Navigation sur l'Amazone entre Manaus (Brésil) et Iquitos (Pérou) — Janvier 2012
Françoise Massard

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Lundi 23 janvier 2012 (encore)

IQUITOS (Pérou) - Suite
Lat. 03° 43' S - Long. 073° 11' W   —    GMT – 5   

Nous l'avons vu précédemment, Iquitos est la capitale de l'Amazonie péruvienne, située à environ 3 700 km de l'embouchure de l'Amazone (et à un peu plus de 1 000 km de la capitale péruvienne, Lima, à vol d'oiseau). Après avoir visité Belén, le quartier semi-lacustre d'Iquitos, nous allons visiter maintenant le centre-ville de cette capitale du Loreto (le plus grand département du Pérou), son centre historique en fait. Hormis des cars (plus ou moins grands, plus ou moins… vieux) et des camionnettes, on ne voit pratiquement pas de voitures. Normal… puisque c'est la seule grande ville au monde que l'on ne peut pas atteindre par la route, mais uniquement par avion ou, bien sûr, par bateau (via le rio Amazonas — "Beauté de ce fleuve sans rival, qui arrose le plus beau pays du globe, en se tenant presque constamment à quelques degrés au-dessous de la ligne équatoriale" comme le décrit Jules Verne — ou l'Orénoque ou encore leurs affluents navigables).



Comme on le voit, le moyen de transport par excellence est la moto, qu'elle soit individuelle ou sous sa version "taxi". Moyen de transport idéal dans un pays où la température est de 30 °C à l'année (climat équatorial). Ville remuante, bruyante, un peu folle, mais aux habitants fort souriants. A noter (deuxième photo ci-dessous) les sacs de charbon de bois.



Fondée par les Jésuites en 1757 (sous le nom de San Pablo de los Napeanos) pour tenter de convertir les tribus indiennes plutôt hostiles, la petite colonie s'agrandit tout doucement tout en ne dépassant jamais 2 000 âmes jusqu'au milieu du XIXe siècle.


" Iquitos a été fondée par les missionnaires, comme toutes ces agglomérations de cases, hameaux ou bourgades, qui se rencontrent dans le bassin de l'Amazone. Jusqu'à la dix-septième année de ce siècle, les Indiens Iquitos, qui en formèrent un moment l'unique population, s'étaient reportés à l'intérieur de la province, assez loin du fleuve. Mais, un jour, les sources de leur territoire se tarissent sous l'influence d'une éruption volcanique, et ils sont dans la nécessité de venir se fixer sur la gauche du Marânon. La race s'altéra bientôt par suite des alliances qui furent contractées avec les Indiens riverains, Ticunas ou Omaguas, et, aujourd'hui, Iquitos ne compte plus qu'une population mélangée, à laquelle il convient d'ajouter quelques Espagnols et deux ou trois familles de métis. Une quarantaine de huttes, assez misérables, que leur toit de chaume rend à peine dignes du nom de chaumières, voilà tout le village, très pittoresquement groupé, d'ailleurs, sur une esplanade qui domine d'une soixantaine de pieds les rives du fleuve. Un escalier, fait de troncs transversaux, y accède, et il se dérobe aux yeux du voyageur, tant que celui-ci n'a pas gravi cet escalier (…) On s'imagine aisément l'essor que prendra un jour le commerce dans tout cet immense et riche bassin."
La Jangada (1852), Jules Verne

C'est à partir de 1870 qu'elle se développa brutalement (population multipliée par 16 en une décennie) en raison du "boom du caoutchouc". Pendant la trentaine d'années qui suivirent, les magnats du caoutchouc accumulent alors les richesses (les demeures et bâtiments publics ostentatoires sont plus visibles à Manaus, comme nous le verrons bientôt) tandis que les ouvriers des exploitations de caoutchouc (indiens et métis) sont quasiment réduits à l'esclavage et succombent en grand nombre à cause des mauvais traitements et des maladies. Cette industrie du caouchouc s'étiola au moment de la Première Guerre mondiale (cf. encadré infra) presqu'aussi rapidement qu'elle était apparue.



L'économie d'Iquitos déclina évidemment dans les années qui suivirent, mais parvint à survivre grâce à l'exploitation du bois, à l'agriculture (noix du brésil, bananes, tabac, barbasco ou "bois poison", etc.) et à la vente d'animaux sauvages. La découverte du pétrole, dans les années 1960, apporta un regain d'activités à Iquitos qui redevint florissante. Le tourisme y joue désormais un rôle croissant.



Ici la Plaza de Armas, place centrale d'Iquitos. Le bâtiment à la façade bleue est le plus haut building d'Iquitos, mais sa construction est interrompue pour l'instant car le terrain n'est pas stabilisé. A droite, le El Dorado, l'un des grands hôtels d'iquitos.



