Navigation sur l'Amazone entre Manaus (Brésil) et Iquitos (Pérou) — Janvier 2012
Françoise Massard

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Dimanche 22 janvier 2012… toujours

En ce début d'après-midi du 22.03.2012, nous avons mouillé dans l'Amazonas pas loin de la petite ville péruvienne de Pevas. Différentes excursions nous ont été proposées. J'ai personnellement opté pour la rencontre de deux tribus indiennes, les Huitotos et les Boras, suivie d'une visite de Pevas. J'ai donc embarqué à bord du navire à passagers fluvial local, l'AMAZON QUEEN.

PEVAS (Pérou)… suite
Lat. 03° 18' S - Long. 071° 52' W   —    GMT – 5

Certains croisiéristes ont embarqué à bord des annexes du VISTAMAR pour aller visiter librement Pevas. Embarquée, pour ma part, sur le pont supérieur du sympathique AMAZON QUEEN, cela me permet d'avoir une vue globale sur la poupe du VISTAMAR auquel se sont amarrées de nombreuses pirogues. L'équipage a établi un "va-et-vient" de fortune et un échange de marchandises s'est visiblement mis en place (achat-vente ou troc, je n'en sais rien). Nous dégusterons peut-être des fruits locaux ce soir…



Nous dépassons Pevas (nous y débarquerons en fin d'après-midi, sur notre route de retour vers le VISTAMAR).



La ville de Pevas, la plus ancienne du Pérou le long de l'Amazone, compte environ 3 000 habitants. Nous la découvrirons ce soir.

         
Pour rejoindre les deux villages indiens, l'AMAZON QUEEN s'engage sur un affluent de l'Amazonas, le rio Ampiyacu.


Bien sûr, je vais saluer le "Captain", j'avais drôlement envie de prendre la barre…


Nous accostons après 30 à 40 min de navigation. Nous nous dirigeons d'abord vers un village Huitoto, où nous sommes visiblement attendus. Les Huitotos ne sont pas originaires du Pérou mais de Colombie. Une importante communauté est installée près de Leticia, entre les kilomètres 7 et 11 de la route Leticia-Tarapacá, mais d'autres vivent le long de diverses rivières comme les rios Napo, Putumayo, Caquetá, Ampiyacu, etc. (Colombie et Pérou). Ceux que nous rencontrons aujourd'hui sont donc installés le long du rio Ampiyacu, affluent de rive droite de l'Amazonas. Ce groupe ethnique fait partie de la cinquantaine d'ethnies qu'abrite aujourd'hui l'Amazonie péruvienne, soit de l'ordre de 200 000 Amérindiens parlant une centaine de dialectes différents appartenant à une quinzaine de familles de langues. On notera que la culture occidentale n'est pas complètement absente de ce village… cf. l'antenne parabolique sur la deuxième photo ci-dessous.


Les Huitotos continuent de vivre selon leur tradition qui les rattache à la forêt, mais contrairement à certaines autres tribus amazoniennes, ils acceptent (ceux-ci en tout cas) de rencontrer l'homme "blanc" urbanisé. De 20 000 à 30 000 qu'ils étaient au milieu du XIXe siècle, selon les estimations des spécialistes, ils ne seraient plus qu'autour de 3 à 4 000, ayant été en grande partie décimés lors du "boom du caoutchouc" à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle : décimés par leurs dures conditions de travail (ils furent quasiment mis en esclavage par les Caucheros, ces colons exploitant le caoutchouc de la forêt amazonienne) et par les maladies amenées par les Européens et contre lesquelles ils n'étaient pas immunisés.



Comme toujours, maisons en bois et chaume sur pilotis pour se préserver des crues du fleuve et des animaux. Nombreux enfants, des plus joueurs (voire espiègles) au plus sérieux… presque paternels (on voit souvent les aînés s'occuper des plus jeunes). Nous ne sommes pas au Brésil, mais la pratique du foot commence également tôt au Pérou…


