Visite des anciens Chantiers Lénine de Gdansk (Pologne)
Françoise Massard / Photos Jean-Michel Bergougnou

Navires cités dans cette page ( cliquez sur leurs noms ) : - Blue Giant - Combi Dock I - Combi DocK III - Combi Dock IV - Geo Celtic - Geo Coral - Normand Pacific - Soldek -
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La ville de Gdansk, autrement connue dans l'Histoire comme Dantzig (et son "Corridor", tragique rappel du déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale), fut pendant des siècles (et cela dès 1 350) l'un des fleurons de la Ligue Hanséatique. Elle a par ailleurs vu naître quelques hommes illustres, comme (en 1686) le physicien D.G. Fahrenheit (mort à La Haye en 1736) — connu pour son échelle de température — ou encore (en 1788) le philosophe A. Schopenhauer (mort à Francfort en 1860). Mais le monde entier la redécouvrit en 1980 avec les grèves de son chantier naval, sous l'impulsion d'un jeune électricien du chantier nommé Lech Walesa., et qui aboutiront à la naissance du syndicat libre Solidarnosc

Chantiers Lénine : implantation et histoire

Les vues aériennes (Google Earth) ci-dessous permettent de mieux comprendre la géographie et la topographie des terrains autour de Gdansk et de ses chantiers. On l'a vu llors de la visite du navire-musée SOLDEK, la ville est traversée par la rivière Motlawa, qui est un bras de la Vistule (Wisla). La Motlawa débouche sur la Baltique au niveau de l'ïle de Westerplatte. Toute la zone entre le centre ville et la mer comprend de nombreuses voies d'eau et des marais (le système de défense de la ville a d'ailleurs longtemps reposé sur une savante gestion des digues, en plus des fortifications).


Les chantiers navals sont déployés sur l'île que l'on voit en entier ci-dessus (sur la deuxième photo) et tout autour (comme on le voit sur les photos zoomées). Sur la partie sud de l'île se trouve l'entrée des ex-chantiers Lénine. Elle donne sur une grande place dont le centre comporte trois hautes croix (cf. photo de droite ci-dessous) commémorant les mouvements sociaux de 1970 réprimés dans le sang.


Voici justement ces trois croix (de jour et de nuit). Sur la photo de droite, l'entrée du chantier. Les grilles sont couvertes de banderoles , dont une de Solidarnosc bien sûr, et de photos dont celles de Jean Paul II et de Benoît XVI, une sorte de pied de nez dans ce haut lieu de la chute du communisme. Le poste de garde (bâtiment bleu) abrite une boutique de souvenirs.



Gros plans sur la place qui donne accès au chantier et qui abrite non seulement les trois grandes croix, mais aussi un mur qui rappelle les tragiques évènements de 1970. Des révoltes avaient en effet éclaté en décembre 1970 à Gdansk, Szczecin et Gdynia suite à une hausse de près de 100 % des prix des produits alimentaires. Réprimées dans le sang, elles aboutirent à la démission de W. Gomulka (alors Secrétaire général du Parti communiste), remplacé par E. Gierek. L'économie redémarre, mais hélas présente de nouveaux signes d'essoufflement dès 1976. En juillet 1980, l'annonce d'une nouvelle et importante hausse des denrées alimentaires provoque un nouveau soulèvement de toute la population polonaise, les chantiers Lénine étant les premiers à s'enflammer sous la conduite de Lech Walesa.


La grève généralisée à tout le pays cessera le 31 août 1980 avec la signature des "Accords de Gdansk" entre le Gouvernement Polonais et Lech Walesa. Le syndicat indépendant Solidarnosc sera officialisé en septembre de la même année, mais sera dissous (et Lech Walesa emprisonné) en 1982 par le Général Jaruzelski. Solidarnosc sera relégalisé en 1989 (et Lech Walesa deviendra alors le premier président polonais élu au suffrage universel direct).


Un buste de Lénine photographié au Musée Solidarnosc.



Chantiers Lénine : visite depuis la rivière Motlawa

On l'a dit plus haut, les chantiers s'étalent sur les rives de la Motlawa et de divers bras d'eau qui convergent vers elle. Tout au long des quais, ce ne sont que docks, grues, et postes d'accostage des navires de commerce, avec un terminal ferries. Des navires y sont en construction ou en réparation, d'autres y sont en opérations commerciales. Les photos suivantes ont été prises par Jean-Michel Bergougniou  (en juillet-août 2008), pour certaines à partir du bateau-promenade qui navigue du centre ville (au niveau du Centralne Muzeum Morskie) jusqu'à l'île de Westerplatte et, pour d'autres, lors d'une promenade en kayac.


Si la construction navale à Gdansk remonte aux années 1850, c'est après la Seconde Guerre Mondiale que se développe réellement le Stocznia Gdańska, offciellement ouvert le 25 juillet 1945 (bien que l'activité y soit déjà importante au moment de la WW II puisque de.nombreux sous-marins sortirent de ces chantiers lors du conflit). Le premier navire construit dans le chantier au sortir de la guerre sera le cargo-charbonnier SOLDEK devenu navire-musée stationnaire. Pendant de nombreuses années, le chantier construira des navires essentiellement destinés à des armements russes (98 % des commandes !). Ils prennent le nom de Chantiers Lénine en 1967. Comme on l'a vu précédemment, c'est en 1980 que le monde entier découvre véritablement ces chantiers.


