Navigation sur l'Amazone entre Manaus (Brésil) et Iquitos (Pérou) — Janvier 2012
Françoise Massard

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Mardi 17 janvier 2012

Nous avons appareillé d'Anama hier 16.01.2012 vers 16h30. Notre prochaine escale sera Lago Uara (Brésil) située 615 km (332 milles) plus à l'amont sur le Rio Solimões. Notre arrivée y est prévue en début de matinée le 18.01.2012. Aujourd'hui sera donc une journée complète de navigation.



Rien ne nous presse, je prends donc tranquillement mon petit déjeuner en devisant avec mes amis de l'AMAP. Puis c'est l'heure du point journalier qui nous est transmis par le directeur de croisière, membre de l'équipe Plein Cap qui, depuis la vente en 2010 de l'ADRIANA (à un armateur Cubain), affrète le VISTAMAR pour des croisières franco-françaises sur des "destinations niches". Sur certains paquebots, le point est transmis directement par le commandant depuis la passerelle, mais là le commandant du VISTAMAR est italien et ne parle pas français.

Point de 9h00 — Position du VISTAMAR 03° 55' S / 063° 20' W - Température de l'air 23 °C - Température de l'eau 26 °C - Vent d'est force 2 - Profondeur du fleuve 41 m - Distance parcourue depuis Anama 134 milles (248 km) - Distance parcourue depuis Manaus 269 milles (498 km).

Comme le montrent les quelques cartes nautiques ci-dessous photographiées (à titre d'exemple) lors de ma visite à la passerelle (cf. infra), le cours du Rio Solimões est complexe, sa largeur est fort variable et la position du chenal de navigation varie dans le lit du fleuve (ici vu entre les points kilométriques 700 et 900).

PK 700 - PK 710
PK 770 - PK 800
PK 820 - PK 840
PK 850 - PK 880
PK 880 - PK 900

Aussi, sommes-nous tantôt très loin des berges, tantôt relativement proches, ce qui permet alors de mieux appréhender la vie en bordure de la forêt. On fait aussi quelques rencontres : des débris végétaux… en permanence, des troncs d'arbres… très (trop) souvent, des pirogues de Caboclos, des petites barges motorisées comme ici, etc.



On rencontre aussi, de temps en temps, des "dauphins roses", dauphins d'eau douce que l'on trouve seulement dans les bassins de l'Amazone et de l'Orénoque (lesquels communiquent entre eux via le Rio Negro). Ce dauphin est localement appelé boto ou inia geoffrensis. On le voit le plus souvent en début et en fin de journée. Dépourvu de nageoire dorsale, remplacée par une sorte de crête, il possède un front bombé, un long museau (comme un bec) et de tout petits yeux. Presqu'aveugle, il se dirige grâce à un système d'écholocation très perfectionné. Sa taille adulte moyenne est de l'ordre de 2,30 m (femelle) à 2.80 m (mâle) et pèse jusqu'à 150 ou 160 kg. Il peut vivre 15 à 20 ans. Il se nourrit de poissons, de tortues et de crustacés. La femelle porte pendant onze mois et met généralement au monde un seul petit d'environ 80 cm de long qu'elle allaite pendant un an. Une légende court tout le long de l'Amazone : créature magique, le boto peut se changer en homme fort élégant le soir venu et… féconder les femmes (dans certains registres d'état civil, un enfant né de "père inconnu" serait déclaré "fils du dauphin"…, pratique non ?). En tout cas, de jour, il est très difficile à photographier car il surgit de façon imprévisible pour respirer pendant quelques secondes, sortant souvent à peine de l'eau, pour replonger aussitôt. Je n'ai ni l'acuité visuelle ni la maîtrise photographique qui m'auraient permis de faire les deux photos ci-dessous. Je remercie donc Annie-Claire Poisson (photo de gauche) et Ariane Chabrol (photo de droite).


Le Solimões… long serpent d'eau couleur "café au lait" courant dans la forêt, toujours la forêt… indissociable de l'histoire même du Brésil. L'état d'Amazonas (le plus grand des 26 états, formant à lui seul la Région Nord du pays, lequel en comprend cinq) n'occupe t-il pas à lui seul 42 % de la surface totale du Brésil (lui-même grand comme seize fois la France) ? Ainsi, la luxuriante végétation défile sans fin le long des rives, laissant de temps en temps apparaître une maison sur pilotis, comme ici le petit village (… deux maisons en bord du fleuve) de Igarape Acu (à ne pas confondre avec la ville du même nom au Pará). Cette Amazonie est l'une des régions du monde non encore totalement explorée. Les ethnologues pensent qu'y habitent des tribus indigènes qui n'ont encore jamais eu de contacts avec l'extérieur.


