pour être l'un des joyaux de l'architecture gothique classique (le terme "cathédrale" vient du mot "cathèdre", sorte de trône sur lequel s'asseyait l'évêque). Ici, la cathédrale vue de côté, photographiée de jour lors d'une précédente navigation en bateau-bus. Les tours de Notre-Dame (hautes de 69 m) resteront le point culminant de Paris jusqu'au XIXe siècle. La flèche, détruite à la Révolution, fut reconstruite au XIXe siècle sur les plans de Viollet-le-Duc. A son sommet, une boule contenant les reliques de Saint-Denis, Saint-Marcel et Sainte-Geneviève (la Patronne de Paris… depuis qu'elle détourna les Huns, en 451, de Lutèce grâce à ses prières).



Sur le quai de l'Horloge, façade côté Seine du Palais de Justice, qui fut la première demeure parisienne des Rois de France. Bâti sur l'ïle de la Cité au XIIIe siècle, il comprend à l'origine la Conciergerie (photos ci-dessous) avec ses trois tours (les tours jumelles Argent et César et, à droite, la tour Bonbec… ainsi nommée car on y faisait "parler" les accusés), le Logis du Roi (aujourd'hui disparu) et la Sainte Chapelle. La tour carrée est la Tour de l'Horloge (47 m de haut). On se souvient qu'au Moyen Age le temps était considéré comme n'appartenant qu'à Dieu. Le Roi Charles V fut donc fort osé quand il ordonna en 1370 l'installation d'une horloge en haut de la tour d'angle de son palais, se donnant ainsi un droit supplémentaire, celui de donner et de maîtriser le temps ! Le cadran de cette horloge (qui fonctionne toujours) est celui d'origine, soit le plus vieux de Paris. Les sous-sols de la Conciergerie furent la première prison de Paris (ses cellules hébergèrent Ravaillac et, au moment de la Révolution, Marie-Antoinette, Danton et Robespierre, entre autres illustres prisonniers).



Ci-dessous, la "Coupole" de l'Institut de France. Celui-ci regroupe cinq académies. C'est l'essor des "salons" et des "cénacles littéraires" sous le règne de Louis XIII qui donne en 1635 à Richelieu l'idée de créer l'Académie française, dont il se déclara protecteur et à laquelle il confia le soin de veiller sur la langue française et d'en rédiger le dictionnaire. Ce Dictionnaire, toujours tenu à jour, a déjà connu huit éditions (au moins). L'Académie des inscriptions et belles-lettres est créée en 1663 par Colbert. Elle est vouée à l'histoire, à l'archéologie et à la philologie, aussi bien pour l'Antiquité classique et le Moyen Âge occidental que pour les civilisations orientales. L'Académie des Sciences, quant à elle, voit le jour en 1666. Lavoisier y fait établir en 1785 deux sections : une pour les sciences exactes et une pour les sciences de la nature. Elle a encore aujourd'hui deux secrétaires perpétuels. Enfin, l'Académie des Beaux-Arts est née de la réunion de l'Académie de peinture et de sculpture créée par Mazarin lui-même en 1648, de l'Académie de musique créée en 1669 et de l'Académie d'architecture, créée en 1671. Elle comprend des artistes, des écrivains, des mécènes. Elle s'est enrichie, en 1985, d'une section formée pour les arts du cinéma et de l'audiovisuel. Ces cinq académies sont le prolongement de celles de l'Ancien Régime et sont donc regroupées au sein de l'Institut de France dont l'existence a été confirmée par la Convention lors de sa séance du 25 octobre 1795. Le bâtiment à la coupole, utilisé par les Académies depuis 1805 (sur ordre de Napoléon 1er) n'est autre que l'ancien Collège des Quatre-Nations fondé par Mazarin en 1661. Reliant cet institut (situé sur le quai Conti) au musée du Louvre, une passerelle mythique que l'on distingue mal de nuit, le Pont des Arts (voir ici sa photo de jour). Cette passerelle métallique, exclusivement destinée aux piétons et construite en 1804 à la demande de Napoléon 1er, était alors la première du genre en Europe. Elle est inscrite aux Monuments historiques depuis 1975. Déjà fragilisée par les bombardements lors des deux conflits mondiaux, elle fut fortement ébranlée lors de collisions par des péniches, dont une particulièrement sévère en 1979 qui la fit partiellement s'écrouler. Ce pont des Arts a dû être reconstruit — quasi à l'identique — et fut inauguré en 1984 par Jacques Chirac alors maire de Paris. Ce pont présente régulièrement des expositions de peintures ou de photographies. Les Parisiens aiment bien y flâner, voire y pique-niquer.


