Le RENARD à Paris (3-9 avril 2006)
Françoise Massard


Attaquer les navires de commerce du pays avec lequel on était en guerre était la mission tout à fait légale des corsaires. Au XVIIe et surtout au XVIIIe siècle, priver le pays ennemi de ses approvionnements en denrées alimentaires et en matières premières contribuait à l'affaiblir en fragilisant son économie. Les corsaires rusaient avec l'ennemi, d'autant plus que leurs navires étaient souvent plus petits et moins bien armés que les navires de commerce qu'ils attaquaient.

Tableau arrière du RENARD, Saint-Malo
Les navires pratiquant la "guerre de course" — laquelle fut codifiée par une Ordonnance de 1778 — devaient être munis d'une "Lettre de marque" paraphée du Roi ou... de l'Empereur puisque c'est sous Napoléon 1er que cette "guerre économique" trouva son apogée. Ces bâtiments civils suppléaient une flotte de guerre insuffisante. Au-delà du butin amassé, la capture des navires marchands eux-mêmes de l'ennemi était l'autre but des corsaires.

"L'Angleterre sentait si bien le mal que les corsaires bretons lui faisaient que la populace de Londres, apprenant les captures faites par nos marins, se répandait en lamentations et demandait la destruction de Saint-Malo. Des expéditions furent tentées contre la ville aux remparts de granit, mais les bombes incendiaires et les brulôts demeurèrent inoffensifs, la vieille cité est toujours debout" (Archives, 1750)


Insolite... cette présence en ce 7 avril 2006 d'un cotre sur la Place Raoul Dautry (du nom du brillant polytechnicien —1880-1951 — qui présida pendant 10 ans à la destinée de ce qui devait devenir la SNCF). Le RENARD est en effet installé sur cette esplanade de la Gare Montparnasse, au pied de la Tour du même nom. C'est sur l'initiative de Jean-Claude Weisz, directeur de l'Office de Tourisme de Saint-Malo que le RENARD s'offre ainsi aux Parisiens du 3 au 9 avril, et ce pour attirer l'attention de l'arrivée du TGV dans la ville malouine depuis décembre 2005 (St-Malo est désormais à 2h45 de Paris). J.-C. Weisz insiste aussi sur le fait que 2006 sera, je cite, "l'année fabuleuse à Saint-Malo, avec le rassemblement des Grands voiliers en juillet, la Route du Rhum en octobre, sans oublier les autres évènements qui jalonnent habituellement le calendrier (Étonnants voyageurs, Quai des bulles, etc.)".

   

Comme le montre la carte ci-dessus, le chemin n'est pas direct entre Saint-Malo et Paris... Démâté, le Renard a donc navigué au moteur — sous le commandement du Capitaine Vincent Bréavoine — entre St-Malo et Le Havre, puis assisté de pilotes fluviaux, il a remonté la Seine jusqu'au Quai de Javel où on le voit ici le 27 mars. C'est une grue de 200 t qui sortit de l'eau les 70 t du cotre malouin et le hissa à bord de la remorque. C'est donc en convoi exceptionnel (longueur 24 m, largeur 6 m, hauteur 5 m) qu'il a traversé Paris dans la nuit du 27 au 28 mars... au détriment de quelques branches d'arbres (cf. article du Marin, avec une superbe photo du Renard au pied de l'Arc de Triomphe !).


Le mât (plus de 18 m), les voiles et cordages (1,2 t) et les canons et caronades ont été entièrement acheminés par route. A l'arrivée à Montparnasse, les charpentiers de marine ont dû s'activer pendant plusieurs jours pour remettre le Renard en état.


 

© Françoise Massard
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