Mise à l'eau d'un mât de mesures pour le futur champ d'éoliennes en mer de Fécamp
(Le Havre, les 14 à 16.11.2014)
Françoise Massard / Photos Fabien Montreuil

 

Premier essai réussi de mise à l'eau d'un mât de mesures pour le projet "Parc d'éoliennes en mer de Fécamp". Plus petit que les futurs mâts qui supporteront nacelles et pales des éoliennes, ce mât en béton et treillis d'acier de 1 800 t permet toutefois de tester les techniques de fabrication et de mise à l'eau. Muni de nombreux capteurs, il supporte tout un équipement météo destiné à mesurer et enregistrer en continu différents paramètres locaux, dont bien sûr en premier lieu la force et la direction des vents, mais il effectuera également diverses mesures océanographiques et environnementales. C'est un navire porteur de colis lourds, le LONE (armateur SAL / Schiffahrtskontor Altes Land), qui a soulevé, transporté et mis à l'eau ce mât. A noter que Fabien Montreuil nous avait déjà montré (en 10.2011) ce navire en plein travail au GPMH : à l'époque, il avait déplacé un portique céréalier (cf. ici). Lors de la présente opération, le LONE a pu, grâce à ses deux grues couplables (de 1 000 t chacune de capacité de levage), soulever la structure et l'immerger pour en tester la flottabilité et la préparer à son futur remorquage à Fécamp.



Cette opération de mise à l'eau s'est déroulée en plusieurs étapes. Bâbord à quai, le LONE a d'abord soulevé le mât du quai, puis l'a posé sur son pont (manœuvre effectuée le 14.11). Ensuite le navire s'est écarté du quai avec son précieux chargement, a évité dans le bassin et a de nouveau accosté mais cette fois-ci tribord à quai de façon à ce que ses grues soient du côté bassin. Celles-ci ont alors repris le mât et l'ont débordé côté bassin (cette mise à l'eau s'est effectuée le 15.11 — opération nécessairement lente car le navire doit ballaster pour conserver son équilibre). Une fois le test de flottabilité du mât et de son embase réussi, trois remorqueurs (Boluda Le Havre) mobilisés pour cette opération ont tracté le mât et son embase vers un ponton où cette encombrante structure a été solidement capelée, en attendant qu'une fenêtre météo favorable permette de la remorquer sur le site du futur champ d'éoliennes au large de Fécamp.


Le futur Parc éolien en mer de Fécamp comportera à terme 83 éoliennes en mer (modèle "Haliade 150" d'Alstom) d’une capacité unitaire de 6 MW. Cette installation fournira donc une puissance totale de 498 MW, ce qui équivaut — selon EDF — à la consommation électrique moyenne de plus de 770 000 habitants, soit 60 % de la population de Seine Maritime. Ces éoliennes seront installées au large de Fécamp (Seine-Maritime), sur une zone de 67 km². Elles seront situées à 13 km de la côte pour les plus rapprochées et à 22 km de la côte pour les plus éloignées (les éoliennes seront distantes d'environ 1 km les unes des autres). Cette installation s'inscrira dans un projet plus large voté par le gouvernement français : deux autres parcs seront en effet installés, l'un au large de Courseulles-sur-Mer (Calvados) et l'autre au large de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). A eux trois, ces parcs totaliseront plus de 240 éoliennes, pour une capacité totale de production de 1 500 MW, soit l’équivalent de la consommation électrique de plus de 2 millions d’habitants. Rappelons que l'objectf de la France est de fournir en 2020 presque le quart de notre énergie (23 % exactement) sous forme d'énergie renouvelable. Pour atteindre cet objectif, la France devra installer 25 000 MW de parcs éoliens, dont 6 000 MW en mer.
Nota — Comme on le voit sur les photos ci-dessous, un caisson de stabilité est installé à bâbord du LONE pendant tout le chargement. Ce ballast supplémentaire est solidarisé au navire (pendant la manœuvre) grâce à un bras rétractable.


Ces projets sont portés par un consortium comprenant EDF Energies Nouvelles (filiale du groupe EDF), Dong Energy (société danoise qui dispose de 30 ans d’expérience dans le domaine de l’énergie éolienne et de 20 ans d’expérience dans l’éolien offshore), wpd Offshore (producteur indépendant d’énergies renouvelables et acteur majeur de l’éolien en mer en Europe) et Alstom (l'un des leaders mondiaux dans le domaine des équipements industriels de production d’énergie). Ces partenaires sont complémentaires et leur expérience globalisée couvre ainsi tous les secteurs de l’énergie et toutes les activités : prospection, développement, construction, exploitation. Environ 7 000 personnes devraient participer à la réalisation de ces trois parcs.