Sur la première photo, le Musée d'Orsay, ouvert en 1986 dans l'ancienne "gare d'Orsay" (construite entre 1898 et 1900, selon les plans de Victor-Alexandre Laloux) superbement reconvertie. En effet, cette gare ne fonctionna réellement qu'une trentaine d'années car les trains devinrent progressivement trop longs pour ses quais qu'il était impossible de rallonger, faute de place. Les grandes lignes vers le sud-ouest se replièrent donc sur la gare d'Austerlitz. La gare désaffectée fut alors utilisée comme théâtre par la troupe Renaud-Barrault, puis un temps occupée par l'Hôtel des ventes Drouot. Elle servit également pour le tournage de films. Elle faillit être démolie en 1970 pour y construire un grand hôtel. C'est le président Georges Pompidou et son ministre de la culture, Jacques Duhamel, qui la sauveront en la faisant inscrire à l'inventaire des Monuments historiques (en 1973). L'idée d'en faire un musée germa en 1977, mais c'est le président Giscard d'Estaing qui accélérera le mouvement à partir de 1979. Très belle reconversion due aux architectes Renaud Bardon, Pierre Colboc, Jean-Paul Philippon et Gae Aulenti (cette dernière s'occupa surtout de l'aménagement intérieur). Orsay est un musée interdisciplinaire des XIXe et XXe siècles, où se cotoient peinture, sculpture, architecture, arts décoratifs, arts graphiques, bandes dessinées, photographie, etc. Sur la photo de droite, l'Assemblée Nationale, dite aussi Chambre des Députés ou encore Palais Bourbon car réutilisant en grande partie le palais construit en 1722 pour la Duchesse de Bourbon. Conçu par l'architecte Bernard Poyet, un péristyle de douze colonnes fut ajouté en 1810, en élévation sur un gradin de trente marches.



Situé entre le quai d'Orsay (rive gauche) et le Cours-la-Reine (rive droite), le pont Alexandre III fut ouvert à la circulation en 1900 après quatre années de construction (le tsar Nicolas II et le président Félix Faure en avaient posé la première pierre le 7 octobre 1896). Les architectes en furent les mêmes que pour le pont Mirabeau et la passerelle Debilly : Jean Résal et Amédée Alby. Il a été dessiné pour que son axe coïncide avec celui de l'Esplanade des Invalides, aussi n'enjambe t-il pas la Seine à angle droit. Long de 160 m (avec une seule arche de 107 m d'ouverture) et 40 m de large, c'est l'un des ponts les plus larges de Paris. C'est aussi le pont le plus richement décoré de la capitale. Chacun des quatre pylones porte en son sommet une "Renommée" (divinité gréco-romaine ailée et soufflant dans une trompe). Il est classé aux Monuments historiques depuis 1975.



