De Zeebrugge au Cap Nord à bord du PRINCESS DANAE (juin 2001)
Françoise Massard

 
Principales escales : BergenFlam & GudvangenHellesyltGeirangerIles LofotenCap NordTromsoBodo

Sur la route des Vikings…

Fjords norvégiens et Cap Nord
La mer…
« Quand nul ne la regarde, la mer n’est plus la mer. Elle a d’autres poissons, d’autres vagues aussi.
C’est la mer pour la mer, et pour ceux qui en rêvent... comme je le fais ici »
Jules Supervielle (1884-1960)
La mer ! Quelle fascination elle a exercé – et exerce encore – sur les norvégiens ! Elle baigne cette interminable côte norvégienne qui s’étend, du sud au nord, sur plus de 2 000 km. Il semble que la terre et la mer n’aient pu se résoudre à se séparer : d’innombrables chapelets d’îles longent les côtes, cependant que la mer pénètre profondément dans les terres, dessinant un réseau complexe de fjords qui se ramifient en éventail.
En guise d’introduction à ce journal de bord… un peu de mythologie

Danae était la fille du Roi d’Argos, terre d’où partirent les Argonautes (qui allèrent, à bord de l’ARGO.et guidés par Jason, conquérir la Toison d’Or en Colchide…). Elle était d’une extrême beauté, et son père, voulant connaître son avenir, l’emmena consulter l’Oracle : « Acrise, ta fille donnera le jour à un héros qui sera ton meurtrier »

Afin d’éviter la réalisation de cette prophétie, le roi Acrise la fit enfermer dans une tour de bronze sans portes ni fenêtres… Mais Jupiter, Dieu des Dieux, et grand appréciateur de la beauté féminine, tomba amoureux de la belle Danae. Pour la séduire, il se déguisa en pluie d’or, et ainsi naquit Persée…

Quand le roi Acrise apprit qu’il avait un petit-fils, il fit enfermer la mère et son fils dans un coffre en bois qu’il fit jeter à la mer. Mais un pêcheur, providentiel, les ramassa et leur donna la liberté. Persée vécut sa vie de héros, sa plus célèbre aventure étant la décapitation de la Gorgone, mythe symbolisant la laideur des sentiments refoulés.

Un jour, Persée participa à une compétition de lancement de disque à Argos, et son disque vola si loin qu’il coupa les jambes du Roi Acrise, lequel succomba à ses blessures.
Ainsi se réalisa la prophétie…

Quant à la belle Danae, sa beauté, comme l’or, ne se ternit jamais. Son fils Persée épousa Andromède, fille de Cassiopée, qu’il délivra d’un monstre…

A la mi-août, époque où les constellations de Cassiopée, Persée et Andromède sont parfaitement visibles, les étoiles filantes ont l’air de tomber de la constellation de Persée : est-ce une allusion à la pluie d’or de Jupiter, son père ?…


PRINCESS DANAE (Madeira) - IMO 5282483 - Indicatif d'appel CQTK - MMSI 255987000 - Navire de croisières - 162,31x21,44x12,81 m - TE 7,646 m - JB 16 531 - JN 4 959 - PL 3 649 t - Ptot 9 708 kW (deux moteurs 2T-6cyl B&W-H&W 6-75VTF-150/50 / deux hélices à pas fixe) - V 17 nds - Générateurs 3x1 250 kW / 3x1 200 kW / 4x300 kW - Soutes 729 t FO / 318 t DO - Cap. 640 passagers (283 cabines) - Equipage 225 - Constr. 1955 (Harland & Wolff, Belfast, Irlande du Nord) - Gérant Arcalia Shipping (Limassol, Chypre) - Opérat. World Cruises Agency (Lisbonne, Portugal) - Pav. PRT - Ex BALTICA (1994-1996) - Ex STARLIGHT PRINCESS (1992-1994) - Ex DANAE (1974-1992) - Ex THERISOS EXPRESS (1972-1974) - Ex PORT MELBOURNE (1955-1972).

Appareillage de Zeebrugge (Belgique)

Appareillage avec l'aide d'un remorqueur

… et maintenant, faisons route… en direction de Bergen à 535 milles plus au nord, soit près de 1 000 km, soit encore une journée et deux nuits de navigation

Exercice de sauvetage (obligatoire), une première conférence sur la Norvège et diverses festivités agrémentent ce début de croisière, sans oublier les flâneries sur les différents ponts et la pose transat… compatible avec le soleil qui veut bien, au moins pour l’instant, être de la partie !