Nous sommes reçus dans la maloka, c'est-à-dire la maison communautaire. Celle-ci comporte traditionnellement quatre piliers principaux qui représentent les quatre éléments naturels : la terre, l'eau, l'air et le feu. Démonstration de danse traditionnelle intergénérationnelle, les plus petits n'étant pas les moins sérieux. Hommes et femmes portent des vêtements en fibres de figuier, shorts pour les hommes et simples jupes courtes pour les femmes, torses nus dans les deux cas. Peintures sur le haut du corps et sur les jambes, ainsi que des plumes, complètent cet habit traditionnel qu'ils ne portent sans doute que pour les cérémonies rituelles (ou pour les touristes qu'ils reçoivent de temps en temps), habit sans doute remplacé par le short et le tee-shirt qui est l'uniforme dans toute l'Amazonie (du fait que la température y est quasi constante toute l'année, entre 23 et 30 °C). Après trois danses, ils nous présentent divers objets artisanaux, dont certains sont assez jolis : tableaux peints avec des pigments naturels sur des toiles faites de fibres d'écorces entrelacées, petits animaux locaux (tortues, tapirs, etc.) et pirogues (maquettes) en bois tropicaux, (acajou, palissandre, etc.), sacs en fibres naturelles, colliers faits de graines, sarbacanes, arcs, etc.



Ces communautés, regroupant généralement cent à deux cents indigènes, vivent de cueillette et de chasse (employant sarbacane, arc, sagaie ou piège). Ils cultivent également du manioc dans les clairières. Comme on le notera ci-dessous, le couchage se fait exclusivement dans des hamacs (dans certains cas avec moustiquaires), à la fois bien adaptés au climat et les mettant à l'abri d'animaux rampants.



Nous nous rendons ensuite, à pied, vers le village d'une autre tribu indienne, les Boras. Autrefois ennemis des Huitotos, ils font maintenant cause commune avec eux, y compris en partageant leur école. Les petits indiens du Pérou sont tous scolarisés (ils apprennent d'ailleurs obligatoirement l'espagnol en plus de leur langue indigène). A ce props, pour les familles éloignées d'une école, pas de problème, des "bateaux-bus" font du ramassage scolaire ! Mais les horaires de l'école dépendent de l'heure de passage des bateaux, laquelle dépend de… la hauteur de l'Amazone et de ses affluents ! Alors, parfois, les enfants couchent à l'école. Ci-dessous à droite, chantier naval familial : une pirogue en construction.


Les Indiens d'Amazonie y seraient apparus vers 3 000 av. JC (certains spécialistes de cette région disent même que l'Amazonie est peuplée depuis 11 000 ans). On pense bien sûr aux célèbres Jivaros réducteurs de tête. Les différentes tribus amazoniennes, dont les anthropologues pensent que certaines n'ont encore jamais vu l'homme blanc, conservent aujourd'hui un mode de vie pratiquement identique à celui de leurs ancêtres, centré sur la forêt au cœur de laquelle ils sont établis. Ils vivent de cueillette, de chasse et de pêche. Ils pratiquent en plus une agriculture itinérante (basée sur le principe du brûlis et de la jachère car les sols amazoniens sont généralement pauvres), cultivant le manioc, le maïs, la canne à sucre, le tabac, etc. Ils font également un peu d'élevage (poules, cochons, moutons). Respect de la forêt et de la famille sont leur fierté. Ils sont malheureusement menacés par la déforestation galopante (ouverture de routes transamazoniennes, grands élevages, recherche et exploitation des importantes ressources pétrolières et minières que renfermerait son sous-sol, etc.), mais la Fundação Nacional do Índio (Funai), association brésilienne, tente de les protéger.

Là encore, les Boras nous reçoivent dans leur maison commune, la maloka, et nous présentent quelques-unes de leurs danses rituelles. Cette ethnie a sa propre langue mais, pour le reste, vit globalement comme les Huitotos. On notera cependant que les femmes ne portent pas la jupe en tissu de figuier, mais une robe faite du même matériau.


Après quelques achats de produits artisanaux, nous les quittons pour retourner à l'embarcadère où nous attend l'AMAZON QUEEN.


Nous naviguons de nouveau sur l'Ampiyacu, pour rejoindre sa confluence avec l'Amazone et revenir vers Pevas.


Forêt toujours aussi dense, même tout près des rives, lesquelles sont ponctuées d'habitations de plus en plus nombreuses.


Nous voilà presque arrivés à Pevas où nous allons débarquer pour visiter cette intéressante bourgade d'environ 3 000 âmes.


Visite de Pevas… à suivre

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Dernière mise à jour - 25.03.2012

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