Au début des années 1990, ils s'engagent dans un processus de privatisation et perdent leur nom de Chantiers Lénine au profit de Stocznia Gdańska S.A. dont le capital est détenu à la fois par l'Etat (60 %) et par des intérêts privés (40 % des parts). mais en 1997 le chantier est en quasi faillite et est alors racheté par celui de Gdynia, lequel revend la plus grosse partie de son actif à l'Industry Development Agency en 2006. L'année suivante, un nouvel actionnaire devient très largement majoritaire (75 %), l'Union of Donbas (ISD), important groupe sidérurgique Ukrainien (trentième au niveau mondial, avec une production annuelle d'acier depassant les 10 millions de tonnes).


Dans les années 1980, le chantier naval occupait plus de 70 ha. Seuls 40 ha sont encore en activité, essentiellement occupés par ISD et quelques autres petites entreprises comme le chantier Alkor spécialisé dans la réparation navale et la transformation de navires. Le reste des terrains se partage entre friches industrielles et terrains voués à la construction d'une "ville nouvelle" (logements, hôtels, etc.).



Quant à l'effectif, il a été en gros divisé par huit en 30 ans : le chantier employait 17 000 personnes au début des années 1980 et il n'y en a plus que 2 300 aujourd’hui. 



Les actuels dirigeants du chantier, en tant qu'aciéristes, ont des projets de diversification (offshore, énergies nouvelles avec la construction d'éoliennes, etc.).


Les trois dernières coques livrées ont été celles du "Heavy Lift Carrier" COMBI DOCK IV (coque livrée en juillet 2009 au chantier LLoyd de Bremerhaven, pour finition et armement), du navire de recherche GEO CORAL (coque livrée en septembre 2009 au chantier norvégien Bergen Group BMV) et d'un "offshore supply", le NORMAND PACIFIC (coque livrée en janvier 2010 au chantier norvégien Fosen Mek. qui la parachèvera avant son armement par le chantier Bergen Group BMV également). Par ailleurs, le chantier norvégien Hellesoy Verft a commandé (en octobre 2010) un deuxième Platform Supply Vessel.

COMBI DOCK IV
GEO CORAL
NORMAND PACIFIC
COMBI DOCK IV
Crédit Maritime Photo (MarineTraffic.com)
GEO CORAL
Crédit Kjell Sverre Aasheim (MarineTraffic.com)
NORMAND PACIFIC
Crédit Port du Havre (janvier 2010)
COMBI DOCK IV
(St. John's)
IMO 9509970 - Indicatif d'appel V2QB4 - MMSI 305508000 - Porteur de colis lourds semi-submersible - 169,40x25,40x16,20 m - TE 6,60 m - JB 17 341 - JN 5 203 - PL 10 662 t - Ptot 8 960 kW (deux moteurs 4T-8cyl MAN-B&W 8L32/44CR / deux hélices à pas variable) - V 16 nd - Générat. 2 x 865 kW / 2 x 605 kW - Propulseur d'étrave (700 kW) - Cap. 22 800 m3 / 1 437 evp - Equipage 32 - Grues 2x350 t / 1x200 t - Constr. 2010 (Crist Sp z oo , Gdansk, Pologne (coque) / Lloyd Werft Bremerhaven, Bremerhaven, Allemagne) - Propr. Combi Dock A/S (Korsor, Danemark) - Gérant Harren & Partner Ship Management (Brême, Allemagne) - Pav. ATG. Sisterships : BLUE GIANT (IMO 9400485) - COMBI DOCK I (IMO 9400473) - COMBI DOCK III (IMO 9432828)
GEO CORAL
(Majuro)
IMO 9492579 - Indicatif d'appel V7VR5 - MMSI 538004194 - Navire de recherche - 108,30x28,00x9,60 m - TE 7,50 m - JB 12 812 - PL 3 844 t - Ptot 18 000 kW (quatre moteurs Diesel 4T-9cyl Bergens-Rolls-Royce B32/40L9A couplés à quatre générateurs alimentant deux moteurs électriques de propulsion / deux hélices à pas variable) - Deux propulseurs transversaux (1 500 kW / 1 200 kW) - Constr. 2010 (Stocznia Gdansk SA, Gdansk, Pologne (coque) / Bergen Group BMV AS, Laksevaag, Norvège) - Propr. Fugro Geoteam A/S (Oslo, Norvège) - Gérant Wilhelmsen Ship Management (Lysaker, Norvège) - Pav. MHL. Sistership : GEO CELTIC (IMO 9376995).
NORMAND PACIFIC
(Skudeneshavn)
IMO 9491977 - Indicatif d'appel LAIL7 - MMSI 257743000 - Navire de soutien offshore - 122,40x23,00x9,60 m - TE 7,3 m - JB 9 778 - JN 2 934 - PL 6 700 t - Ptot 16 000 kW (quatre moteurs Diesel 4T-9cyl Wartsila 8L32 couplés à quatre générateurs alimentant deux moteurs électriques de propulsion / deux propulseurs directionnels) - Deux propulseurs transversaux - Grue 200 t - Constr. 2010 (Stocznia Gdansk SA, Gdansk, Pologne puis Fosen Mek. Verksteder AS, Rissa, Norvège (coque) / Bergen Group BMV AS, Laksevaag, Norvège) - Propr./Gérant/Opérat. Solstad Shipping (Skudeneshavn, Norvège) - Pav. NOR (NIS).

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Dernière mise à jour - 26.09.2015

© Françoise Massard
 
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