L'Eglise Mère, sur la Plaza de Armas. De style néogothique, elle fut construite entre 1911 et 1924. A noter l'horloge (suisse) installée dans son clocher en 1925.



Ci-dessous (quatre photos de droite) la " Casa de fierro" ("Maison de fer"), célèbre résidence dessinée par Gustave Eiffel. Construite en Belgique et présentée à Paris lors de l'Exposition internationale de 1889, elle fut démontée et transportée en pièces détachées jusqu'à Iquitos (à dos d'Indiens à travers la jungle sur la fin du parcours). Elle fut reconstruite à l'un des coins de la Plaza de Armas en 1890. Inhabitable tant le fer emmagasine la chaleur, elle abrite une pharmacie où tournent en permanence de grands ventilateurs !



L'histoire du caoutchouc
Durant les XVI et XVIIe siècles, les Européens observent l'utilisation que font du caoutchouc les populations indiennes (ses propriétés auraient été découvertes en particulier par la tribu des Omaguas). Ce mot vient de "cau" et "chu" qui signifient respectivement "bois" et "qui pleure" en langue quechua (qui était, on l'a vu p. 7, l'une des langues des Incas entre le XIIIe et le XVIe siècles). Ils obtenaient ce caoutchouc à partir du latex qu'ils extrayaient de différentes plantes, dont l'Hevea brasiliensis (photos ci-dessous) : balles, chaussures, toiles enduites (pour les imperméabiliser), bouteilles, blagues à tabac, etc. Un siècle plus tard, le naturaliste français Charles-Marie de la Condamine, le premier à avoir exploré scientifiquement l'Amazone en 1743-1744, rapportera également ses observations sur l'emploi du latex par les autochtones lors d'une séance à l'Académie des Sciences de Paris (cf. "Voyage sur l'Amazone" - Texte lu à l'Académie le 28 avril 1745). La difficulté d'exploitation du latex est qu'il durcit rapidement.
Offrande de balle en caoutchouc à Xiuhtecuhtli, Dieu du feu des Aztèques (auteur de cette peinture : inconnu)
L'hévéa fournit du latex pendant environ 30 ans, période au bout de laquelle il est abattu et remplacé par un nouvel arbre. Celui-ci ne sera exploitable que 5 ans plus tard.
Dans un premier temps, les Européens tentent de rendre de nouveau liquide la gomme coagulée en lui adjoignant un solvant type éther et surtout essence de térébenthine. C'est ainsi que le chimiste français Pierre-Joseph Macquer (1718-1784) fabrique les premiers tuyaux en caoutchouc en enduisant des formes en cire d'une solution de latex ainsi dilué. En 1791, c'est au tour du fabricant de chaussures anglais Samuel Peal (1754-1818) de déposer un brevet d'imperméabilisation des cuirs avec un mélange latex-térébenthine. Quelques années plus tard, l'anglais Thomas Hancock (1786-1865) découvre que le caoutchouc broyé puis pressé (procédé dit de "mastication" - 1819) conserve une plus grande plasticité, d'où une mise en forme ultérieure plus aisée. Puis 1823, une date historique… celle de l'invention du "macintosh", autrement dit de l'imperméable, par l'écossais Charles Macintosh (1766-1843).
La première usine de production de bandes en caoutchouc (pour jarretières et bretelles…) fut construite en région parisienne (à La Plaine Saint-Denis) en 1828. Mais le caoutchouc naturel reste encore difficile d'emploi car trop sensible à la température : mou et collant par temps chaud, il devient dur et cassant sous l'effet du froid.
Aussi, la vraie révolution de l'industrie naissante du caoutchouc fut la découverte en 1839 de la vulcanisation par le chimiste américain Charles Goodyear (1800-1860).