Ciel bleu légèrement moutonné, température extérieure de 13° (à 10 h, en hausse… mais ne rêvons pas), la mer quant à elle affichant 12°, affirmation de la passerelle… non vérifiée par mes soins ! Vent force 4, mer « agitée » selon la météo du bord, mais bateau stable (un peu de titubation toutefois dans les coursives pour les passagers non amarinés…).

Roulis et paquets de mer contre le navire
pendant la journée de remontée de la Mer du Nord


Un peu de géographie physique et économique
Résumé d'une conférence faite à bord pendant notre journée de navigation, sur la route de Bergen

Norvège (en norvégien, Norge, « La route vers le Nord ») : pays d’Europe du Nord occupant les parties occidentale et septentrionale de la péninsule Scandinave. La Norvège est limitée au nord par la mer de Barents, l’océan Glacial Arctique, la Finlande et la Russie, à l’est par la Suède, au sud par la mer du Nord, à l’ouest par l’océan Atlantique et… la mer de Norvège. Sa superficie est de 387 000 km2, y compris l’archipel des Lofoten-Vesterålen, ce qui la situe au cinquième rang européen par la taille (avec seulement... 4,5 millions d’habitants).

 
Milieu naturel
La Norvège est un pays montagneux sur plus de 60 % de sa superficie, s’étendant entre 57°!57’ et 71°!11’ de latitude nord. Près d’un tiers du territoire est situé au nord du cercle polaire Arctique. Le cap Nord, sur l’île de Mageroy, et le cap Nordkinn constituent les points les plus septentrionaux du continent européen. Étirée sur 1 750 km de long, depuis la mer du Nord jusqu’à la mer de Barents, la Norvège forme un étroit couloir avant de s’élargir vers le Sud. La Norvège est traditionnellement divisée en cinq régions : le Sørland (pays du Sud), le Vestland (Pays occidental), l’Østland (Pays oriental), le Trøndelag (région de Trondheim) et le Nord Norge (Norvège du Nord).
Les magnifiques paysages de fjords sont directement hérités des glaciations quaternaires. Ceux-ci forment de profondes échancrures. Le plus grand, le Sognefjord, pénètre très loin à l’intérieur des terres (son extrémité est à près de 200 km de la mer) et sa profondeur dépasse 1 200 m. L’empreinte glaciaire est partout présente (fjords, dépôts morainiques, roches moutonnées, cuvettes lacustres).
 
Climat
La Norvège connaît un climat polaire océanique. Située presque à la même latitude que l’Alaska, elle bénéficie pourtant d’un climat plus clément grâce au passage d’une dérive du Gulf Stream. Sur la façade maritime, les influences océaniques tempèrent la rigueur du climat. La plupart des îles et des plaines côtières bénéficient d’un climat tempéré humide aux hivers relativement doux et aux étés frais. Les températures s’échelonnent dans l’année, en moyenne, de – 3,5 °C à 14 °C. Le climat est instable et l’humidité relative élevée (nébulosité, brouillards et pluies). Les précipitations sont très abondantes (2 000 mm à Bergen) en raison des vents d’ouest dominants. La longueur de l’hiver s’accentue vers le nord qui connaît une longue nuit polaire. Dans les montagnes du Nord Norge, le climat est, à l’exception des zones littorales, proche de celui de l’Arctique.
 
Végétation et faune
Les forêts recouvrent un peu plus du quart de la Norvège (chênes, frênes, noisetiers, ormes, érables, tilleuls, conifères). Le nord du pays est le domaine de la toundra, végétation basse et maigre constituée principalement d’arbustes rabougris (saules arctiques, genévriers), de fougères, de mousses et de lichens… qui font la joie des rennes et autres élans.
 