Conçue par l'ingénieur Gustave Eiffel (sans doute devancé par deux de ses collaborateurs, les ingénieurs Maurice Koechlin et Emile Nouguier et l'architecte Stephen Sauvestre, dont les noms sont aujourd'hui oubliés et auxquels il est juste de rendre hommage), la mythique Tour Eiffel fut construite de janvier 1887 à mars 1889 pour l'Exposition Universelle de 1889 (on célébrait en même temps le premier centenaire de la Révolution française). Haute de 324 m (depuis l'installation en 2000 d'une antenne UHF), elle est composée de 18 038 pièces assemblées par deux millions et demi de rivets (les pièces — représentant 7 300 t en tout de fer puddlé (à faible teneur en carbone) — étaient fabriquées dans l'usine Eiffel de Levallois-Perret située tout près de Paris, au N-O). Les quatre pieds de la tour reposent sur quatre massifs de maçonnerie situés dans l'axe des quatre points cardinaux (contrairement à ce que l'on pourrait penser, la pression au sol est très faible : seulement de 3 à 4 kg par centimètre carré). Environ 450 ouvriers participèrent à sa construction. Ce "Meccano®" pèse 10 000 t. Du haut de la troisième et dernière plateforme, culminant à 214 m et que l'on atteint par ascenseur (il y en a cinq) ou par un escalier de 1 710 marches, la vue porte jusqu'à 90 km par temps clair. Il y fut installé en 1898 la première station de télégraphie sans fil (TSF), première liaison établie par Eugène Ducretet (entre la tour Eiffel et le Panthéon). La tour n'était pas destinée à survivre au-delà des vingt ans de la concession consentie à Eiffel, d'autant qu'elle fut beaucoup critiquée par les Parisiens "conservateurs" lors de sa construction, y compris par des gens illustres : Guy de Maupassant, par exemple, la qualifiait de "squelette disgracieux et géant", Paul Verlaine de "squelette de beffroi", ou encore Joris-Karl Huysmans de "grillage infundibuliforme, ce suppositoire vulgaire criblé de trous" ! D'autres, comme Charles Trenet, l'ont toutefois chantée. En tout état de cause, elle fut sauvée par la technique : installation d'une horloge géante en 1907, installation d'une TSF (télégraphie sans fil) en 1912 à des fins militaires (le poste installé par le capitaine Gustave Ferrié permettait d'émettre et de recevoir sur 400 km). Un emetteur radio est installé en 1921 et Radio Tour-Eiffel émet quotidiennement dès 1925. Une centrale météorologique sera mise en place un peu plus tard, etc. Les premières antennes de télévision dont elle fut équipée dès 1935 permettait alors l'émission des premières chaînes télévisuelles. Elle est repeinte tous les sept ans par des "peintres acrobates" dont le chantier dure en moyenne dix-huit mois (il y a quand même 250 000 m2 de surface à peindre… manuellement !). Les couches successives alourdissent un peu chaque fois les 60 t de peinture initiale (l'érosion de la peinture entre chaque campagne est estimée à 15 t). Sa couleur bronze se décline en trois tons, du plus clair au sommet au plus foncé à l'étage inférieur, afin d'accentuer l'élancement de la tour dans le ciel. Le rayon bleu est un phare-balise destiné aux avions, il porte à 180 km.



La Tour Eiffel est régulièrement le théâtre d'évènements de portée internationale au gré desquels elle change parfois de couleur. Sur fond de lumière dorée, elle scintille en blanc à heures régulières, comme on le voit sur les photos ci-dessous. C'est aujourd'hui le monument le plus visité de Paris et de France (certains disent "du monde") : de l'ordre de six à sept millions de visiteurs par an de nos jours, dont les trois-quarts sont des étrangers. Plus de 250 millions de personnes l'ont en tout cas visitée depuis son ouverture au public en 1889. Hormis son aspect touristique, elle sert encore de station de radio-télé-communications : avec 120 antennes installées, elle emet 41 chaînes de télévisions et 32 stations de radio.



Ci-dessous, le Pont d'Iena, situé dans l'axe des Jardins du Trocadéro et du Champ de Mars. Il relie les 7e et 16e arrondissements de Paris. Sa longueur est de 157 m, sa largeur de 35 m. Il comporte cinq arches. Construit à la demande de Napoléon Bonaparte, il fut édifié entre 1809 et 1813, sous la direction de l'Ingénieur des Ponts & Chaussées et homme politique Corneille Lamandé. Ce pont fut élargi à deux reprises : en 1914 et 1937. Dernier pont construit sous Napoléon Ier, il célèbre la victoire sur la Prusse à Iéna en 1806. Au-dessus de chacune des piles, des aigles impériaux sculptés par Jean-François Mouret.


Une fois Paris traversé, le BOTTICELLI a continué sa navigation en direction des Andelys. Malheureusement, une partie de cette route se fera donc de nuit, nous privant de la vue sur les rives de Seine et du passage des écluses de Suresnes (PK 17) que nous passons vers 00h30, puis celles de Chatou (PK 44,5) que nous passons dans la nuit. Heureusement, nous ne toucherons les Andelys que demain 14.04 aux environs de 13h30, nous pourrons donc ainsi profiter de la navigation.



Françoise Massard - 19.05.2016

© Françoise Massard
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