Vaste serre à ciel ouvert, la forêt amazonienne hébergerait un dixième des dix millions d'espèces vivantes que compterait la planète. Selon les données scientifiques les plus couramment avancées et qui se recoupent, cet immense territoire vert habriterait 30 % de toutes les espèces animales et végétales actuellement connues, dont 2 500 espèces de poissons, 50 000 grandes plantes et des millions d'insectes. Le Brésil tient som nom du pau-brasil, arbre de la même famille que le bois-brésil d'Inde (le fameux "bois de braise" ramené en Europe au Moyen-Age par les Vénitiens), largement présent en Amazonie et qui fut d'ailleurs surexploité par les explorateurs portugais pour la précieuse teinture rouge qu'ils en tiraient. Les arbres représentent 70 % de la végétation. Leur hauteur moyenne est d'une trentaine de mètres, mais les plus hauts peuvent mesurer jusqu'à 90 m. J'ai lu qu'en certains endroits, des botanistes ont décompté 400 espèces différentes à l'hectare ! Cette forêt, quasi anomalie de la nature, s'explique par le fait que le Brésil n'a pas été touché par la dernière glaciation et n'a jamais subi de grandes périodes de sécheresse. Les végétaux endémiques (au moins 20 000 espèces ?) ont donc pu s'y développer. On trouve plus de 200 espèces d'orchidées nichées en haut des arbres, nous en verrons à plusieurs reprises.



En fin de cette journée de navigation, de nombreux papillons étaient posés sur le pont extérieur. Certains semblent avoir été sculptés dans le bois, tandis que d'autres ont un aspect de velours. Quant à celui de droite, qui ne s'est malheureusement pas posé sur une surface unie, il a comme des oreilles…


Nous reviendrons sur cette flore et sur la faune qu'elle abrite, mais là, je profite de cette journée de navigation pour visiter le VISTAMAR.

VISTAMAR

Le VISTAMAR est un petit paquebot à taille humaine, confortable et convivial. Il dispose de 138 cabines (dont 115 extérieures, avec hublot pour celles des deux ponts inférieurs et sabord pour celles des deux ponts immédiatement au-dessus) et de 10 suites (avec petit balcon), au pont passerelle. Il est donc adapté pour accueillir confortablement 260 passagers. Sur les six ponts qu'il comporte, tous accessibles aux passagers, cinq comportent des cabines. En allant du bas vers le haut, on trouve successivement les ponts Teneriffa (21 cabines, dont 20 extérieures), Las Palmas (40 cabines dont 37 extérieures), La Gomera (37 cabines dont 28 extérieures), Lanzarote (40 cabines dont 30 extérieures), Fuerteventura (10 suites). Le pont supérieur, Almeria, ne comporte pas de cabines, mais est un pont-promenade (ou pont-soleil) qui permet de faire le tour complet du navire. On peut aussi s'y prélasser dans des transats. Les espaces communs du navire se répartissent autour de l'atrium comportant un escalier (et un ascenseur panoramique) desservant tous les ponts. Espace clair et verdoyant (il y a des plantes partout sur le navire… et pas que dans la forêt amazonienne !).

VISTAMAR

Les cabines standards (photo de gauche ci-dessous) comportent deux larges lits jumeaux, un bureau, une grande armoire-penderie avec tiroirs et une commode. Télévision par satellite et coffre-fort dans chaque cabine. La salle d'eau (plan de lavabo en marbre) comporte une cabine de douche fonctionnelle et les toilettes. Toutes les serviettes sont changées deux fois par jour. Sèche-cheveux dans la salle d'eau. Ces cabines paraissent maintenant un peu "vieillottes" quand on compare aux gros paquebots actuels, mais elles sont rationnelles et confortables (bonne insonorisation entre autres, climatisation réglable individuellement dans chaque cabine, etc.). Les suites (ci-dessous à droite, photo Vistamar), avec lit à baldaquin, me paraissent un peu "rococos", mais elles sont beaucoup plus grandes, avec une salle de bain avec baignoire, comportent un coin salon avec mini-bar et ont une porte-fenêtre donnant sur un petit balcon privatif.



L'atrium central vu de différents ponts.

VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR

VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR

L'accueil des passagers (Bureau d'information & Bureau Excursions) se fait au pont médian (pont La Gomera). C'est également à ce pont que se trouve le restaurant (la première photo est de Jean Sageloli, la deuxième d'Ariane Chabrol), suffisamment grand pour recevoir tous les passagers en un seul service. Nous y prenons tous nos repas, petits déjeuners compris (très copieux). Cuisine de qualité, boissons incluses à tous les repas (vins de table, eau minérale, café ou thé), organisation très bien rodée et personnel très attentionné, service vraiment parfait grâce à une excellente coordination entre les personnels de la cuisine et ceux du restaurant.