Population et société
Au dernier recensement (1995), la population de la Norvège était estimée à 4 360 000 habitants. Sa densité, de 13,4 habitants au kilomètre carré, est la plus basse d’Europe, avec un indice de fécondité (1,93  enfant par femme) plus élevé que dans les autres pays d’Europe occidentale. Malgré la rudesse du climat, l’espérance de vie, estimée à 77 ans, est parmi les plus élevées du monde. Elle est de plus de 80 ans pour les femmes et de plus de 74 ans pour les hommes.
Les Norvégiens sont ethniquement homogènes : les Saamis (Lapons), au nombre de 30 000, et les habitants d’origine finnoise du Nord Norge constituent les seules minorités importantes. Le pays ne compte que 2 % d’étrangers. La majorité de la population et des activités économiques se concentrent dans le sud du pays (Vestland), sur les rives inférieures de l’Hardangerfjord et dans les îles côtières
Découpage administratif et villes principales
Environ 73 % des habitants de la Norvège vivent en zone urbaine. Oslo est à la fois la capitale, le port principal, le centre industriel et la plus grande ville de Norvège. Sa population est de l’ordre de 700 000 habitants. Les autres villes importantes sont Bergen (190 000 hts), Trondheim (150 000 hts) et Stavanger (110 000 hts). Les principales villes du nord sont Bodø (31 000 habitants), Narvik (14 000 habitants) et Tromsø (43 000 habitants).
 
Gouvernement et vie politique
La Norvège est une monarchie héréditaire, constitutionnelle et parlementaire, régie par la Constitution du 17 mai 1814. Le monarque détient en théorie le pouvoir exécutif, mais celui-ci est exercé en fait par le Premier ministre, chef du gouvernement. Le roi nomme les membres du gouvernement après décision du parti majoritaire. Le Parlement, appelé Storting, assure le pouvoir législatif. Il est composé de 165 députés, élus pour quatre ans au suffrage universel. C’est une Assemblée bicamérale composée d’une Chambre haute (Lagting) et d’une Chambre basse (Odelsting). Le Parti travailliste, modéré et de centre-gauche, est de loin le parti le plus puissant de Norvège. Il a gouverné pratiquement sans interruption depuis 1935. Les autres principaux partis sont le Parti conservateur, le parti du Centre, le Parti chrétien populaire et le Parti socialiste de gauche.
Le roi est le chef des forces armées. Le service militaire est obligatoire pour tous les hommes à partir de dix-neuf ans. Le pays a adhéré à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), à sa création, en 1949.
 
Langues & Religions
Il existe deux langues officielles en Norvège : la plus courante, le bokmål («langue du Livre»), et le nynorsk (nouveau norvégien).
Environ 89 % des Norvégiens appartiennent à l’Église luthérienne évangélique de Norvège, mais beaucoup d’entre eux ne sont pas pratiquants. C’est une Église d’État dont le clergé est nommé par le roi. Le reste de la population se partage entre plusieurs Églises protestantes, une communauté catholique et des islamistes.
 
Éducation
L’école primaire est devenue obligatoire en 1867, mais il a fallu attendre les années 1960 pour que les différences régionales s’estompent et que tous les groupes sociaux aient accès au système scolaire. L’école est gratuite et obligatoire pour les enfants âgés de sept à seize ans et la Norvège ne connaît pratiquement plus l’illettrisme (le taux d’analphabétisme n’excède pas 1 %). L’enseignement se compose d’un cycle primaire de neuf années auquel succède un cycle secondaire d’au moins trois ans. Le pays possède quatorze établissements d’enseignement supérieur dont quatre universités. La plupart sont des établissements publics. La principale université se trouve à Oslo.
Arts et vie culturelle
La Norvège est dotée d’un riche folklore comprenant des éléments hérités des Vikings. La culture moderne norvégienne a évolué sous l’influence du mouvement romantique national qui s’est épanoui au XIXe siècle. Henrik Ibsen (1828-1906) est sans doute le dramaturge norvégien le plus connu, mais on trouve aussi la marque d’un style proprement norvégien chez le peintre Johan Christian Dahl (1788-1857) et le compositeur Edvard Grieg (1843-1907). Les autres artistes majeurs sont le compositeur Christian Sinding (1856-1941), le peintre Edvard Munch (1863-1944), le sculpteur Gustav Videland (1869-1943) et l'écrivain Bjørnstjerne Bjørnson (1832-1910), prix Nobel de Littérature en 1903.

