Navigation sur l'Amazone entre Manaus (Brésil) et Iquitos (Pérou) — Janvier 2012
Françoise Massard

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Mercredi 18 janvier 2012

Après avoir appareillé d'Anama le 16.01 vers 16h30, nous avons navigué toute la nuit suivante et toute la journée du 17.01 et, en ce tout début de matinée du 18.01, nous approchons de Lago Uara (Brésil) où nous devons escaler. Nous en découvrons les premières maisons disséminées le long du fleuve (sur sa rive droite). A noter la terre rouge : en effet, les sols d'Amazonie sont souvent riches en oxyde de fer (et éventuellement d'aluminium). Ces sols, quand ils sont lessivés par les fortes précipitations et n'ont plus de protection végétale, se transforment en latérite dont l'aspect est proche de la brique. Cette latérisation des sols entraîne leur stérilisation progressive.


Le Solimões charrie toujours autant de végétaux. La forêt est particulièrement dense en cet endroit. Les palmiers sont nombreux le long des berges du fleuve (une vingtaine d'espèces ont été recensées par les scientifiques en Amazonie). Ce sont des arbres très utiles pour les Caboclos car ils fournissent des fruits (comme les fruits mucajá, tucuma et pupunha), de l'huile (espèce Elaeis guineensis), des palmes pour les toitures, etc.


C'est vers 09h00 que nous arrivons en vue du village brésilien de Lago Uara. Pas de quai, mais un simple ponton flottant sur lequel se pressent déjà de nombreux enfants… nous sommes visiblement attendus.



LAGO UARA (Brésil)
Lat. 02° 40' S - Long. 065° 34' W   —    GMT – 4

Lago Uara vu du ciel (photos satellitaires Google Earth)

Lago Uara
Lago Uara
Lago Uara

Le VISTAMAR a mouillé et les autorités locales sont montées à bord.


Peu de temps après, les démarches administratives étant terminées et la "libre pratique" accordée par les Autorités sanitaires (nous avons donc l'autorisation de descendre à terre), les zodiacs du bord sont mis à l'eau et les premiers débarquements ont lieu sous l'œil attentif du commandant et du pilote.



Nous irons visiter le village, mais auparavant nous pénétrons dans la forêt pour naviguer en direction du Lago Uara, un lac aux eaux noires.



Les rios que nous empruntons sont assez étroits, nous rapprochant de cette nature époustouflante. Cette végétation est écrasante par la taille des arbres (à noter que le "toit" de la forêt porte le nom de "canopée"), par l'enchevêtrement des arbustes et par les lianes qui montent en serpentant autour des arbres, puis en redescendent, prenant de nouveau racines, comme en un va-et-vient permanent. Nous croisons, au cours de notre balade, des enfants qui s'amusent à plonger de leur pirogue et qui redoublent d'énergie à notre approche.


Etrange contraste entre le vert cru de la végétation et la couleur ocre de l'eau omniprésente. Fruits sauvages, fleurs perchées dans les arbres, bruissements permanents, croassements des grenouilles, chants des oiseaux, tout participe à une complète immersion dans ce monde écrasant de chaleur et d'humidité.


Vie en osmose totale avec la nature pour les habitants dont nous découvrons les maisons en bordure de rios. Un garçonnet court vers nous, mais le petit cochon noir, lui, se moque pas mal de notre présence et continue de fouiller le sol pour trouver sa nourriture.


Nous quittons les "eaux blanches", en fait ocres et à forte turbidité en raison de leurs grandes concentrations en produits limoneux venant des hauts plateaux Andins, et nous entrons dans les "eaux noires" du Lago Uara proprement dit. Ces eaux, bien que de couleur foncée (café noir allongé ou thé corsé, comme on veut), sont parfaitement limpides. Ces eaux sont colorées par les tanins et acides humiques et sont très acides (pH autour de 4). Aussi, aucune plante n'arrive à s'y développer, d'où leur transparence. Un autre avantage : ces zones sont exemptes de moustiques !


Pendant que des adultes s'affairent à la construction d'une grande maison flottante, un jeune tente de rattraper notre zodiac avec sa pirogue, mais finit par abandonner devant notre avance. Il faut dire que les jeux étaient inégaux… pagaie contre moteur, même s'il la maniait avec dextérité.


Termitière accrochée dans un arbre (les termites sont d'excellents répulsifs pour les moustiques, aussi les indiens n'utilisent-ils pas comme nous du "Cinq-sur-Cinq"®, mais écrasent-ils des termites dont ils s'enduisent le corps. Quelques oiseaux photographiés au hasard de notre avance en forêt (à droite, photo Annie-Claire Poisson).


Notre navigation nous mène finalement vers le village de Lago Uara qui compte une centaine d'âmes. Les zodiacs accostent au pontant flottant. Les enfants, tout sourire, nous entourent, prêts à recevoir les menus cadeaux que certains d'entre nous ont apportés (bonbons, crayons, etc.). A l'entrée du village, des briques en train de sécher. Deux hommes sont en train de construire leur pirogue (couteaux et machettes sont leurs principaux outils de découpe). A droite, deux bâtiments importants du village : l'église et le château d'eau.