Vistamar

Au pont immédiatement supérieur, ou pont Lanzarotte, le Grand Salon, dit Salon Don Fernando, qui sert de salle de conférences et de salle de spectacles. Il comporte une petite piste de dance et un bar. C'est dans ce salon qu'est servi le traditionnel "thé" (thé ou café accompagné de mignardises). Les deux photos de droite sont d'Ariane Chabrol.


On trouve également à ce pont Lanzarotte la boutique et une petite salle de jeux (avec théoriquement un "coin Internet", mais là, mieux vaut oublier… car connexion quasi inexistante en réalité). Enfin, à l'extrémité arrière de ce pont, en extérieur, la piscine et son jacuzzi (photo Vistamar), ainsi qu'un bar extérieur (le Lido).

VISTAMAR
VISTAMAR

En continuant de monter, on atteint le pont Fuerteventura qui comporte, en plus de la passerelle et des suites, un salon de coiffure et une petite mais fort confortable bibliothèque, très «cosy» (trois photos de droite ci-dessous).

VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR

L'atrium dessert, au pont supérieur, la salle de gymnastique d'où l'on accède également au cabinet du masseur-kinésithérapeute. A côté, l'infirmerie (médecin allemand que j'ai eu la chance de ne connaître que dans les salons, car les moustiques, mygales, scorpions et autres sympathiques hôtes de ces forêts ne m'ont heureusement pas trouvée à leur goût !).

VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR

Au pont supérieur toujours, une coursive entoure partiellement (à bâbord et tribord) un salon très clair et très calme, le Club Véranda.

VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR

Le Club Veranda, mon salon préféré, avec bar (toujours fermé ?) et piano à queue (ouvert lui, et servant aux répétitions des artistes du bord).


Ici quelques photos de la partie extérieure de ce pont supérieur Ameria. A droite, ce même pont à la nuit tombante et sous un déluge de pluie tropicale qui s'abat si vite que l'on a à peine le temps de sortir son K-Way et qui s'arrête tout aussi vite quelques minutes plus tard (photo Annie-Claire Poisson). A noter que les vêtements sèchent tout aussi vite.

VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR

Plans rapprochés sur les canots de sauvetage / débarquement (sur cette croisière, nous avons toujours débarqué sur les zodiacs du VISTAMAR).

VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR

Ci-dessous, plage avant du VISTAMAR (on notera l'ancre de secours). Gros plans sur les apparaux de mouillage (ils serviront presqu'à chaque escale, nous moullerons au milieu du fleuve, sauf à Manaus et à Iquitos où nous accosterons). Je suis étonnée, mais la chaîne ne semble pas être lavée sous pression au moment du relevage… le puits à chaîne doit être pas mal envasé. Gros plan sur la couronne à empreinte de la chaîne de mouillage, couronne qui assure l'adhérence des chaînes virées et que l'on appelle communément "barbotin" par référence à son inventeur (en 1838), le lieutenant de vaisseau Barbotin (le terme anglais est d'ailleurs Barbotin's sprocket ou cable lifter ou cable holder). A chaque mouillage, au moins trois "maillons" étaient filés et bien sûr la boule de mouillage (boule noire) hissée en haut du mât. Sur la photo de droite, les trois drapeaux sont (d'avant en arrière) ceux du Pérou (où nous naviguions quand j'ai pris cette photo), de l'Italie (pavillon du navire) et de France (navire affrété par une compagnie française).
Nota : la longueur du "maillon" dépend du pays... Le maillon français vaut théoriquement 30 m, mais certains navires suivent la tradition anglaise de la Marine marchande (dans la Royal Navy, la valeur est encore différente), soit la longueur de 15 brasses ou 27,5 m (une brasse = one fathom = 1,83 m).

VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR

Cheminée du VISTAMAR. Les trois photos suivantes montrent l'aileron de passerelle tribord (avec son pupitre de manœuvre), aileron sur lequel le Commandant Alfio Bizzi a bien voulu poser pour la photographie. Sur la photo de droite, coursive d'accès à la passerelle (pont Fuerteventura), dont les murs sont recouverts des plaques généralement offertes par les ports aux commandants des paquebots en escales inaugurales.

VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR

Code ISPS oblige, les passerelles sont normalement interdites d'accès aux passagers (tout comme la salle machines). Le Cdt Bizzi a accepté, à titre tout à fait exceptionnel, d'accueillir une quinzaine de membres du groupe AMAP. Nous l'en remercions vivement.

VISTAMAR
VISTAMAR
VISTAMAR
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VISTAMAR

Radar et carte électronique

VISTAMAR
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Sur la deuxième photo, de droite à gauche, le Commandant, le Pilote et le Timonier. A droite, panneau des sécurités électriques et incendie.

VISTAMAR
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VISTAMAR

Prochaine escale : Lago Uara (Brésil)

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Dernière mise à jour - 01.03.2012

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