Charles
Goodyear

Ce procédé, qui supprime la thermosensibilité du caoutchouc et en améliore l'élasticité, est en gros une réticulation par le soufre du polyisoprène naturel. Le soufre crée des "ponts" entre les macromolécules linéaires (formées des monomères C5H8), créant un réseau tridimensionnel (cf. schéma réactionnel ci-contre).
A partir de là, les applications industrielles allaient se multiplier : invention en 1845 de la "roue aérienne" (en fait le premier pneu, cf. dessin ci-contre) par l'écossais Robert W. Thomson (1822-1873), adaptation du caoutchouc à la fabrication des bottes par l'américain Hiram Hutchinson (1808-1869) qui fonde en 1853 la "Compagnie européenne de caoutchouc souple" (renommée plus tard "A l'Aigle").
Le procédé de fabrication de l'ébonite (caoutchouc hypervulcanisé) est découvert en 1851 (brevet déposé par Nelson Goodyear, frère de Charles). Les premiers préservatifs en latex voient le jour en 1870. John Boyd Dunlop (1840-1921) dépose le brevet du pneu à air avec valve en 1888. Les frères André et Édouard Michelin créent l'année suivante la célèbre usine clermontoise. "L'Eclair", première voiture sur pneus à chambre à air est engagée en 1895 dans la course Paris-Bordeaux-Paris.
Les exportations de caoutchouc amazonien passent ainsi de 5 000 t à 42 000 t entre 1870 et 1912. Les prix s'envolent. En 1880 à Paris, le prix du caoutchouc est de 25 F/kg alors que le salaire moyen horaire d'un ouvrier spécialisé est de 0,8 F. C'est le "boom du caoutchouc" (naturel toujours évidemment, le caoutchouc synthétique n'est pas encore né). En 1910, la production mondiale de caoutchouc est d'environ 80 000 t, dont la moitié provient d'Amazonie (essentiellement brésilienne, d'où le développement fulgurant de Manaus, sur lequel nous reviendrons prochainement).
John Boyd Dunlop
Hélas, ce boom du caoutchouc va, juste avant la Première Guerre mondiale, disparaître quasi aussi rapidement qu'il était apparu, et ce à cause de l'indélicatesse (pour ne pas dire de la piraterie) d'un botaniste anglais : un certain Henry Wickham qui, en 1876, vola 70 000 graines d'hévéa et les emporta clandestinement en Angleterre. Les Anglais en firent des plantations dans leurs colonies asiatiques (Malaisie en particulier) qui jouissaient d'un climat comparable à celui de l'Amazonie, mais avec des sols beaucoup plus riches. Cette concurrence déloyale sonnait le glas de l'essor du "Rubber boom" car la productivité d'une "plantation" était fatalement plus élevée que celle d'une récolte sur pied dans la dense forêt amazonienne. A noter que divers essais de plantations avait été menés en Amazonie même, mais le sol étant insuffisamment riche, l'hévéa adulte secrétait une toxine pour empoisonner tout intrus nouvellement planté à côté de lui, et ce afin de préserver ses propres nutriments. Les "seringueros" (pour la plupart indiens et métis) qui incisaient ("saignaient") les arbres jusque dans les zones les plus reculées de la selva, récoltant le latex dans des godets, avant de le faire coaguler et sécher au-dessus d'un feu de bois pour obtenir de grosses boules, vont être totalement abandonnés par leurs anciens commanditaires.
Ils survivront comme ils pourront dans la forêt et/ou s'installeront sur les bords de l'Amazone où vivent encore maintenant nombre de leurs descendants.

De nos jours, les principaux pays producteurs de caoutchouc naturel sont la Thaïlande (32 % de la production mondiale qui s'élève annuellement à près de 10 millions de tonnes), l'Indonésie (24 %), la Malaisie (13 %), l'Inde (8 %), le Vietnam et la Chine (5 % chacun), le solde (13 %) étant assuré par le Sri Lanka et divers pays africains (Nigéria, Libéria, Cameroun, Côte d'Ivoire) — Chiffres 2006. A noter que les plantations d'hévéas du Sud-Est asiatique sont menacées par un champignon qui a déjà fait de gros ravages sur les hévéas brésiliens. Une alternative serait peut-être le pissenlit de Sibérie (Taraxacum borealisinense). Les recherches scientifiques conduites actuellement sur ce substitut potentiel sont importantes car sur les 22 Mt de caoutchouc consommées annuellement dans le monde, près de 10 Mt, soit 45 % environ, proviennent du caoutchouc naturel. Les un peu plus de 12 Mt restants sont des élastomères sophistiqués issus de la pétrochimie pour des applications spécifiques. A noter, à ce sujet, que le premier caoutchouc synthétique fut fabriqué en Allemagne (brevet déposé en 1909 par le chimiste Fritz Hoffmann, 1866-1956).

Sources — Notes prises au cours de conférences faites par Jean-Paul Dössegger à bord du VISTAMAR - Données du SNCP (Syndicat National du Caoutchouc et des Polymères) qui fêtera l'an prochain ses 150 ans (il fut en effet fondé en 1863, sous le nom alors de Chambre Syndicale du Caoutchouc).

En marge de la visite du centre-ville, nous avons passé deux heures dans le parc de Quistococha, qui se déploie autour du lac de même nom et qui est situé à une quinzaine de kilomètres au sud d'Iquitos. Cela nous offre l'occasion de voir quelques-uns des animaux typiques de la selva amazonienne, lesquels ne sont généralement visibles que la nuit, et encore en s'enfonçant profondément dans l'épaisse forêt, ce que nous ne fîmes évidemment pas. Paresseux à deux doigts, singes hurleurs, singes-araignées, singes-capucins, ouistitis pygmées, tamarins à selle, tamarins empereurs, tamarins de Goeldi (encore appelés tamarins sauteurs), lagotriches laineux, sakis à face blanche, ouakaris, ce ne sont que quelques-unes des espèces de singes les plus souvent avancées comme vivant dans la forêt amazonienne où l'on rencontre plus d'espèces de primates que partout ailleurs dans le monde ! Les scientifiques disent que 75 des 250 espèces de primates répertoriées dans le monde vivent dns la forêt amazonienne et nombre d'entre elles y sont endémiques. Ici des singes-araignées noirs (macaco aranha ou ateles pariscus). Leur taille moyenne est de 1,5 m et leur longue queue préhensile représente 60 % de leur taille. A noter sur la photo de droite la "technique" utilisée pour boire… elle semble efficace !