Oslo est la capitale culturelle de la Norvège. Elle abrite plusieurs musées, la bibliothèque de l’université (1811), de nombreux théâtres ainsi que des compagnies de ballet et d’opéra. La radiodiffusion et la télédiffusion sont publiques. Les journaux sont fortement subventionnés par l’État. Il existe plus de 80  quotidiens dont le tirage total s’élève à près de 3 millions d’exemplaires. Le Verdens Geng est le quotidien norvégien le plus influent.
Économie
Le PIB de la Norvège s’élève à quelque 135 milliards de dollars. La Norvège fait partie des pays très riches. Le revenu par habitant y est parmi les plus élevés de la planète. Le XXe siècle fut une période de forte expansion industrielle, grâce notamment à une énergie hydroélectrique abondante et peu coûteuse, ainsi qu’à l’exploitation des ressources pétrolières offshore. La Norvège possède une économie forte et dynamique, avec une croissance annuelle moyenne de 2,4 % durant les quinze dernières années, même si elle marque un léger fléchissement depuis 1995. Le taux de chômage reste faible (de l’ordre de 4 % de la population active). Le taux d’inflation est de l’ordre de 2-2.5 %.
Agriculture, forêts, pêche

L’agriculture emploie environ 5 % de la population active et fournit 3 % du PIB : en effet, en raison des
conditions naturelles défavorables (relief montagneux, pauvreté des sols), seulement 3 % de la superficie du pays est cultivée. L’Østland et le Trøndelag sont voués à la céréaliculture, le Vestland et le Nord Norge sont spécialisés dans l’élevage. Le cheptel ovin est le plus important (2,3 millions de têtes environ). Les principales cultures sont l’orge, l’avoine, les pommes de terre et le blé. Le pays est autosuffisant pour beaucoup de produits à l’exception des céréales, des fruits et des légumes.

La production annuelle de bois est de l’ordre de 10 millions de mètres cubes. L’exploitation forestière est concentrée dans les régions de l’Østland et du Sørland, où se situent 60 % des forêts productives.

La pêche constitue un secteur important. La Norvège se situe au onzième rang mondial, avec 2,5 millions de tonnes de poissons (morues, harengs, saumons, etc.). Plus de la moitié des prises sont exportées (1,6 million de tonnes par an). Depuis les années soixante-dix, la pisciculture (surtout saumons et truites de mer) s’est intensivement développée.

Pêche à Bergen
Mines et industries
Le secteur secondaire emploie près du quart de la population active et fournit environ 35 % du PIB. Les principales ressources minérales de la Norvège sont le pétrole et le gaz naturel, grâce aux énormes gisements situés en mer du Nord, le long de la plateforme continentale.
Les autres ressources incluent des gisements modestes de fer, de cuivre, de zinc et de charbon. L’industrie minière était peu importante avant l’exploitation des hydrocarbures offshore dans les années 1970. Le pays est désormais le principal producteur de pétrole en Europe occidentale (huitième rang mondial, avec 140 millions de tonnes par an) et la production de gaz naturel place la Norvège au onzième rang mondial avec 30 milliards de mètres cubes. On y exploite aussi le fer, le charbon, le zinc, le plomb, le titane et le cuivre.

La production annuelle d’électricité s’élève à environ 120 milliards de kilowattheures. La quasi-totalité de la production est fournie par des centrales hydroélectriques (72 % des besoins en énergie de la Norvège sont couverts par l’électricité).
Plateforme pétrolière photographiée en Mer du Nord
Les principaux secteurs industriels sont la métallurgie (aluminium, fer), la chimie, le raffinage pétrolier, la construction navale, la construction mécanique, les industries dérivées du bois (papeterie), le textile et l’agroalimentaire. La Norvège a longtemps été à la pointe de la construction navale, mais ce secteur est en recul depuis la crise économique de 1973 (certains chantiers navals se sont reconvertis dans la construction de plateformes et de matériels d’équipement pour l’extraction pétrolière en mer).
Secteur tertiaire et commerce extérieur
Les services emploient 70 % de la population active et fournissent 60 % du PIB. La monnaie de la Norvège est la couronne norvégienne, ou krone (NOK). Le pays dispose d’un bon réseau de communications, mais la construction de nouvelles routes et voies de chemins de fer se révèle difficile et onéreuse à cause des contraintes du relief. La marine marchande norvégienne, forte de ses 1 194 navires (en 2001), est l’une des plus importantes du monde. Elle constitue une source régulière de devises étrangères. Oslo possède le plus grand aéroport international du pays. La Norvège est le premier exportateur européen d’hydrocarbures : le pétrole représente environ le tiers des exportations annuelles du pays et le gaz naturel près de la moitié. Les autres exportations incluent les machines, l’aluminium, le fer et l’acier, les produits chimiques, le papier et les produits alimentaires. Les importations comportent du matériel de transport, des machines, des produits chimiques et des minerais. Les trois plus gros partenaires commerciaux de la Norvège sont la Grande-Bretagne (qui reçoit environ 27 % du volume des exportations norvégiennes), la Suède et l’Allemagne.