Nous sommes accueillis très aimablement. Certains villageois, comme cette dame ci-dessous, ira gauler des fruits (baies d'acai et acerolas) pour nous les donner, en en mangeant devant nous pour nous donner confiance sans doute. Le village compte beaucoup d'enfants, qui paraissent en excellente santé, en tout cas bien nourris. Le hamac est utilisé aussi bien pour la sieste que pour la nuit car il a l'avantage d'isoler son occupant du sol où pourraient s'aventurer des hôtes indésirables, rampants en particulier. Vie simple sans doute, mais non dénuée totalement de modernité (on voit, dans les maisons largement ouvertes sur l'extérieur, des télévisions par exemple).


Les animaux cohabitent en toute liberté avec les villageois. Les bovins ont une bosse au niveau du garrot, ils appartiennent sans doute à la famille des zébus.


Le manioc (ou manihot esculenta), qu'il soit sauvage (poussant naturellement) ou domestiqué (produit par bouturage), est la base de l'alimentation des populations amazoniennes, et d'autres pays tropicaux, Afrique notamment. Avec une production annuelle mondiale de 200 millions de tonnes, le manioc occuperait le cinquième rang parmi les plantes alimentaires (après le maïs, le riz, le blé et la pomme de terre). C'est une plante herbacée d'environ 3 m de haut, et c'est surtout sa racine, en fait un tubercule oblong, qui est comestible (même si les feuilles bouillies sont parfois aussi consommées). Quand les tubercules sont arrachés, soit moins d'un an après que les boutures aient été mises en terre, ils pèsent environ 2 à 3 kg et mesurent de l'ordre de 30 cm de long pour 5-6 cm de diamètre sur leur partie la plus large. Il en existerait une quarantaine de variétés poussant à l'état naturel, contenant toutes de l'acide cyanhydrique, mais en plus ou moins grande quantité. De plus, cet acide toxique n'est présent que dans la peau des variétés dites "douces" alors qu'il est présent dans tout le tubercule des variétés dites "amères". Pour éliminer du manioc doux ce cyanure, évidemment toxique, les Caboclos rouissent les tubercules, c'est-à-dire les font macérer dans de l'eau pendant plusieurs jours, puis les pèlent, les lavent à plusieurs eaux et enfin les écrasent au pilon (troisième photo ci-dessous). Les deux photos suivantes montrent la fabrication de la farine de manioc, qui a l'aspect et la consistance d'une semoule plus que d'une farine. La pulpe écrasée est ensuite tamisée (quatrième photo) puis longuement séchée au feu (photo de droite). Chaque famille possède son propre équipement (pilon, tamis et four).



La noix du Brésil ou noix d'Amazonie (ou Castanheira-do-Pará en portugais, c'est-à-dire "chataigne du Pará" d'où elle serait originaire) est le fruit du Bertholletia excelsa, arbre à la croissance lente qui peut atteindre 40 ou 50 m de haut pour 2,5 m de diamètre et vivre plusieurs centaines d'années. Les Amazoniens nomment "castanhais" les zones forestières où cet arbre est fréquent. Il croît uniquement à l'état sauvage, sur des sols plutôt pauvres, et ne produit ses premiers fruits qu'après une dizaine ou une quinzaine d'années. Comme on le voit sur les photos ci-dessous, le fruit est une coque brune, épaisse et ligneuse, de 15 à 20 cm de diamètre, pouvant peser jusqu'à 3 kg (mieux vaut ne pas être en dessous quand, une fois mûre, elle se détache d'elle-même de l'arbre !).



A l'intérieur, imbriquées les unes aux autres, se trouvent des "noix" également brunes (17 noix dans celle que nous avons étudiée) qui ont une coque anguleuse à trois faces. Ces noix contiennent une amande blanche à jaune clair enveloppée dans une fine pellicule brunâtre. Cette amande, très riche en matière grasse (70 à 75 %), en protéines, en vitamines, en sélénium, etc., est utlilisée dans les industries alimentaires (mêmes usages que la noix de coco par ex.), cosmétiques, voire médicinales. Les colons Hollandais l'ont introduit en Europe au début du XVIIe siècle. Sur la photo du milieu, un jeune du village nous ouvre gentiment des noix, avec sa machette, pour nous en montrer les amandes.


En retournant vers l'embarcadère, quelle ne fut pas ma surprise en voyant un stade et des gradins en bois au pied desquels se prélassait un bovidé.


Nous remontons à bord du VISTAMAR en début d'après-midi et celui-ci lève l'ancre immédiatement. Nous continuons notre remontée du Solimoes à contre-courant, en direction d'Iquitos, extrémité amont de notre navigation, avec plusieurs escales d'ici là.

Prochaine escale : Foz do Jutai (Brésil)

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Dernière mise à jour - 17.10.2017

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