Vivant dans les forêts denses régulièrement inondées, le jaguar est le plus puissant des carnivores de la forêt amazonienne (il peut attaquer des proies pesant jusqu'à 300 kg). Le puma est également très présent dans toute l'Amérique du Sud. Capable de vivre une quinzaine d'années, on le trouve aussi bien en plaine qu'en montagne (jusqu'à 4 500 m d'altitude environ).



Sur les deux photos ci-dessous, croisement d'une importante colonne de fourmis, dont beaucoup transportent des morceaux de feuilles (charges importantes par rapport à leurs propres dimensions). Certains scientifiques estiment que 15 % de la biomasse animale de l'Amazonie est composée de fourmis (365 espèces appartenant à 68 genres de fourmis ont été trouvées dans environ cinq hectares de forêt tropicale amazonienne, selon le WWF) ! Situation très désagréable quand elles remontent dans les jambières de pantalon selon un de mes amis qui en fut victime !



Typique de l'Amazonie : le capybara (ou "seigneur des herbes" pour les indiens Guaranis). C'est le plus gros rongeur du monde (son poids peut atteindre 65 kg, sa taille 1 m). Il vit aussi bien sur la terre que dans l'eau (il nage vite, ce qui lui permet d'échapper aux caïmans). En revanche, à terre, il craint le puma, le jaguar ou l'anaconda qui sont ses principaux prédateurs. Il mange exclusivement des végétaux. Sur la photo de droite (de mon ami André Vallérian, ancien capitaine au long cours), deux tapirs (ongulés à longs museaux avec lesquels ils fouillent le sol à la recherche des racines, feuilles et fruits dont ils se nourrissent).

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Une nouvelle tortue, 28 serpents jusqu'ici inconnus et 26 nouvelles espèces de lézards ont été découverts en Amazonie au cours des dix dernières années selon le rapport 2011 du WWF (World Wide Fund for Nature). Sur les deux photos de droite, un "bébé" anaconda apprivoisé. L'adulte peut atteindre 4 m de long et mange tout ce qui passe à sa portée (poissons, amphibiens, oiseaux, et même des mammifères comme des tapirs (cf.ci-dessus), voire jusqu'à de petits caïmans). Les anacondas sont des serpents aquatiques, vivant dans les fleuves et les marécages des pays chauds et humides. Ils ont une particularité : leurs yeux et leurs narines sont situés complètement au-dessus de leur tête, ce qui leur permet de voir et de respirer alors que leur corps est sous la surface de l'eau quand ils guettent leurs proies.


Les iguanes verts vivent 10 à 15 ans. Ils sont omnivores. Ils sont chassés pour leur chair.


Répétons-le, la forêt amazonienne est le refuge de milliers d'espèces, dont beaucoup restent encore à découvir. Ainsi, 1 200 nouvelles espèces d'animaux (vertébrés) et de plantes auraient été découvertes ces dix dernières années. Une espèce d'oiseaux répertoriée sur cinq se trouve en Amazonie (superficie totale : près de 7 millions de km2). Un dixième de l'ensemble des espèces connues de la terre y vivent.

Rappel : plus de 30 millions de personnes vivent en Amazonie, parlant environ 280 langues et dialectes différents. Parmi ces habitants, on compte 2,7 millions d'autochtones appartenant à quelque 300 groupes différents.


Ci-dessous, quelques photos complémentaires du Commandant Vallérian (précédemment cité et auteur de l'ouvrage Dans le sillage des cargos), avec un "petit" anaconda sur le dos : on y voit des atèles (ou singes-araignées) noirs, des singes-écureuils et un perroquet vert (encore appelé amazone à front bleu).


Cette journée passée à Iquitos fut particulièrement chargée. Nous remontons vers 17h à bord du VISTAMAR qui appareille peu de temps après. Nous descendrons désormais l'Amazone, nous serons donc poussés par le courant cette fois-ci. Nous étions arrivés ce matin alors qu'il faisait encore sombre. Notre appareillage de jour va nous permettre de profiter pleinement du port d'Iquitos… et de ses centaines de navires ! (à suivre).

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Dernière mise à jour - 14.07.2012
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