Quand deux bateaux de croisière se rencontrent, sur la route de Bergen à Flam, entre la côte et des successions d’ilôts,, sous un magnifique ciel rougeoyant à la nuit tombante (nous sommes encore à 2 200 km du Cercle Polaire…)

Principales escales lors de cette croisière

Escale 1 : Bergen… porte des fjords

Deuxième ville et port de Norvège, Bergen fut résidence royale jusqu’à la fin du XIIIe siècle. Elle devait déjà sa prospérité à l’activité de son port.


L’âme de Bergen est éternellement liée à la mer ; l’appel du large a imprégné les mentalités, nourri les rêves d’un ailleurs lointain, et la voie maritime, aujourd’hui comme hier, constitue le moyen d’accès le plus agréable. Nimbée d’une atmosphère pluvieuse durant sept mois de l’année (au moins…), resserrée entre ses sept montagnes, s’agrippant à des pentes incroyablement escarpées, Bergen paraît burinée, entaillée de rides profondes.

Photos de la ville vue du Mont Floyen, plateforme d’arrivée du Fløibanen (cf. ci-dessous)

Le funiculaire Fløibanen
Bergen serait-elle une ville triste et vieille… comme ses entrepôts hérités de la Hanse ? Que non ! La vie du port, avec ses marchands de poissons, la jovialité et le goût de la fête des habitants, les quelque 10 000 étudiants qui envahissent chaque  soir les bars de Bryggen, lui confèrent une jeunesse inaltérable.
Le port…, c’est le coeur de la ville
Il se marie harmonieusement avec les rues grimpant dans les collines verdoyantes et l’animation des rues commerçantes

Bergen, c'est aussi l’admirable Bryggen qui nous plonge dans le passé médiéval de la cité. En effet, Il y avait déjà, en ce point de la côte, un marché et un port lorsque, en 1070, Olav Kyrre, dit Olav le Pacifique, créa Bergen. Jusqu’à la fin du XIIIe siècle, ce fut la plus riche cité du pays et la résidence des Rois. Bergen contrôlait alors le marché du poisson tout au long des côtes norvégiennes. La ville comptait alors vingt-sept églises et monastères (c’est dire sa richesse, qui ne devait pas manquer d’attirer l’attention des riches marchands de Lübeck…). En 1350, la puissante Ligue Hanséatique établissait en effet ses comptoirs dans le quartier de Bryggen et installait la première conserverie.
Cette hégémonie germanique dura deux siècles, en dépit des efforts déployés par les Berguenois pour retrouver leur autonomie commerciale. Lorsqu’ils réussirent à se libérer de l’emprise hanséatique…, ils se retrouvèrent sous domination danoise ! Il fallut attendre le XIXe siècle pour que l’expansion industrielle redonnât à Bergen, sinon le premier, du moins un brillant second rôle.
Rue commerçante de Bergen
 
Bryggen et la Ligue hanséatique

Au XIVe siècle, la Ligue hanséatique s’octroya le contrôle du marché du poisson et établit ses comptoirs dans les quartiers du Bryggen.

Au Moyen Age, cette Hanse obtenait – par voie de privilèges – de puissants moyens d’action : ces privilèges consistaient essentiellement en franchises commerciales. Au début, le commerce se fit surtout avec la Russie, puis vers l’Ouest de l’Angleterre. De proche en proche, les villes Hanséatiques s’adjugèrent le monopole du trafic dans le Nord et annexèrent économiquement la Scandinavie. Le comptoir permanent de Bergen était la plaque tournante du commerce du bois, du poisson et des minerais. Contre ces denrées locales qu’elle exportait vers le reste de l’Europe, la Ligue hanséatique approvisionnait la Norvège en céréales.