Le présent mât de mesures a été construit sur le site du port du Havre (sur le quai de Bougainville), conjointement par l'entreprise française Eiffage Travaux Publics et l'entreprise danoise MT Højgaard qui a conçu ce prototype (et en suivra l'installation). La société danoise a adopté pour ce mât (et les futurs mâts d'éoliennes) le principe des "fondations gravitaires", technique dite "Cranefree Gravity®" développée et brevetée par le groupe Seatower (basé à Oslo, Norvège). Ces grandes embases en béton — comme celle que l'on voit ci-dessus — remplies de ballast sont ainsi appelées car les éoliennes seront posées au fond de la mer, la gravité assurant leur stabilité (elles sont également appelées "embases´GBS" pour "Gravity Based Structure"). Elles supporteront les "mâts" des éoliennes, en haut desquels seront installées les "pales" (ailes profilées pour capter le maximum de vent) et les "nacelles" (qui contiennent la génératrice de courant, puisque le but d'une éolienne, qu'elle soit en mer ou à terre, est de transformer l'énergie du vent en énergie électrique). Les embases en béton des mâts d'éoliennes auront une emprise au sol de l’ordre de 36 m de diamètre (plus une extension d’environ 5 m pour la couche de nivellement et la protection anti- affouillement) et une hauteur d'environ 60 m. Chaque embase (hors ballast) pèsera environ 7 200 t (dont 6 500 t de béton, la différence de poids correspondant à celui des renforts d'acier). Le ballast avoisinera les 10 000 t. La construction en série de ces structures devrait commencer en 2016. Le mât de mesures que nous voyons ici ne pèse "que" 1 800 t. Sa hauteur totale est de 90 m dont 60 m hors d'eau (le mât proprement dit, en acier, mesurant 40 m de haut). Sa fondation en béton mesure 50 m de haut (dont 20 m hors de l'eau) et 23 m de diamètre à la base. Ce mât sera immergé (ballast eau de mer et graviers), sur le site de Fécamp, à 27 m de profondeur. Le coût de construction de ce mât protopype est de l'ordre de 10 M€ (le Conseil régional de Haute-Normandie l'a subventionné à hauteur de 600 000 €). Une quinzaine d'entreprises locales ont participé à ce projet (avec une cinquantaine d'emplois directs pendant six mois).



Le site de Fécamp a été choisi pour l'installation de cette première ferme éolienne offshore car des vents forts et réguliers y soufflent (majoritairement de secteur sud-ouest), les profondeurs au large y sont modérées et le chantier pourra bénéficier des infrastructures toutes proches du Grand Port Maritime du Havre. Pour fonctionner, ces éoliennes ont besoin de vents compris entre 10 et 90 km/h, ce qui est le cas 90 % du temps dans cette zone. Ce parc de Fécamp sera le premier parc éolien en mer de France. Il sera donc d'autant plus intéressant à suivre.


Le parc éolien sera raccordé au réseau public de transport d’électricité par une liaison sous-marine puis souterraine, liaison qui sera installée et maintenue par RTE (Réseau de transport de l'électricité, filiale d'EDF), actuel gestionnaire du réseau français. L'ouverture de cette ferme éolienne au large de Fécamp est prévue en 2018. Sa durée d'exploitation est estimée à 25 ans.


LONE (Hamburg) - IMO 9458913 - Indicatif d'appel DIJB2 - MMSI 218447000 - Cargo de divers / Porteur de colis lourds - 160,50x27,50 m - TE 9,00 m - JB 15 026 - JN 4 600 - PL 12 975 t - P 12 600 kW (mot. 4T-9cyl MAN-B&W 9L58/64 / hélice à pas variable) - V 20 nd - Trois propulseurs transversaux (av. 2 x 1 200 kW rétractables / arr. 1 x 800 kW) - Cap. 11 850 m3 / 971 evp - Equipage 21 - Grues 2 x 1 000 t - Constr. 2011 (J.J. Sietas, Hambourg, Allemagne) - Propr. SAL - K Line Group (joint venture) - Gérant/Opérat. SAL (Steinkirchen, Allemagne) - Pav. DEU. Coût de construction : 85 M$. Sistership : SVENJA (IMO 9458901)

 
Dernière mise à jour - 19.11.2014
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© Françoise Massard  
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