Navigation sur l'Amazone entre Manaus (Brésil) et Iquitos (Pérou) — Janvier 2012
Françoise Massard

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Jeudi 19 janvier 2012

Nous avons appareillé de Lago Uara hier 18.01.2012 en début d'après-midi, notre prochaine escale étant le site de Foz do Jutai situé à 110 milles, je devrais plutôt dire à 204 km puisque nous naviguons en rivière, en amont de Lago Uara.


C'est, comme prévu, aux environs de 07h00 que le VISTAMAR jette l'ancre dans le Rio Jutai, un affluent de rive droite du Solimões, ce 19.01. Le but de cette escale n'est pas le petit village brésilien de Foz do Jutai, mais la découverte en zodiac de la forêt inondée, localement appelée forêt d'Igapò.


La forêt amazonienne comprend en effet trois types de forêts, toutes trois de type équatorial (recevant des pluies annuelles cumulées dépassant les 2 000 mm et avec un taux d'ensoleillement journalier pratiquement constant toute l'année). La première, dite forêt de terre ferme (ou Terra firme ou Mata densa), n'est jamais inondée même lors des débordements du Solimões car elle est située en hauteur par rapport au fleuve. C'est la plus importante en superficie (environ 250 millions d’hectares). Elle comporte de très nombreuses espèces d'arbres, toutes spécifiques de sols secs et bien drainés. C'est là que l'on trouve les arbres les plus hauts (40 à 65 m) comportant une canopée très dense sous laquelle se développe deux autres étages arborescents : une première strate arborée avec des arbres d'une trentaine de mètres de haut au-dessous desquels poussent des espèces de cinq à quinze mètres de haut (strate arborée inférieure). Au sol, essentiellement des lianes, des épiphytes, des fougères, des mousses et des champignons qui transfèrent directement les nutriments aux racines. Parmi les espèces représentatives de cette forêt de terre ferme, on peut citer les hévéas, les arbres à noix du Brésil, et bien d'autres espèces de bois durs. Le deuxième couvert forestier est la forêt inondable ou forêt de Vàrzea. Comme son nom le laisse supposer, cette forêt n'est que temporairerment inondée, au plus fort de la saison des pluies (mi-novembre à fin mai). On la trouve de part et d'autre des rives de l'Amazone et de ses affluents, sur une largeur de 50 à 100 km. Elle couvre environ 7 millions d’hectares. Elle comporte des essences de bois tendres à croissance rapide et de très nombreuses variétés de palmiers (Açai ou Euterpe oleracea, Astrocaryum jauari, etc.). C'est la forêt la plus fragile, et ce pour diverses raisons. D'une part les berges finissent par s'éroder et font reculer la forêt. D'autre part, relativement facile à exploiter, ses bois sont aisés à évacuer par voies d'eau (par barges, autrefois par flottage). Enfin, son sol est périodiquement enrichi en alluvions par les inondations saisonnières et elle fait donc l'objet de coupes régulières afin d'augmenter les zones cultivables et les pacages. La troisième catégorie de forêt concerne la forêt inondée ou forêt d'igapò à laquelle nous allons plus particulièrement nous intéresser aujourd'hui.



FOZ DO JUTAI (Brésil)
Lat. 02° 44' S - Long. 066° 57' W   —    GMT – 4 


L'équipage des zodiacs ayant repéré les lieux et ouvert certains passages, nous débarquons à notre tour pour une navigation-decouverte de la forêt inondée (igapò).


La forêt d'Igapò est donc une forêt tropicale pratiquement inondée à l'année ou presque (huit à dix mois). Elle représente environ 2 % de la surface totale de la forêt tropicale. Ses arbres sont beaucoup moins hauts que ceux des forêts non inondées du fait de l'instabilité des sols détrempés. Mais la nature est bien faite et de nombreuses espèces ont des racines sur pilotis et des points d'appui surélevés pour augmenter leur stabilité. Ces forêts aux sols hydromorphes (saturés d'eau) sont très denses, voire inextricables, débordant sur les rivières dont elles rendent l'accès de plus en plus difficile. Dans ce type de forêt, curieusement, ce ne sont pas les insectes mais bien les poissons qui jouent le rôle le plus important pour la dispersion des graines : c'est en effet le seul endroit au monde où des poissons cueillent leur nourriture sur les arbres ! Certains poissons vivant dans ces zones ont un double système respiratoire, leur permettant de vivre dans l'air et dans l'eau. Parmi les espèces d'arbres spécifiques de ce type de forêt, on peut mentionner les Alchornea castaneifolia (ou Iporuru), Cecropia, Manilkara, Ochroma, Aguaje (ou Mauritia flexuosa), pour n'en citer que quelques-uns.

Cecropia
Aguaje
Iporuru
Manilkara
Ochroma

Nous progressons dans les eaux noires de la forêt inondée dont la luxuriante végétation nous enveloppe de sa lourde moiteur. Tout un monde plus ou moins visible grouille autour de nous : des myriades d'insectes se font entendre ou voltigent autour de nous, dont de nombreux moustiques qui n'épargnent pas certains d'entre nous…


Nous apercevons des vautours, des termitières et des fourmilières perchées dans les arbres, des broméliacées accrochées dans les frondaisons.


Nous devons parfois nous pencher pour éviter les branchages, tant la végétation est dense et parfois basse au-dessus de l'eau. Ces fils électriques (photos de droite) paraissent quasi déplacés dans ce paysage de bout du monde ! En fait, seulement à peine un tiers des habitations amazoniennes ont l'électricité, lesquelles ont alors accès au confort moderne. C'était l'un des objectifs de l'ancien président Lula (Luiz Inácio Lula da Silva, président entre 2003 et 2010) : "la lumière pour tous".


Retour au VISTAMAR qui appareille aux environs de 14 h. Nous redescendons le Rio Jutai pour retrouver l'Amazone, ou plus exactement le Solimões, et poursuivre notre navigation en direction d'Iquitos (Pérou). Juste avant la confluence, nous passons devant la petite ville de Jutai (Brésil toujours).


Comme dans tous les villages bordant le fleuve, nombreuses maisons sur pilotis ou sur radeaux (marumbas). Leurs habitants, les Caboclos, vivent principalement de l'agriculture et de l'élevage pendant la saison sèche et de la pêche pendant la période de crue.


Nous voilà arrivés à l'endroit précis où les eaux noires du Rio Jutai se mêlent aux eaux limoneuses du Solimões.


Nous continuons notre paisible navigation. Calme parfait, parfois interrompu par quelque tronc dérivant cognant la coque. De temps en temps, nous apercevons une maison isolée, coincée entre forêt et fleuve. A noter que celle-ci doit avoir l'électricité puisqu'elle possède une antenne parabolique.


Soleil couchant sur le géant des fleuves.


Sur notre bâbord, un petit affluent du Solimões. La nuit sera tombée avant que nous atteignions le passage d'Urutuba où le fleuve se rétrécit. Dommage.


Nous allons naviguer toute la nuit et devrions atteindre Santo Antonio do Iça, notre prochaine escale, demain matin vers 07h30.

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Dernière mise à jour - 15.03.2012

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