Cette confédération politique et commerciale, dont on fait remonter l’origine à l’Alliance de 1241 entre Hambourg et Lübeck (ville fondée en 1159), comptait soixante-quatre villes à la fin du XVe siècle et possédait des flottes, une armée, un trésor et un gouvernement particuliers. Ses comptoirs allaient alors de Nantes à Novgorod. A son apogée, la prospérité de la Hanse lui conférait rang de puissance européenne. Elle faisait la guerre, signait des traités de paix et de commerce.
Façades des maisons hanséatiques, le long de Vågen (« vieux port »)
(fidèle reconstruction après le terrible incendie de 1702)

La décadence, commencée au XVIe siècle, s’accentua avec la Guerre de Trente ans (1618-1648) qui ensanglanta toute la Scandinavie du Sud, la Pologne et l’extrême Nord de l’Allemagne. Vers 1670, la Hanse ne possédait plus que trois villes : Brême, Hambourg et Lübeck. De cette époque subsistent à Bergen plusieurs maisons de bois à haut pignon triangulaire et l’église Sainte-Marie. Un musée hanséatique recrée les conditions de vie et de travail des marchands de la Hanse.

Entrée de la cité hanséatique de Bryggen
Une ruelle de Bryggen… la toute puissante

Autre façade
Exemple de soubassement

Exemple unique d’architecture médiévale norvégienne, ce quartier de Bergen est classé « patrimoine de l’humanité » par l’Unesco.

Serrés les uns contre les autres, les bâtiments à hauts pignons triangulaires, tout en bois, servaient d’entrepôts et de domicile (…peu confortable !) aux riches marchands allemands qui n’avaient que quelques pas à faire — à travers un inextricable réseau de ruelles — pour gagner leurs bateaux. Âpres au gain, ces marchands menaient une existence passablement ascétique d’où tout luxe était banni (les maisons n’étaient pas chauffées, par crainte des incendies !). Aujourd’hui, les magasins de tricots norvégiens ou les antiquaires ont remplacé les entrepôts d’autrefois !
Pour conclure avec Bergen, et avant de visiter l’église en "bois debout" de Fantoft, partons à la rencontre de Edvard et Nina, comme les Norvégiens désignent le couple Grieg.

Edvard Grieg
Pianiste, chef d’orchestre, compositeur, Edvard Grieg (1843-1907) eut le génie de "créer" une musique pourtant entièrement nourrie de traditions populaires vivantes. En effet, après des études musicales en Allemagne, il rentra au pays où il succomba au charme des mélodies et rythmes folkloriques norvégiens.
Sa musique est toujours empreinte des images de fjords et de montagnes, de noces villageoises et de concerts champêtres. C’est à Bergen, sa ville natale, qu’il élabora cette synthèse musicale. Issu d’une famille d’émigrants écossais, il commença à composer très jeune (avant sa quinzième année) et fut bientôt remarqué par un violoniste également berguenois, Ole Bull.
Formé à Leipzig (où il s’insurgea contre le formalisme ambiant), puis à Copenhague, il participa activement à la vie culturelle de son pays, collaborant notamment avec Ibsen en quête d’une musique de scène pour « Peer Gynt ».
Maison de Grieg, à Troldhaugen "La colline enchantée"
à quelques kilomètres au sud de Bergen. Ci-dessous, son piano.

Reconnu tôt par son gouvernement, il reçut un généreux salaire de l’État dès l’âge de 31 ans. Ses œuvres furent également connues à l’étranger alors qu’il était encore jeune. Ainsi, Liszt joua son "Concerto pour piano" alors que Grieg n’avait que 24 ans. Il donna des concerts dans toute l’Europe. En 1885, il acheta la propriété de Troldhaugen, près de Bergen, où il vécut, jusqu’à sa mort, avec son épouse Nina.
Cette maison victorienne, construite en 1855, et où il vécut pendant plus de vingt ans, est conservée en l’état, et sert de cadre à de nombreux concerts durant l’été et à l’occasion du festival international de musique de Bergen.
 
Ci-dessous, une dernière vue aérienne de Bergen
(photographié du Mont Floyen toujours)
par un temps habituel… c’est-à-dire pluvieux !


 
FM - Juillet 2001
© Françoise Massard
  www.cargos-paquebots.net